21è dimanche TO (A) 2017

27 aout 2017

21è dimanche TO (A) 2017

(Mt 16, 13–20)

Pour vous, nous demande Jésus, qui suis-je ? Ce n’est pas moi qui ai choi­si cette ques­tion, assez redou­table faut-il le dire ! En fait, rappelez-vous : la litur­gie de cette année, appe­lée l’Année A, nous fait réen­tendre au fil des dimanches la qua­si entiè­re­té de l’évangile de saint Matthieu depuis le pre­mier dimanche de l’Avent en novembre 2016 jusqu’au 26 novembre de cette année 2017.

Dès lors, la page d’évangile de chaque dimanche n’est pas choi­sie selon l’état d’âme du prêtre-célébrant, ni selon les évé­ne­ments poli­tiques locaux ou mon­diaux du moment. Heureu­se­ment d’ailleurs, car nous serions vite las­sés par la répé­ti­tion des mêmes heurs et mal­heurs de la vie de notre pla­nète, « tant qu’il y aura des hommes »…

Ce n’est dès lors pas nous qui venons à la messe pour poser nos ques­tions à Dieu, mais c’est Dieu qui nous donne rendez-vous à la messe pour nous poser ses ques­tions à Lui. Et ces ques­tions sont les bonnes puisqu’elles furent posées et res­tent posées pour son divin Fils, Jésus, qui s’est fait homme et qui a tout connu de notre condi­tion humaine, avec ses peti­tesses et ses gran­deurs, ses fatigues et ses éton­nantes éner­gies.

Ainsi en ce dimanche, sem­blable à bien d’autres, nous voi­ci venus nous expo­ser à la Parole du Christ Jésus. Et c’est bien de nous qu’il s’agit et non plus des dis­ciples d’il y a 2000 ans, qui furent ce qu’ils furent per­son­nel­le­ment, et la réponse de Pierre a été la sienne, et ils eurent, tous les douze, l’occasion de trois ans de coexis­tence avec Jésus pour lui don­ner une réponse per­son­nelle à la ques­tion.

Aujourd’hui ici, c’est à chacun(e) de nous que la ques­tion du Christ Jésus est posée : « Pour toi, qui suis-je ? ». Mais notre recherche dans cette médi­ta­tion est d’imagi­ner quel a été autre­fois et quel est aujourd’hui le ton de la voix avec lequel Jésus a posé et pose cette ques­tion.

Et nous sommes encou­ra­gés à ima­gi­ner le ton de la voix de Jésus, en ceci qu’il com­mence par leur deman­der ce que les gens, la foule, pensent et disent de lui. Et ici, j’imagine fort bien que le ton de sa voix est plu­tôt enjoué avec un léger sou­rire au coin des lèvres : « Allez, n’ayez pas peur, dites-moi bien tout. ». Et on ima­gine l’embarras des dis­ciples : « Oh Seigneur, on les entend toutes : pour cer­tains, tu serais Jean-Baptiste, pour d’autres, l’un ou l’autre pro­phète res­sus­ci­té. Et on en passe ! ». Les dis­ciples auraient-ils déjà suc­com­bé à la ten­ta­tion moderne des son­dages, curieux de connaître l’opinion publique sur la noto­rié­té de Jésus, sa cré­di­bi­li­té, sur les hési­ta­tions de se fier à cet illustre incon­nu sor­ti du loin­tain Nazareth, ses pro­pos tout en béa­ti­tudes… des rêves quoi … ? Ne serions-nous pas nous-mêmes par­fois ten­tés de foui­ner dans les librai­ries reli­gieuses à la recherche de livres récents abor­dant des hypo­thèses nou­velles sur le loin­tain per­son­nage Jésus ? Mais le Christ Jésus de notre Baptême nous dit : Laissez ce qu’on pense et dit de moi. « Pour vous per­son­nel­le­ment, qui suis-je ? ». Jésus n’a pas besoin non plus d’une réponse de caté­chisme, ni de ce que les grands Conciles ont labo­rieu­se­ment décla­ré dans le Credo :

« Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Il est Dieu, né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait ».

Non, n’est-ce pas ? Ca ne colle pas avec notre convic­tion selon laquelle la foi chré­tienne est une reli­gion d’amour. Et on aime, non pas avec son cer­veau, mais avec le cœur, dans le cœur, par le cœur. La Foi est une affaire de cœur entre moi et le Christ Jésus. Et dès lors, le Jésus qui me questionne est d’abord pru­dent : « pour toi, qui suis-je ? ». En d’autres termes : « suis-je quelqu’un d’important dans ta vie ? » Il vou­drait aller plus loin et me deman­der : « m’aimes-tu ? car je ne t’appelle plus ser­vi­teur, mais ami. Veux-tu dès lors accueillir l’offrande de mon ami­tié ? ». Mais il me laisse le temps de la réponse. Jésus a atten­du trois ans lorsque, res­sus­ci­té, il ren­contre Pierre au bord de la mer de Tibériade, pour ne plus craindre la ques­tion déci­sive : « Pierre, m’aimes-tu ? »

Nous sommes ici en pré­sence de l’incroyable mys­tère du Fils de Dieu, men­diant d’amitié, qué­man­deur de ten­dresse. Une men­di­ci­té qui au fil des années en com­pa­gnie de Jésus se révèle être réci­proque, car j’ai autant besoin de l’amitié de Jésus qu’il a besoin de la mienne, et dès lors, cette com­mune men­di­ci­té, loin d’être humi­liante, nous enno­blit mutuel­le­ment.

Et cette com­mune noblesse entre le Christ et moi, cachée dans le secret de nos cœurs, bien loin de nous iso­ler, imprime toutes nos rela­tions, entre les conjoints, entre les parents et enfants, entre les amis, entre moi et le men­diant qui frappe à ma porte, qué­man­deur de pain, de logis, de recon­nais­sance.

Soyons dès lors tou­jours conscients que Dieu nous a faits pour cela, pour goû­ter une vie de bon­heur entre nous, avec nos frères et sœurs en huma­ni­té, dans un large par­tage d’amour, de bien­veillance et de ten­dresse.

En ouvrant sa Règle, saint Bent pose la ques­tion qui est en fait une invi­ta­tion cha­leu­reuse : « Quel est celui qui désire vivre inten­sé­ment et connaître des jours heu­reux ? ». Que notre ami­tié entre les moines et vous, nos fidèles com­pa­gnons, soit notre rai­son de vivre et d’espérer.

fr. Dieudonné

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