6è semaine du T.O. Mt 5, 17–37

Homélie du dimanche 12 février 2017

6è semaine du T.O. Mt 5, 17–37

Devant l’infiniment grand, l’univers étoi­lé, le soleil, la terre, la mer, la mon­tagne ou devant l’infiniment petit, la cel­lule, l’atome, nous éprou­vons un sen­ti­ment de l’ordre du sublime, de l’émerveillement, de la stu­peur. Les dimen­sions du réel nous échappent tel­le­ment. Que dire alors du sens de nos exis­tences ?

Jésus, dans ce qui a été appe­lé « son ser­mon sur la mon­tagne », nous intro­duit dans une autre mesure du réel : celle de la misé­ri­corde et l’amour de son Père à la fois si proche de nous et si dis­tant, dont le cœur est plus grand que notre cœur, au-delà de toutes limites humaines.

Là où les Pharisiens com­mentent la Loi de Moïse, la Torah, Jésus met en lumière l’infini des rela­tions humaines et divines. Comme la bien-aimée du Cantique des Cantiques cherche son Bien-aimé dont l’amour est aus­si fort que la mort, Jésus mesure notre vie et nos actes à l’amour même de son Père qui va au-delà de notre mort.
Jésus s’adresse à cha­cun et cha­cune de nous, là où il en est, et ouvre en nos cœurs la quête d’aller plus loin. Il fait écla­ter la Loi, l’accomplissant par une com­pré­hen­sion de l’humain dans ses échecs et dans le mal qu’il cause à autrui.

« Vous avez appris qu’il a été dit : tu aime­ras ton pro­chain et tu haï­ras ton enne­mi. Et moi, je vous dis : Aimez vos enne­mis et priez pour ceux qui vous per­sé­cutent, afin d’être vrai­ment les fils de votre Père qui est aux cieux car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons… » Mt 5. 43.

Si l’interdit du meurtre (Mt 5. 21–22) englobe les petites injures quo­ti­diennes, per­sonne n’est plus à l’abri des exi­gences de l’amour. Jésus exige de cha­cun le meilleur de lui-même pour entrer dans une démarche de res­pect, d’humanisation, de misé­ri­corde.
​Le meurtre est pro­hi­bé. Par l’insulte, l’intégrité de la per­sonne est déjà alté­rée, atta­quée, bles­sée. De même, entre l’adultère et le regard de convoi­tise, le res­pect de l’autre est enga­gé. Dans chaque rela­tion, Dieu nous invite à renon­cer à toute agres­sion, à stop­per la spi­rale de la vio­lence qui est mor­ti­fère. Dans le ser­ment, le oui doit être oui.

Les Rabbis légi­fé­raient ; ils mesu­raient ce qu’il fal­lait mettre en pra­tique, jusque-là et pas au-delà…Les demandes de Jésus font voler en éclats toute limite. Personne ne décide à la place de l’auditeur qui est pla­cé devant un choix : un geste uni­ver­sel à poser (qui le condui­ra au juge­ment der­nier) et une invi­ta­tion concrète à le réa­li­ser. Ce que Jésus défi­nit, est-ce une rhé­to­rique de l’excès ? Bien sûr ! Comme l’amour fait explo­ser la casuis­tique de l’obéissance à la Loi.

En résu­mé, toute limi­ta­tion faite à autrui doit être reje­tée. Même les enne­mis entrent dans l’amour d’autrui. Ce n’est pas une Loi nou­velle, c’est la plé­ni­tude de la rela­tion à autrui, à soi, à Dieu Père. C’est entrer dans une rela­tion de filia­tion en Jésus-Christ…

« Et moi, je vous dis » …Ce « JE » va au-delà de toute la tra­di­tion juive. Jésus est-il un sage par­mi les sages pha­ri­siens ? Est-il un pro­phète ? Qui est-il pour subli­mer, accom­plir la Loi par ce lan­gage si abso­lu ? Le pro­phète voit plus loin, au-delà du temps jusqu’au juge­ment der­nier… Le sage ne pose pas de juge­ment. Il indique une direc­tion. Si les limites de la Loi sont dépas­sées, c’est en fonc­tion de sa per­sonne et de la nôtre. Qui est-il pour dépas­ser et le sage et le pro­phète, lui le Fils bien-aimé du Père ?

