Fête de saint‐Benoît du 21 mars 2017

Introduction

Il nous est bon d’être réunis ce soir pour célé­brer le pas­sage de Benoît au « Royaume des splen­deurs », comme l’écrivait notre frère Jean‐Yves dans son hymne. C’est une joie pour la com­mu­nau­té de retrou­ver dans cette célé­bra­tion, nos hôtes et nos amis, le groupe si fidèle sus­ci­té par Jean Hallet, nos oblats qui, depuis près de 30 ans, se sont enga­gés dans notre monas­tère Saint‐André pour vivre de la tra­di­tion béné­dic­tine. La jeune « fra­ter­ni­té de Clerlande », ini­tiée par le P. Raphaël, nous rejoint aus­si ce soir et notre patriarche Benoit nous entraine tous ensemble dans une même direc­tion de ser­vice mutuel et d’adoration.

Notre cœur se tourne aus­si vers les com­mu­nau­tés de notre congré­ga­tion, notre fon­da­tion de Mambré à Kinshasa et, en par­ti­cu­lier les monas­tères qui ont Benoît comme patro­nyme : Maredsous, Trinidad, Singeverga au Portugal, leur mai­son à Porto, la fon­da­tion des sœurs béné­dic­tines d’Huambo en Angola, Asirvanam en Inde, Etioles près de Paris. Nous por­tons aus­si dans notre prière ceux et celles qui portent le nom de Benoît et de Bénédicte.

Les Bénédictins ont le pri­vi­lège de célé­brer deux fois leur saint patron. Le 11 juillet, fête recon­nue par toute l’Eglise, et le 21 mars, fête de son entrée dans la lumière, tran­si­tus vers le Royaume. Avant sa mort, Benoît, dans une vision, vit le monde comme un grain de sable. Cette vision peut rela­ti­vi­ser nos sou­cis et nos peines quo­ti­diennes ; elle peut aus­si nous conduire dans la joie de Pâques et en ce sens rejoindre ce que Benoît écrit dans sa Règle sur le Carême des moines : attendre et se pré­pa­rer dans la joie de l’Esprit-Saint à la grande fête pas­cale.

Au début de cette célé­bra­tion, tournons‐nous vers le Christ sur la Croix et rayon­nant de la joie pas­cale et demandons‐lui qu’il nous trans­forme à son image.

Homélie

Cette fête de Saint Benoît et ce temps de Carême se conjugue en un appel de l’Esprit saint afin que notre marche vers Pâques soit emplie de joie et de paix fra­ter­nelle. En ce temps où l’Europe est mise en cause, en ce temps où tant de dis­cours poli­tiques, en France et ailleurs, s’entrecroisent, riva­lisent de pro­messes, nos monas­tères res­tent des lieux de paix et de silence. En cette célé­bra­tion de la mort de saint Benoît, c’est une invi­ta­tion de plus à reve­nir en nous‐même, « reve­nir au cœur de nous‐même par l’obéissance à Dieu », c’est-à-dire au cœur même de notre propre voca­tion.

Nous retrou­ver nous‐même passe par le silence sans lequel l’on ne peut se connaître, ni voir la direc­tion que nous pre­nons. Ce pre­mier pas, sans nul doute le plus dif­fi­cile, néces­site une longue pré­pa­ra­tion et la litur­gie, dans ce temps qui nous est don­né, nous guide dans cette conver­sion, ce retour à nous‐même sans lequel il ne peut y avoir d’authentique prière. Sans le silence, Dieu dis­pa­raît dans le bruit.

C’est après nous être dépouillé des vaines pen­sées liées à nos acti­vi­tés, à nos choix d’engagement, de vie même, que nous pou­vons entendre la brise légère qui frappe à nos cœurs et nous donne de deve­nir des récep­tacles de l’Esprit Saint. Cette plé­ni­tude s’acquiert par ce dépouille­ment, cet aban­don, ce vide que nous enseigne Benoît.

Les monas­tères sont des lieux de recueille­ment, de prise de dis­tance du monde, de silence. Ce silence, me décrit un hôte la semaine der­nière, est un silence dif­fé­rent des autres silences. C’est un silence par­ti­cu­lier, habi­té par chaque frère d’une com­mu­nau­té, et l’addition de ces dif­fé­rents silences crée un cli­mat pro­fon­dé­ment ori­gi­nal qui invite à aller plus loin. Cela fait par­tie de l’originalité de la vie béné­dic­tine. Et ce choix du silence est un don pour l’humanité.

Le silence est cette digue puis­sante qui maî­trise les eaux tumul­tueuses du monde. C’est un bar­rage qui redonne à l’homme sa digni­té. Dieu lui‐même construit cette digue qui nous pro­tège du tumulte exté­rieur. Le pro­phète Isaïe (ch. 26) l’exprime à sa façon : Pour nous pro­té­ger, le Seigneur a mis mur et avant‐mur.
​Il ne s’agit pas d’une pri­va­tion, mais d’une atten­tion inté­rieure à l’essentiel de nos vies, à ne pas s’en écar­ter, à prendre dis­tance par rap­port aux réa­li­tés de ce monde, à ses innom­brables sou­cis.
​De cet éveil naît le désir ardent de reve­nir au Père par le Christ, à nous aimer comme le Christ nous à aimer jusqu’au bout, en lavant les pieds de ses dis­ciples, en nous ensei­gnant com­ment nous ser­vir les uns les autres, à mar­cher avec lui vers la pas­sion et le Golgotha, ce lieu du dépouille­ment abso­lu pour entrer dans la joie de Pâques, trans­fi­gu­rés, res­sus­ci­tés à notre tour.

Le Carême est‐il une réa­li­té impos­sible, comme la vie monas­tique ? Oui, si nous nous appuyons uni­que­ment sur nous‐même comme un ath­lète dans un stade, une arène. Cette mon­tée vers Pâques n’est à aucun moment déses­pé­rée si notre regard est habi­té par l’espérance, par la pré­sence de l’Esprit qui nous conduit. Ce pas­sage vers l’homme nou­veau, à l’image de Dieu, est en nous et nous pousse vers l’avant. Il implique aus­si de nous dépouiller de notre ancienne tunique, de res­sen­tir le rythme mys­té­rieux de notre être qui, comme une source d’eau vive, jaillit dans le silence de nos cœurs.

Jésus, dans le Sermon sur la mon­tagne, nous rap­pelle que le Père voit le fond de notre cœur, que nous avons à nous reti­rer dans le secret de notre cel­lule. C’est là mys­té­rieu­se­ment, au creu­set de nos silences per­son­nels, que naît la vie com­mune de notre com­mu­nau­té et que se déploie notre cha­risme : prier et tra­vailler ensemble, vivre de ce bon zèle qui passe par la patience de sup­por­ter les infir­mi­tés phy­siques et morales qui sont les nôtres.
​Après tout, nous dit Benoît, com­men­çons par un humble début qui nous conduit à la paix et la joie. Le Carême et l’attente de Pâques dans la joie ne pro­cèdent elles pas des mêmes dis­po­si­tions inté­rieures ?

Fr. Martin

Image : Fra Angelico, Saint Benoit en extase dans le désert

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