Fête de St-Benoît

Homélie du 11 juillet 2017

Fête de St-Benoît

A l’exemple de St Benoît, la tra­di­tion monas­tique nous invite à voir l’univers à sa mesure véri­table, humble réa­li­té que l’amour de Dieu trans­fi­gure, pré­cieuse et pure en Lui.

Nous en vivons à Clerlande, comme dans notre fon­da­tion de Mambré à Kinshasa, d’où plu­sieurs d’entre nous reviennent.

photo du fr. Thibaut
La com­mu­nau­té de Mambré à Kinshasa

La pre­mière impres­sion, dès la sor­tie de l’aéroport de Ndjili, ce sont ces foules innom­brables qui marchent pour vivre et sur­vivre, qui marchent le long des grandes routes, sou­vent affa­mées, du matin au soir en quête de cinq pains et de deux pois­sons, qui marchent sans ber­ger, sou­vent atti­rées par des loups rapaces. Ce sont ces églises du réveil et d’autres qui, sous pré­texte de prière et de bon­heur les entraînent vers une espé­rance sans visage, sans issue.

La prière de Madeleine Delbrel s’élève spon­ta­né­ment dans nos cœurs pour ces foules sans ber­ger que nous décou­vrons dans notre véhi­cule qui tra­verse la ville d’un bout à l’autre pour rejoindre notre com­mu­nau­té ins­tal­lée à la péri­phé­rie occi­den­tale de la ville, non loin du fleuve qui se pré­ci­pite sur les rochers, le début des rapides. Nous voyons ces enfants, ado­les­cents, hommes et femmes de face, puis de pro­fil et de dos. A la fin du film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux, on voit les sept moines de Tibhirine s’avancer dou­lou­reu­se­ment dans la neige. Ils s’éloignent de dos et s’estompent len­te­ment dans le brouillard, une ombre absor­bée par le blanc, jusqu’à l’effacement.

photo fr Thibaut
Enfants devant leur mai­son joux­tant le monas­tère de Mambré, juin 2017

A Kinshasa, ce sont quatre bandes de cir­cu­la­tion dans chaque sens qui montrent « la voie rapide », « la voie large » que l’Evangile rejette pour nous rap­pe­ler la voie étroite qui conduit au salut. Cette voie étroite borde pré­ci­sé­ment la voie rapide, entre dans des che­mins de sable, des rues étroites où les enfants jouent dans les eaux crou­pies des cani­veaux. Ce che­min fait de trous et de bosses conduit aus­si, après avoir été secoués dans tout les sens, vers le monas­tère, havre de paix, de prière et de tra­vail.

La vie du monas­tère est là, à Mambré comme à Clerlande ; elle n’est pas faite d’un ensemble de règles. Elle est un orga­nisme vivant, com­plexe, où nous sommes liés les uns aux autres, à nos familles, aux fami­liers et amis du monas­tère, à l’Eglise locale, à la popu­la­tion qui nous entoure. A Kinshasa, ce sont 12 mil­lions d’habitants avec un taux de crois­sance de 500.000 de plus chaque année. Regardez l’univers comme un point lumi­neux. Que sommes-nous dans ce monde ? Une goutte d’eau ? Une petite lumière de foi, lucer­na pedi­bus meis dit le psaume une petite lampe à huile qui éclaire notre route un pas à la fois. Dans les élé­ments fon­da­teurs d’un style de vie, la Règle béné­dic­tine envi­sage tou­jours une convi­via­li­té, une vie com­mune durable jusqu’au bout du che­min, comme les sept moines de Tibhirine qui gra­vissent le Golgotha.

photo: fr Thibaut
Distribution de médi­ca­ments contre le palu­disme à Mambré, juin 2017

Elle est faite d’une influence réci­proque entre les frères plus âgés et les frères plus jeunes, les bien por­tants, les malades, les frères au tra­vail et d’autres qui, à cause de leur âge ou de leur fai­blesse, tra­vaillent de manière réduite. C’est une vie quo­ti­dienne qui appelle à appro­fon­dir nos rela­tions, tou­jours les mêmes, tou­jours dif­fé­rentes. Oui, c’est un tré­sor de cha­ri­té qui nous enve­loppe mys­té­rieu­se­ment. A Mambré, les 20 moines, rela­ti­ve­ment jeunes, se recon­naissent ins­tinc­ti­ve­ment dans leur litur­gie afri­caine, où l’inconscient vibre autant que leur esprit, où la danse et le rythme font par­tie inté­gra­le­ment de leur vie. Je danse donc je suis. Chez nous, on dirait géné­ra­le­ment, je pense donc je suis. Mais la pen­sée comme le corps peuvent conduire à l’infini de Dieu, à son cœur ouvert aux petits, à la misé­ri­corde, où le silence l’emporte sur la parole. C’est ce que nous décou­vrons autre­ment sur le pla­teau des Bateke, dans le tra­vail de Madame kalo­ma, à Impuru ou à Mongata. Cette mai­son monas­tique, , com­po­sée de trois moines, iso­lée de tout, aux confins de toute culture, sans aucun centre de san­té, école ou hôpi­tal, res­semble à un éton­nant ermi­tage, une petite mai­son dans la prai­rie, seule, ni route, ni élec­tri­ci­té, ni voi­sin.

photo: fr Thibaut
Salle d’attente du dis­pen­saire st-Benoît à Mambré, juin 2017

L’image des moines de Tibhirine est une para­bole. Elle s’ouvre sur une soli­da­ri­té pro­fonde entre les moines, entre les hommes, voyant Dieu de dos comme Moïse. La lumière qui habi­tait le cœur de Benoît devant la créa­tion, l’humanité est là. Notre Dieu se laisse appro­cher de dos. Si Dieu se révèle en se cachant, c’est un Dieu qui parle bas pour qu’on le com­prenne. C’est un appel au silence pour que notre parole ait du sens. C’est aus­si comme l’exprimait Dorothée de Gaza, le grand cercle de nos com­mu­nau­tés, de nos soli­da­ri­tés qui se tiennent comme une grande roue, conscients que plus nous mar­chons vers le centre, plus la cir­con­fé­rence se rétré­cit et nous nous rap­pro­chons mys­té­rieu­se­ment les uns des autres.

photo fr Thibaut
Rencontre et offrande d’un sou­rire, Mambré, juin 2017

En cette fête de St Benoît, ren­dons grâce à Dieu pour notre style de vie qui bat au rythme des jours et des nuits, des mois et des sai­sons, fait de prière et de tra­vail, habi­té par Celui qui fait pous­ser le grain de nuit comme de jour, qui fait gran­dir en nous la paix et la joie, la confiance et Lui et l’amour mutuel.

fr. Martin

Photographie de fr. Thibaut
Lectio à Mambré à la lueur d’un smart­phone pen­dant une panne d’électricité.

Enregistrer

Enregistrer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.