L’Evangile de Matthieu est à la fois le plus juif des Evangiles et le plus rude à l’égard d’Israël. Il est très juif car Jésus se pré­sente comme le nou­veau Moïse par­lant sur la mon­tagne des Béatitudes. C’est aus­si sur une mon­tagne que le Ressuscité délivre son der­nier mes­sage. L’image du Nouveau Moïse s’inscrit en fili­grane dans son minis­tère. Dans son Evangile se trouvent les couches les plus anciennes, les plus proches du pre­mier tes­ta­ment. Jésus l’affirme avec force « N’allez pas croire que je sois venu abro­ger la Loi et les Prophètes ; je ne suis pas venu abro­ger, mais accom­plir ». Mt 5. 17.

Pour­quoi cet évan­gile est-il aus­si le plus rude à l’égard d’Israël ? Dès la nais­sance de Jésus, le mas­sacre des enfants de Bethléem sur ordre d’Hérode donne le ton. Les mages repré­sentent la sagesse païenne. La pre­mière réponse offi­cielle à la nais­sance du Messie est un geste de mort ; elle est sui­vie de la fuite en Egypte. Tout au long de l’Evangile, l’affrontement est dur sur bien des contro­verses : « Gardez-vous, dit Jésus, du levain, c’est-à-dire de l’enseignement des Pharisiens » Mt 16. 5.

Aussi à l’école de Jésus, ce n’est plus la Loi, mais la per­sonne elle-même qui est la source de l’obéissance. « Venez à moi, vous tous qui pei­nez sous le poids du far­deau, et moi je vous don­ne­rai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur. » (Mt 11. 28–30). Sous l’image rab­bi­nique du joug, ce n’est plus la loi, mais les exi­gences du Christ lui-même. Plus de casuis­tique, mais bien la relec­ture de la loi par Jésus : l’amour du pro­chain, la non-violence, la dou­ceur, l’humilité. Tels sont les che­mins pour suivre Jésus et décou­vrir peu à peu notre filia­tion divine.

A la fin de son Sermon sur la mon­tagne, les exi­gences de Jésus res­tent entières :
• Tout ce que vous vou­lez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : c’est la Loi et les Prophètes Mt7. 12.
• Il ne suf­fit pas de me dire « Seigneur, Seigneur pour entrer dans le Royaume de Dieu ; il faut faire la volon­té de mon Père qui est aux cieux. »
• Ces exi­gences seront celles du Jugement der­nier : Venez les bénis de mon Père, car j’ai eu faim…j’ai eu soif…j’étais un étranger…nu et vous m’avez vêtu, malade, pri­son­nier et vous m’avez visi­té.

Reve­nons au cœur du Sermon sur la mon­tagne et notons qu’à six reprises Jésus a cette expres­sion tran­chante d’autorité : « Vous avez appris qu’il a été dit aux Anciens…mais moi je vous dis… ». Face aux pres­crip­tions qui pro­viennent des deux Tables de la Loi, le « moi je vous dis » de Jésus est sou­ve­rain, tran­chant et libé­ra­teur.

Sa parole est sou­ve­raine, elle s’affirme dans un dépas­se­ment infi­ni de la Loi en s’appuyant sur le « je », moi je vous dis…Aucun Rabbi n’a osé de se pro­non­cer ain­si avant ou après lui et Jésus n’a pas besoin de se jus­ti­fier. Sa parole est tran­chante et libé­ra­trice. Il vient accom­plir les Ecritures, sa parole pénètre le cœur humain et le libère de toute contrainte. Qu’Il trans­forme nos vies par son Corps et son Sang et nous fasse péné­trer davan­tage dans l’Amour infi­ni du Père des cieux.

Mes sœurs, mes frères, nous voi­ci au cœur de l’hiver et ensemble, dans cette assem­blée domi­ni­cale, nous son­geons et nous prions pour les per­sonnes qui souffrent des intem­pé­ries, du froid, de la pau­vre­té.

La litur­gie de ce jour pour­suit la lec­ture de l’Evangile de Matthieu. Après l’enseignement de Jésus sur les Béatitudes et, dimanche der­nier, que nous sommes le sel et la lumière du monde, nous enten­drons aujourd’hui ce qu’on appelle « le Sermon sur la mon­tagne ». Pourquoi ce titre ? Pourquoi pas la dimen­sion infi­nie de l’Amour du Père ? ou encore « l’excès des paroles de Jésus » ? « La mesure d’un amour au-delà de toute mesure » ?

De toute manière, quel que soit le titre rete­nu, nous pou­vons seule­ment nous appro­cher avec humi­li­té du Seigneur de nos vies, en recon­nais­sant avec grande humi­li­té notre fai­blesse et notre inca­pa­ci­té d’aimer notre pro­chain et notre Père des cieux à la mesure de Jésus-Christ. Pour être accor­dé à ce que nous célé­brons, tournons-nous vers la Croix du Christ et recon­nais­sons notre péché.

Fr. Martin

Dessin de Joseph Noel Paton

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