le Christ prêchant, Rembrandt

3è semaine du T.o. 22/01/2017

Première prédication de Jésus. Art Byzantin

En ce début d’année, nous com­men­çons un nou­veau par­cours évan­gé­lique avec l’évangéliste Matthieu. Deux faits mar­quants dans le pas­sage que nous venons d’écouter ensemble : la pre­mière pré­di­ca­tion de Jésus ; elle est sui­vie immé­dia­te­ment de l’appel des pre­miers dis­ciples, Pierre et André, Jacques et Jean (Ce ne sont d’ailleurs pas les seuls qui sont appe­lés deux par deux). Avant de déve­lop­per ces deux points, attardons‐nous qq ins­tants sur le cadre tem­po­rel et géo­gra­phique que l’évangéliste a vou­lu don­ner à ces évé­ne­ments.

Jésus com­mence son minis­tère avec l’emprisonnement de Jean Baptiste. Par là, il veut sans doute signi­fier une conti­nui­té entre lui et Jean Baptiste, il faut com­bler un vide, un vide dans l’annonce du Royaume de Dieu et de la néces­si­té de se conver­tir pour y entrer. S’il y a une cer­taine conti­nui­té avec le pro­phète Jean Baptiste quant à la parole, par contre, il y a rup­ture quant au lieu : Jésus change com­plè­te­ment de lieu. Jésus quitte le désert de Judée qui était assez proche de Jérusalem, pour gagner la Galilée, car­re­four des nations païennes, une région peu fré­quen­tée par les juifs atta­chés au temple de Jérusalem. Ce chan­ge­ment a une valeur sym­bo­lique impor­tante : Jésus ne s’adresse plus à l’élite reli­gieuse du peuple juif, mais aux nations païennes, les habi­tants des bords du lac de Galilée : des sol­dats romains, des gens ordi­naires comme Pierre et André qui étaient de simples pécheurs ; en géné­ral, ce sont des cita­dins. Il n’est donc plus néces­saire d’aller au désert pour ren­con­trer Dieu ; il est pré­sent au cœur des villes et des vil­lages, au plus près des acti­vi­tés des hommes et des femmes.

Que leur dit‐il ? Somme toute le même mes­sage que Jean Baptiste : « Convertissez‐vous, car le Royaume de Dieu est tout proche ». On peut et on doit même sup­po­ser que Jésus a une conscience claire de son iden­ti­té mes­sia­nique et de sa mis­sion de tour­ner tous les hommes vers son Père : Jésus est l’envoyé du Père pour ras­sem­bler tous les hommes, les unir dans une même foi, une même espé­rance. Quand il dit « le Royaume de Dieu est tout proche » nul doute qu’il veut dire : le salut tant espé­ré que vous atten­diez depuis la nuit des temps vient avec moi‐même le Fils de Dieu. On peut se deman­der pour­quoi Jésus a uti­li­sé cette ter­mi­no­lo­gie : le mot royaume qui est omni­pré­sent chez les 3 évan­gé­listes synop­tiques. Sans doute pour des rai­sons his­to­riques : Jésus est roi comme David de la lignée duquel devait venir le Messie. Mais sa royau­té n’est plus tem­po­relle mais spi­ri­tuelle, Jésus le mon­tre­ra et l’expliquera tout au long de son minis­tère. La royau­té pré­sage aus­si l’Église qui a elle aus­si prin­ci­pa­le­ment une dimen­sion invi­sible, spi­ri­tuelle, mais qui a aus­si, on ne peut pas le nier, une visi­bi­li­té cer­taine sans laquelle elle ne pour­rait sans doute pas sub­sis­ter. Et d’ailleurs les ver­sets qui suivent vont nous le faire voir. L’appel des pre­miers dis­ciples, qui devien­dront plus tard des Apôtres, est l’ébauche de cette Église. Jésus va for­mer un groupe de dis­ciples en les asso­ciant à tous les menus détails de son minis­tère : la pré­di­ca­tion, les gué­ri­sons, les moments de prière, les temps forts que sont les annonces de sa pas­sion et de sa résur­rec­tion.

