3è dimanche de Pâques

Homélie du dimanche 30 avril 2017

3ème dimanche de Pâques

Deux voya­geurs, tristes, décou­ra­gés, reve­nus de leurs illu­sions. Ils ont tout enten­du, ils sont au cou­rant, ils « savent » ce qui s’est pas­sé, ils n’ont pas raté un jour­nal par­lé : les nou­velles sont loin d’être bonnes, elles sont dépri­mantes. L’avenir cepen­dant était pro­met­teur mais en quelques heures le pay­sage a chan­gé : c’est le sujet de leur conver­sa­tion en che­min.

Premier acte : la ren­contre avec un incon­nu qui, semble‐t‐il, n’est pas au cou­rant : « Tu es bien le seul à igno­rer… ..tu es donc hors du coup, tu ne sais pas ce qui est arri­vé à Jésus de Nazareth, mais enfin ! tout le monde en parle ! Tu n’as pas enten­du par­ler de l’ atten­tat, par­don, du pro­cès, de la cru­ci­fixion : quel mal­heur ! c’était un type super, tou­jours prêt à dire une bonne parole, à gué­rir, à prendre la défense des faibles et à oser lan­cer avec calme leurs quatre véri­tés aux puis­sants et aux hypo­crites. Quel mal­heur ! Ce sont tou­jours les meilleurs qui partent. Et de quelle manière : lâché par ses amis, aban­don­né de tous ceux qui l’avaient accla­mé : il y avait juste sa Mère, quelques femmes et un dis­ciple, près du gibet !

Nous voi­là pour ain­si dire à la case zéro : nous espé­rions avec lui le grand chan­ge­ment, la libé­ra­tion de notre peuple, le bon­heur quoi ! Il y a bien eu quelques femmes assez cou­ra­geuses pour aller jusqu’au tom­beau : elles ne l’ont pas trou­vé : elles pré­tendent avoir enten­du dire par des anges que Jésus est vivant : mais nous, les hommes, qui savons gar­der la tête froide, nous n’y avons pas cru, pas plus que les Apôtres qui devraient quand même être en pre­mière ligne dans le domaine de la foi. »

Deuxième acte : La réponse de l’inconnu aux pro­pos défai­tistes des voya­geurs : « Mes chers amis, vous pen­sez être au cou­rant, vous pré­ten­dez savoir : mais avez‐vous un ins­tant pen­sé, comme les femmes, à croire en ce que les Prophètes ont dit d’avance à pro­pos de ce fameux Jésus : Rappelez‐vous les psaumes de David : « Mon cœur exulte, mon âme est en fête, Tu ne peux m’abandonner à la mort… » (Psaume 15) Allez donc consul­ter Isaïe : « Voici mon Serviteur…..il était mépri­sé, décon­si­dé­ré, c’étaient nos souf­frances qu’il por­tait… après les épreuves de son âme il ver­ra la lumière, par ses souf­frances il jus­ti­fie­ra des mul­ti­tudes. » (Isaïe 53)

Peu à peu les pèle­rins redé­couvrent com­ment leurs écri­vains sacrés parlent non pas de la venue d’un poten­tat, d’un roi puis­sant prêt à balayer tout ce qui s’oppose à lui. Voici qu’apparaît au contraire l’icône d’un mes­sie doux et humble qui fait du chan­ge­ment des cœurs un préa­lable obli­gé au chan­ge­ment poli­tique : il ne se contente pas de le dire : la force de la dou­ceur – reflet fidèle de celle de son Père bien‐aimé,- il la montre en entrant dans la ville mon­té sur un ânon, accla­mé par les petits, en lavant les pieds des dis­ciples, en rom­pant le pain, ver­sant le vin, signes non de domi­na­tion vio­lente mais de suprême et silen­cieux amour.

Troisième acte : la confiance est remise en route : les cœurs se réchauffent, les têtes se redressent : « Et si c’était vrai, ce qu’il raconte ? » Mais voi­là qu’il fait mine de pour­suivre sa route : « Oh non ! Reste avec nous, Tu nous fais tant de bien ». Il suf­fi­ra main­te­nant d’un rien pour qu’ils sai­sissent à qui ils ont à faire : avec des yeux tout neufs, des pupilles inté­rieures, ils recon­naissent au geste du pain rom­pu, au sym­bole de la misé­ri­corde et du par­tage, Celui qu’ils croyaient mort et enfer­mé der­rière la pierre de la tombe de Joseph d’Arimathie.

Et voi­ci le der­nier acte : dans une vigueur d’enthousiasme ils rebroussent che­min, dési­reux de par­ta­ger à d’autres la flamme d’un Messie ado­ré, retrou­vé. Mais déjà le feu s’est pro­pa­gé à Jérusalem et il ne reste plus qu’à par­ta­ger la joie de la Bonne Nouvelle.
Mes Sœurs, mes frères, nous sommes convo­qués en Eglise, chaque dimanche, non pour une céré­mo­nie mais pour nous remettre en contact avec Celui qui, par le Baptême nous a fait entrer dans sa famille : com­ment l’Eglise se laissera‐t‐elle tou­cher par ce Dieu –Père , Fils et Saint‐Esprit,- Trinité d’amour qui nous aime à la folie. Dans cette famille de Dieu il n’ ya qu’une chose à faire, com­mune à tous : rece­voir le pain rom­pu par des mains aimantes du Seigneur et, à notre tour, rompre le pain pour chaque frère, chaque sœur ren­con­tré sur notre che­min.

Reste avec nous, Seigneur, car il se fait tard et déjà le jour baisse ! Oui ! ma fille, mon fils, mon enfant, je serai avec toi……partout où tu iras…. Amen !

fr. Grégoire

Les Pèlerins d’Emmaüs, Maurice DENIS (Granville 1870 – Paris, 1943), Huile sur toile, 1895

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