Homélie du 33è dimanche 2016, année C

Dimanche 13 novembre 2016

Homélie du 33è dimanche, année C

Vous enten­drez par­ler de guerres et de sou­lè­ve­ments, mais ce ne sera pas tout de suite la fin “.

Ces mots nous rejoignent bien : nous enten­dons par­ler de guerres et de sou­lè­ve­ments, en Syrie, en Iraq, en Afrique. En entendre par­ler, c’est être à l’abri. Ça ne se passe pas chez nous, même si nous sommes sin­cè­re­ment soli­daires des peuples dans la tour­mente, vic­times de conflits ou de trem­ble­ments de terre. Pouvons‐nous ima­gi­ner com­ment les chré­tiens de Syrie peuvent lire cette page d’évangile aujourd’hui ? Ou ceux du centre de l’Italie où la terre tremble ? Nous en enten­dons par­ler, et nous ne pou­vons rien faire d’autre que recueillir toutes ces souf­frances dans notre silence.

Les dénon­cia­tions dont parle Luc sont aus­si actuelles en d’autres pays : un ami ira­nien m’a écrit com­ment chez lui des chré­tiens conver­tis secrè­te­ment sont dénon­cés par les membres de leurs familles. Ils doivent alors comp­ter très fort sur la parole de Jésus : “C’est par votre per­sé­vé­rance que vous obtien­drez la vie”. Nous ne pou­vons les rejoindre que par notre propre per­sé­vé­rance.

Et quand nous lisons : “Il ne res­te­ra pas pierre sur pierre”, nous revoyons les images de déso­la­tion de Mossoul. Nous n’en enten­dons pas seule­ment par­ler, comme on pou­vait le faire au temps de Jésus, nous le voyons de nos propres yeux, mais à dis­tance, à l’abri. Et quand jésus dit : “ce ne sera pas tout de suite la fin”, nous nous disons : “c’est sans fin”.

Nous avons per­du les belles idéo­lo­gies qui nous pro­met­taient un ave­nir radieux, le “grand soir” qui était notre ver­sion du grand jour annon­cé par Malachie, “le jour brû­lant où se livra le soleil de jus­tice qui appor­te­ra la gué­ri­son dans son rayon­ne­ment”. Cette perte est tra­gique, car nous allons main­te­nant vers nulle part. Nous vivons dans un monde qui n’a plus ni orien­ta­tion ni direc­tion. Nous sommes dans l’incertitude, et je repar­le­rai pro­chai­ne­ment de cette incer­ti­tude qui appelle notre cou­rage, le cou­rage de l’incertitude. Ce cou­rage s’appelle l’espérance, et c’est sûre­ment ce dont nous pou­vons et devons témoi­gner le plus aujourd’hui.

Est‐ce de l’inconscience ? Ou une douce illu­sion ? L’espérance n’est pas enne­mie de la luci­di­té. Elle peut et doit être éclai­rée et volon­taire. Nous ne sommes pas moins conscients que les autres des menaces qui pèsent sur nous. Mais nous vou­lons être à la fois lucides et confiants. Nous refu­sons le catas­tro­phisme comme une ten­ta­tion dia­bo­lique. Le mal est là, nous savons l’identifier pour mieux le com­battre. mais il n’y a pas que du mal autour de nous. Nous croyons, comme nous le chan­tons sou­vent, que Dieu est à l’oeuvre en ce monde. Et si nous le croyons, eh bien : il faut dis­cer­ner son action et col­la­bo­rer avec lui. Nous vivons à l’affût de tout ce qui est beau et bon, noble et géné­reux, pour nous en réjouir et en rendre grâce. Imaginez ce que serait un jour­nal télé­vi­sé qui nous mon­tre­rait autant la géné­ro­si­té et la bien­veillance que tous les drames.

Je conviens volon­tiers avec vous que les nou­velles de cette semaine n’ont pas été ras­su­rantes. J’ai remar­qué, comme vous sans dote, que le mot qui reve­nait le plus sou­vent dans les médias et sur les réseaux était l’inquiétude. C’est plus lourd que l’incertitude. Or dans l’évangile, quand il est ques­tion d’inquiétude, c’est pour la chas­ser : “Ne vous inquié­tez donc pas” dit Jésus. Il par­lait de l’inquiétude du len­de­main des pauvres gens qui ne savent pas s’ils pour­ront man­ger où se vêtir, et c’était beau­coup leur deman­der. C’est une bien bonne parole pour nous en ces temps : “Ne vous inquié­tez donc pas !” Jésus ne recom­mande pas l’insouciance, mais la confiance.
Il savait bien toute la peine qu’il faut se don­ner pour faire vivre sa famille. c’était la peine que s’était don­née son père Joseph et sa mère pour l’élever et faire de lui un homme. Il se don­nait lui‐même beau­coup de peine pour ses dis­ciples. Il les voyait sou­vent plus qu’inquiets : ils avaient peur, et sou­vent aus­si dans des situa­tions où qui sus­ci­taient la peur, comme dans la tem­pête, ou devant les menaces qui se res­ser­raient autour de Jésus. Notre inquié­tude actuelle peut aus­si sus­ci­ter notre peur. Mais la peur est mal­saine quand il s’agit de la peur des autres. Elle n’est jamais bonne conseillère, nous le savons. c’est donc le moment de de nous rap­pe­ler la parole de Jésus dans la tem­pête : “N’ayez pas peur ! c’est moi, je suis là”.

En même temps, nous pou­vons pré­sen­ter au Père toutes les peurs qui assaillent les hommes pris dans les conflits si vio­lents, les peurs des parents pour leurs enfants, la peur de la mort chez les grands malades et dans leur entou­rage. Pour tous ceux‐là, et pour nous‐mêmes quand nous sommes concer­nés, reli­sons le début de la seconde lettre de Paul aux Corinthiens : “Béni soit dieu, Père de notre Seigneur jésus‐Christ, le Père de misé­ri­corde et le Dieu de toute conso­la­tion” qui nous console dans toute notre tri­bu­la­tion, afin que nous puis­sions aus­si conso­ler les autres.” D’autres tra­duc­tions parlent de récon­fort. Ce qui est attri­bué ici au Père est encore le propre de l’Esprit : il est le conso­la­teur, il calme les fièvres, il réchauffe et il ranime. Dans nos inquié­tudes et pour notre espé­rance, il faut appe­ler l’Esprit sans cesse. Il semble vou­loir qu’on l’appelle. Je peux bien vous confier que chaque matin je prie le Veni Creator ou le Veni sancte Spiritus et si j’ai la sim­pli­ci­té de vous le confier, c’est pour vous inci­ter à le faire. Il faut qu’un grand appel à l’Esprit sur le monde monte de toute l’Eglise. Parce qu’il est Esprit de Paix, de lumière et de cha­ri­té.

Fr. Bernard

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