Mercredi des Cendres 1/03/2017

Homélie du mercredi 1 mars 2017

Mercredi des Cendres

En ces 40 jours de Carême, Benoît entend, avant tout, nous pré­pa­rer dans la joie du Saint-Esprit à la grande fête de la nuit pas­cale dans un rejet com­plet du monde et une offrande plus par­faite de soi-même au Seigneur RB (49, 6–7). C’est bien la joie pas­cale qui est pré­sente dans nos lec­tures, nos prières, nos larmes, la com­ponc­tion de notre cœur. Il ajoute : « La vie d’un moine devrait être, en tout temps, aus­si obser­vante que durant le Carême. Mais comme il y en a peu qui pos­sèdent cette per­fec­tion, nous exhor­tons tous les frères à vivre en toute pure­té pen­dant le Carême et à effa­cer, en ces jours sacrés, toutes les négli­gences de l’année » (RB 49, 1–2). Ce qui est dit des moines vaut éga­le­ment, je pense, pour tous les chré­tiens, quel que soit leur état de vie.

Certes, il nous arrive à tous d’être incons­tants, relâ­chés, ou même de tour­ner le dos à l’Evangile de Jésus-Christ, par tié­deur, par fai­blesse, par sou­mis­sion à la pen­sée domi­nante de notre époque. Mais nous n’avons pas à mettre sur le compte de la défaillance morale ou du manque de foi, d’amour, toutes nos baisses d’intensité dans la pra­tique de notre reli­gion. Nous connais­sons des hauts et des bas dans plu­sieurs domaines de la vie phy­sique ou spi­ri­tuelle. Ces varia­tions font par­tie de notre nature et nous n’avons pas à nous en déso­ler. Au contraire, réjouissons-nous de pou­voir nous rele­ver, repar­tir avec une nou­velle ardeur, une espé­rance neuve, cette espé­rance qui prend sa source dans les creux. Nos moments de creux peuvent deve­nir des moments de grâce pour autant que nous ne nour­ris­sions aucune com­plai­sance à l’égard de nos affais­se­ments.

Pourquoi des moments de grâce ? Parce que Dieu nous atteint plus aisé­ment dans nos failles que sur nos pro­vi­soires som­mets. Et tout se passe sou­vent comme si l’Esprit de Dieu ne pou­vait entrer en nous que par la fente de nos plaies. Ainsi, si nous pre­nons conscience au début de ce Carême que nous sommes des êtres de manque et même si nous déses­pé­rons de notre accom­plis­se­ment, nous vivons cer­tai­ne­ment un moment favo­rable et nous abor­dons le jour du salut.

L’Evangile de ce jour nous y invite. Saint Paul nous rap­pelle que c’est le moment favo­rable, le jour du salut. Que nous est-il deman­dé ? De quit­ter nos habits somp­tueux, nos pré­ten­tions gran­di­lo­quentes, nos atti­tudes osten­ta­toires, d’entrer hum­ble­ment en nous-même avec dou­ceur. C’est le temps favo­rable de nous mettre à l’écoute de la parole de Dieu, de la prier dans le secret de notre cœur. Car notre Père des cieux est là dans le secret et voit le fond de notre cœur. Inutile de faire de longs dis­cours.
C’est un temps d’éveil et d’attention à l’Eternel dans le quo­ti­dien de nos vies com­munes. Une per­sonne atten­tive est déjà dans la prière. Celle-ci n’est rien d’autre qu’une atten­tion du cœur à la Présence de Dieu qui fait de chaque chose « un pré­sent », une recon­nais­sance de celui qui nous conduit au Père. L’attention est un remède qui nous fait reve­nir (St Benoît insiste sur cette idée de retour) de cet exil qui est l’oubli de Dieu, l’oubli de Celui qui est doux et humble de cœur. Le péché est cet oubli de notre capa­ci­té d’aimer et d’être aimé.

Ce temps nous est don­né aus­si pour vivre dans la sobrié­té. Dans notre monde d’aujourd’hui où les écarts sont si criants entre les riches et les pauvres, entre ceux qui habitent dans la sécu­ri­té et ceux qui sont d’éternels pèle­rins, migrants, arra­chés à leur mai­son et à leur famille, il nous est deman­dé de jeû­ner, d’entrer en soli­da­ri­té avec ces pauvres à notre porte, de par­ta­ger et d’être atten­tifs à cha­cun pour deve­nir plus humains et à notre tour voir dans le secret la misère de nos voi­sins, phy­sique, morale, sup­por­ter avec une extrême patience leurs infir­mi­tés, leur appor­ter récon­fort et pré­sence.

Concluons avec cette belle sen­tence de saint Augustin :
Recevez ce que vous êtes, deve­nez ce que vous rece­vez, le Corps du Christ.

fr. Martin

Image : Fra Angelico, par­tie infé­rieure de la Sainte Conversation, couvent de San Marco

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