Comme je l’ai déjà dit, les pre­miers appe­lés sont des hommes les plus ordi­naires qui soient, des pécheurs en l’occurrence. Tous les détails de ce pre­mier appel nous font pen­ser que l’évangéliste a fait une relec­ture post­pas­cale : Simon renom­mé Pierre est le pre­mier élu, celui qui rece­vra les clés de cette Eglise. Simon et André sont des pêcheurs de pois­sons :ils devien­dront des pêcheurs d’hommes. Leur mis­sion est clai­re­ment défi­nie : ils devront ras­sem­bler les hommes comme ils fai­saient avec les pois­sons pour les rame­ner jusqu’à la rive dans un même filet. La seule chose qui leur est deman­dée dans l’immédiat c’est de suivre Jésus. Ce n’est pas grand‐chose comme le sou­li­gnait le P Bernard dans sa confé­rence de mer­cre­di der­nier, mais tout est dit : le dis­ciple doit suivre le maître. Et Matthieu a bien pris soin de nous dire que Pierre et André puis Jacques et Jean ont quit­té les uns leur barque les autres leurs filets pour suivre Jésus.

Nous pour­rions nous inter­ro­ger sur l’attrait qu’un incon­nu peut exer­cer sur ces hommes qui n’ont pas fait le pari de Pascal : nous qui sommes des pêcheurs, dont l’avenir est assu­ré par notre métier, qu’avons-nous à gagner à suivre celui‐là qui veut nous entraî­ner Dieu sait où. Pourquoi ont‐ils ain­si tout quit­té ? Peut‐être y avait‐il chez eux un grain de folie sem­blable à ces jeunes gens de nos pays qui quittent tout pour s’en aller com­battre en Syrie un enne­mi dia­bo­li­sé par leur entou­rage, l’internet aidant bien sûr ? Ou peut‐être l’évangéliste se souvient‐il de la pas­sion sou­daine qu’il a éprou­vée en quit­tant sa table de col­lec­teur d’impôt lorsque Jésus l’a appe­lé à le suivre ? Peut‐être encore Matthieu a‐t‐il vou­lu sou­li­gner la forte per­son­na­li­té de Jésus capable de séduire et d’entraîner n’importe qui à sa suite ? Le récit, très conden­sé, est fort sty­li­sé comme tou­jours – il suit des canons, des récits simi­laires — et nous devons nous conten­ter d’en extraire le mes­sage qu’il veut nous déli­vrer. (voir la revue Feu Nouveau, 60/1, qui m’a beau­coup ins­pi­ré).

D’abord nous pou­vons tirer cette leçon‐ci : le Seigneur nous appelle tous, qui que nous soyons, pas plus ceux qui ont étu­dié la Bible ou qui pra­tiquent la litur­gie inten­sé­ment comme les moines, pas plus non plus ceux qui habitent telle région ou qui adhèrent à telle reli­gion. Ce qui est vrai néan­moins c’est qu’il appelle quelques‐uns à le suivre davan­tage pour édi­fier son Église, comme il a appe­lé Pierre, André, Jacques et Jean. L’Église a pour mis­sion de pour­suivre sur terre l’œuvre de salut inau­gu­rée par Jésus.

Une deuxième conclu­sion est à cher­cher du côté de la Galilée, où se vit notre vie chré­tienne : c’est là, et non dans les cha­pelles et les temples, dans les cloîtres et les cures d’église, que se trouvent les per­sonnes qui doivent rece­voir la Bonne Nouvelle, c’est là‐bas qu’il y a beau­coup de gué­ri­sons à faire. Le pape François a bien rai­son et nous avons de la peine à bien le suivre de ce côté‐là. ; je veux dire que nous res­tons trop faci­le­ment ancrés dans nos anciennes habi­tudes jusqu’à confondre reli­gion avec sécu­ri­té, bien‐être. Moi‐même, je ne sais pas encore com­ment sor­tir de ces ornières. Comment faire pour que la Parole de Dieu pénètre le cœur de tous les hommes et pas seule­ment celui de nos proches et de nos amis ? C’est une grosse ques­tion que nous pose l’évangile, que nous pose Jésus lui que nous pré­ten­dons suivre.

Une manière vraie de répondre à cette ques­tion, même si elle paraît un peu théo­rique, idéale, consiste à vou­loir deve­nir tou­jours davan­tage l’ami de Jésus, à se rap­pro­cher tou­jours plus de lui. C’est ain­si et seule­ment que nous nous rap­pro­che­rons les uns des autres et que nous réa­li­se­rons l’unité des chré­tiens. Celle‐ci se réa­li­se­ra effec­ti­ve­ment lorsque tous les chré­tiens auront le même atta­che­ment au Christ, « Qu’il n’y ait pas de divi­sions entre vous, soyez en par­faite har­mo­nie de pen­sées et d’opinions. » Tout un pro­gramme !

fr. Yves de Patoul

Eau forte de Rembrand, le Christ prê­chant

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