La Fête du Saint-Sacrement

Dimanche 18 juin 2017

La Fête du Saint-Sacrement

Dans nos milieux de tra­di­tion catho­lique, lorsque nous employons l’ex­pres­sion “le Saint-Sacrement”, nous pen­sons aux petites hos­ties réser­vées pour les visites aux malades et enfer­mées dans le taber­nacle ; ou alors, la grande hos­tie blanche encas­trée dans un osten­soir solaire et expo­sé à l’a­do­ra­tion des fidèles à genoux.

Tout en res­pec­tant bien évi­dem­ment ces pra­tiques, je vous invite à envi­sa­ger le Saint-Sacrement de l’au­tel en ce qu’il a de plus fon­da­men­tal, à savoir la pré­sence de la trans­cen­dance divine dans ce qui existe de plus fra­gile, de plus simple, de plus quo­ti­dien : un mor­ceau de pain frac­tion­né et don­né à man­ger.

Nous sommes ici au cœur de ce que la Foi chré­tienne pos­sède de plus lim­pide et de plus auda­cieux, pro­ve­nant de la bouche même de Jésus Fils de Dieu Sauveur :
Prenez et man­gez, ceci est mon corps livré pour vous”.
Je suis le pain vivant : si quel­qu’un mange de ce pain, il vivra éter­nel­le­ment”.

Audacieux, certes. Et Jésus redouble d’au­dace, car selon ses paroles rap­por­tées en grec par l’é­van­gé­liste Jean : man­ger ce pain, c’est man­ger sa chair, qu’il nous faut mâcher, τρώγω, cro­quer, pour nous rem­plir de saveur.

Ne me cher­chez pas là-bas au loin
ni là-haut dans les cieux, dit Jésus
accueillez-moi au plus près de vous,
au plus intime de vous-même :
dans votre corps.

Il n’y avait que l’i­mage du pain pour dire l’i­nouï de ce don :
un pain de miel dont les miettes tom­bées de la table pour­raient être lapées par des chiens ;
un pain ras­si oublié à la cui­sine qu’un voleur SDF pour­rait nous déro­ber, la nuit ;
un pain des­sé­ché qui ne pour­rait être sau­vé qu’en fai­sant du pain-perdu pour un sou­per de Carême ;
un pain minus­cule comme le bébé de Noël dépo­sé dans la man­geoire des bêtes, à Beth-Léem, la Maison-du-pain, en hébreu.

Jésus est venu non pas dans le temple d’un Dieu de gloire, mais il est venu et vient encore dans l’a­te­lier d’un Dieu-boulanger.

*

Le Royaume de Dieu est sem­blable à un semeur qui sor­tit ense­men­cer son champ”.
Dans notre culture deve­nue tel­le­ment sophis­ti­quée, sommes-nous encore capables d’i­ma­gi­ner et appré­cier ce que la confec­tion d’un pain sup­pose de gestes moites de sueur de tous ceux qui ont labou­ré, ense­men­cé, mois­son­né, lié les gerbes, engran­gé, mou­lu, pétri, cuit et appor­té sur nos tables ?

Mais la foi chré­tienne n’est pas, pour autant, une reli­gion qui sacra­lise la nature aux images buco­liques. Car les gestes suc­ces­sifs qui fabriquent le pain sont por­teurs et révé­la­teurs des trois grandes grâces théo­lo­gales que nous rece­vons au Baptême :
la grâce de la Foi-Confiance dans l’œuvre de Dieu qui ne cesse de labou­rer le champ du monde, et de l’en­se­men­cer par la Parole de Vérité ;
la grâce de l’Espérance qui nous offre la joie de mois­son­ner les fruits de l’Esprit que nous décou­vrons en tout homme au coeur droit et géné­reux ;
la grâce de l’Amour de Charité qui pétrit la pâte de l’hu­ma­ni­té avec les mains de la ten­dresse du Christ.

*

Dans quelques ins­tants, notre com­mu­nau­té va par­ti­ci­per à l’ac­tion eucha­ris­tique — car la Messe n’est pas une dévo­tion pieuse les mains jointes. Elle est une œuvre de Dieu qui va

  • d’a­bord accueillir le pain, fruit de la terre et du tra­vail de ses enfants ;
  • Dieu qui, ensuite, par l’Esprit-Saint, va trans­for­mer ce pain dans le Corps du Christ ;
  • Dieu qui, enfin, par notre com­mu­nion au Corps de christ, va faire de notre assem­blée un peuple consa­cré à son ser­vice.

Nous avons la chance à Clerlande, de com­mu­nier avec du vrai pain que chacun(e) accueille et dépose dans le creux de la main.
A ce moment, ce pain a le poids du sau­veur du monde et c’est le monde que cha­cun de nous reçoit pour en por­ter le poids avec le Christ.
Je vous laisse avec un poème de Patrice de la Tour du Pin qui pren­dra avan­ta­geu­se­ment le relais de mes pauvres mots.

fr Dieudonné

Tous les che­mins du dieu Vivant mènent à Pâques,
tous ceux de l’homme mènent à son impasse.
Ne man­quez pas, au croi­se­ment,
l’au­berge avec sa table basse,
car le Seigneur vous y attend.

N’attendez pas que votre chair soit déjà morte :
N’hésitez pas, ouvrez la porte.
Demandez Dieu : c’est lui qui sert.
Demandez tout : il vous l’ap­porte.
Il est le vivre et le cou­vert.

Mangez ici à votre faim,
Buvez de même à votre soif : la coupe est pleine.
Ne cou­rez pas sur les che­mins,
allant à dieu sans que Dieu vienne :
soyez des hommes de demain.

Prenez son Corps dès main­te­nant :
il vous convie à deve­nir eucha­ris­tie.
Et vous ver­rez que Dieu vous prend,
qu’il vous héberge dans sa vie
et vous fait hommes de son sang.

P. de la Tour du Pin, une somme de poé­sie, III, Le jour de l’homme devant Dieu, Gallimard 1983, p295-296

Peinture de Vincent Van gogh, Champ de blé avec un fau­cheur, 1889

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