Homélie du 32ème dimanche ordinaire, année C

6 novembre 2016

Homélie du 32ème dimanche ordi­naire, année C

Ce n’est pas sans crainte que j’aborde un essai de com­men­taire de la Parole de ce dimanche. Allons‐nous nous lais­ser pié­ger, comme l’espéraient les sad­du­céens qui posent à Jésus un pro­blème appa­rem­ment impos­sible à résoudre ?

Et je me suis dit : est‐ce que ce sont ces dis­cus­sions sans fin sur des ques­tions de casuis­tique qui vont nous dyna­mi­ser pour la semaine qui vient, qui vont nour­rir nos pro­pos, appro­fon­dir notre vie inté­rieure, réjouir notre enga­ge­ment humain, et chré­tien ?

Jésus ne s’est pas lais­sé pié­ger par ces ques­tions qui res­semblent un peu à celles posées au Pape, dans l’avion, au retour d’un voyage apos­to­lique.
Jésus élève le débat : il va à l’essentiel : il essaye de leur dire que ce ciel dont ils parlent et auquel ils ne croient pas, n’a rien à voir avec le Royaume de Dieu et que par consé­quent, nous aus­si, aujourd’hui, nous sommes invi­tés à adop­ter un nou­veau voca­bu­laire, une nou­velle manière d’envisager la vie, la mort, Dieu, la vie chrét­lenne.

« Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants ! » et il ajoute : « Car tous ont par Lui la vie ».
Pour étayer ses paroles, Jésus rap­pelle à ses audi­teurs le très ancien récit — qu’ils connaissent sans doute tous — du Buisson Ardent, où Moïse, le grand pro­phète, ren­contre. mys­té­rieu­se­ment le Dieu unique qui, en plus, va lui révé­ler son nom : « Je suis celui qui suis ».
Non pas une divi­ni­té loin­taine, froide, impas­sible mais un Père tendre, accom­pa­gna­teur de son peuple et com­pa­tis­sant.
« Je serai avec toi par­tout où tu iras ». Ce Dieu que bien des pages de la Bible et en par­ti­cu­lier les psaumes vont nous per­mettre d’approcher et de nom­mer avec des mots d’un grande fami­lia­ri­té : « Dieu à la fois père et mère, Dieu bon et ami des hommes, Dieu de ten­dresse et de misé­ri­corde, mon sou­tien, mon refuge, mon roc, toi qui écoutes ma voix, qui me redresse, qui me met debout…»

Dieu des vivants dans un royaume de vivants qui portent eux aus­si des noms mer­veilleux : fils et filles de résur­rec­tion ; jugés dignes d’avoir part au monde à venir.

La croix de notre cha­pelle est là pour confir­mer ces paroles : dans l’auréole du Christ : trois lettres grecques : o ; omé­ga et N : elles repro­duisent les mots enten­dus au buis­son ardent : « Je suis celui qui suis » : seul Jésus peut reprendre à : son compte cette affir­ma­tion solen­nelle : cer­taines paroles de l’évangile y font écho ou plu­tôt l’explicitent : « Je suis la voie, la véri­té, la vie » ou encore « C’est bien moi, n’ayez pas peur ». Jésus n’est donc pas une véri­té à croire, un pro­blème à résoudre mais une per­sonne à aimer.

On parle de pro­fes­sion de foi, ne pourrait‐on pas par­ler de pro­fes­sion d’amour ? Les chré­tiens doivent‐ils réci­ter leur « Credo » ou leur « Amo » ?
Par sa réponse aux Sadducéens, Jésus élève le débat à une hau­teur inouïe : il remet la reli­gion, le culte, les rites à une place qu’ils ne devraient jamais perdre : Dieu étant amour, toute reli­gion consiste à lui rendre amour pour amour. Tout à l’heure, au début de la grande prière Eucharistique, je vous dirai, au nom de l’Eglise, non pas : « éle­vons nos esprits » mais « éle­vons notre cœur ! » c’est-à-dire : adressons‐nous avec recon­nais­sance, avec gra­ti­tude non pas à ce grand Horloger qui régit le monde mais à ce Père qui nous a aimés, et qui nous a tou­jours don­né récon­fort et joyeuse espé­rance » (2Th 2 16 ).

Le pape François quant à lui, rap­pelle que l’Evangile ne cesse de mon­trer que Jésus, par le regard d’amour qu’il porte à ceux qu’il ren­contre, relève, récon­forte, redonne vie. Et que, être chré­tien, ce n’est pas d’abord obser­ver les com­man­de­ments de l’Eglise, mais être relié à Jésus — et à tra­vers lui, à Dieu — dans une rela­tion aimante.

Dimanche der­nier le P. Raphaël nous a lais­sé entendre que la suite de son homé­lie c’était le concert d’hier soir. Jusqu’à pré­sent je n’ai fait aucune allu­sion à la musique, mais en conclu­sion de l’homélie d’aujourd’hui voi­ci une pro­fes­sion de foi d’Olivier Messiaen qui, je pense, pro­longe bien les paroles du pape François :

« Jésus Christ est notre modèle, Jésus Christ est notre voie. Jésus Christ est le fils de Dieu incar­né, Jésus Christ est Dieu … En nos jours de recherche scien­ti­fique pas­sion­née, on peut rêver à perte de vue, dépas­ser en esprit notre petit sys­tème solaire et sup­po­ser, près des autres étoiles, des mondes habi­tés par d’autres êtres intel­li­gents qui seraient en attente d’un Sauveur… Il reste que la Planète Terre a été favo­ri­sée du don unique : l’Incarnation du Verbe, l’irruption de l’invisible dans le visible, de l’éternel dans le tem­po­rel. Pour sor­tir de cet espace et de ce temps qui nous sont fami­liers, pour accé­der à la résur­rec­tion et à la vie nou­velles dans d’autres dimen­sions, sans doute faut‐il pas­ser par la souf­france et par la mort. Mais n’ont-ils pas déjà quelque avant‐goût de la vision de Gloire, ceux qui -répon­dant aux paroles de la Consécration‐ peuvent s’écrier dans toute la force de leur foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

(Olivier Messian et Y. Congar : Pour vous, qui est Jésus Christ ?, Le Cerf, 1970)

Amen.

Fr Grégoire

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