Dieu n’aime pas manger tiède

Lundi de la 28e semaine du temps ordinaire

Dieu n’aime pas man­ger tiède

Elle est raide, cette his­toire : un roi en colère, des ser­vi­teurs mal­me­nés, des gens qu’on fait périr, une ville qu’on incen­die. Et ce pauvre gars – qua­si réqui­si­tion­né – qui n’a même pas eu le temps de se mettre en dimanche et qu’on jette pieds et poings liés dans la ténèbre.

Ça suf­fit ! Si c’est cela l’évangile, lais­sons le Christ là où il est et par­tons tous ensemble nous réfu­gier au doux pays des bisou­nours. Nous ne sommes quand même pas venus ce matin pour nous faire attra­per : la vie est déjà assez com­pli­quée comme ça !

Raphaël, calme toi. Ce n’est peut‐être pas ça qu’il faut rete­nir…

Parce que le point cen­tral de cette para­bole, c’est avant tout l’histoire d’une fête. Cette vie à laquelle notre Dieu nous invite, c’est quelque chose comme un fes­tin de noces. Et Jésus, pour le rap­pe­ler à ceux qui se ras­sem­blaient autour de lui, force le trait : faut bien les réveiller ! Encore faudrait‐il que cela ne nous écrase pas !

Dans l’évangile on est par­tout dans le registre de l’invitation. Et bien avant cela, d’ailleurs, dans toute l’ancienne alliance : his­toire d’un Dieu qui se pas­sionne pour l’homme et veut se lais­ser connaître ; his­toire d’un Dieu qui fait alliance et vient lui même à la ren­contre de l’humanité.

Le roi de la para­bole de Jésus, c’est un roi qui invite aux noces de son fils. Il envoie ses ser­vi­teurs – les pro­phètes – et invite. On ne dit pas qu’il convoque, qu’il ordonne, qu’il assigne. Le texte est clair : il invite, il appelle, il pro­pose et il laisse fina­le­ment à cha­cun la liber­té de répondre.

Alors oui, il y en a qui déclinent l’invitation. Une fête se pré­pare et ils ne veulent pas y aller. Allez, ce ne sont pas seule­ment les pha­ri­siens, les scribes et les grand‐prêtres.
Ça serait bien un peu tout le monde, non ? Jusqu’à nous aujourd’hui qui avons si sou­vent mieux à faire qu’à répondre à l’invitation que Jésus nous adresse. Il faut dire qu’en matière de bonnes excuses, nous sommes assez experts.

Tout le monde est d’accord pour dire que dans cette para­bole Jésus vient épin­gler le peuple d’Israël qui était le pre­mier invi­té et qui n’a pas accueilli l’invitation du Christ. Alors il leur laisse devi­ner que, puisqu’ils ne veulent pas venir, les noces se feront avec d’autres per­sonnes, qui elles, sau­ront se lais­ser tou­cher par l’invitation…

Mais au fait, pour­quoi ne voulaient‐ils pas venir, ces invi­tés ? Ils sont peut‐être dits qu’au fes­tin du royaume, il y aurait des hommes et des femmes de petite ver­tu, des publi­cains, des col­la­bos, des petits et des pauvres qui seraient assis à la même table qu’eux… et que ça les déran­ge­rait. Alors ils trouvent toutes sortes d’excuses pour ne pas venir, pour ne pas devoir se mélan­ger avec ces gens de mau­vaise fré­quen­ta­tion ! « Chez ces gens là, Monsieur… »

Ne tour­nons pas autour du pot : si nous n’y allons pas, lorsqu’une invi­ta­tion nous est faite pour quelque chose qui pour­rait bien don­ner de la vie comme en donne une noce, c’est bien sou­vent parce que nous avons peur d’y ren­con­trer des gens qui ne nous res­semblent pas, et de nous lais­ser un peu déran­ger. Alors on trouve toutes sortes d’excuses…

Mais nous n’avons cepen­dant pas le choix, les amis ! Lorsqu’il nous invite à la table de son huma­ni­té comme à celle d’une fête, une chose est cer­taine, c’est qu’il va quelque peu déran­ger nos habi­tudes : il est comme ça, le Bon Dieu ! Il décoiffe, il dérange, il met des­sus des­sous, il déroute, il met un peu de pagaille, … mais dans tout cela il y a de la vie qui passe. La sienne. « Alors la vie est une grande fête », comme le disait Madeleine Delbrêl…

Il invite nos familles, nos com­mu­nau­tés et nos fra­ter­ni­tés à cette fête là…
On y va, à la noce de la vie ?

Dans la para­bole que raconte Jésus, on pour­rait bien pen­ser que ça va tour­ner court. Le roi marie son fils. Les invi­tés ne viennent pas : on pour­rait croire que les plats vont refroi­dir, que le buf­fet va se des­sé­cher, que le fes­tin sera annu­lé et que le mariage sera fina­le­ment célé­bré « dans l’intimité », faute de convives.
Ce qui est magni­fique, c’est que le roi n’annule rien : il ne se résigne pas. Il ne délaisse rien, il ne renonce pas. Il conti­nue à croire que la fête doit être célé­brée.
Il envoie ses ser­vi­teurs aux croi­sées du che­min et ils ras­semblent « les mau­vais comme les bons » et la salle est rem­plie. Et on dirait qu’une nou­velle com­mu­nau­té est en train de se construire, une com­mu­nau­té de bric et de broc, avec des gens de toutes sortes. La para­bole de Jésus semble dire que Dieu insiste à ras­sem­bler tout le monde.
Si Dieu n’aime pas man­ger tiède, il aime encore moins man­ger seul.

Merveilleuse para­bole qui nous parle d’un Dieu qui invite à la joie, qui ne se laisse pas décou­ra­ger par les refus et les excuses. D’un Dieu patient, qui croit que cha­cun a sa place à tenir, les malades et bien por­tants, ceux qui ont réus­si leur vie et ceux qui se sont plan­tés, ceux qui savent tou­jours tout et ceux qui ne com­prennent jamais rien…
Il y a de la place au ban­quet du Royaume. La salle est grande.
Ça vous dirait de vous lais­ser faire ? Attendez vous alors à trou­ver près de vous de bien étranges voi­sins…
Allez, il faut qu’on lui demande cette audace là…

Seule­ment voi­là, dans cette para­bole de Jésus, il y a une autre petite his­toire. Il y a du monde dans la salle. Elle est rem­plie, dit St Matthieu… Jésus raconte alors que le roi entre, en sou­riant sans doute, tout heu­reux de la fête qui com­mence jusqu’au moment où il repère un des convives qui n’est pas endi­man­ché…

Puisqu’on nous dit qu’il accueille les bons comme les mau­vais, pour­quoi va t‐il mettre à la porte ce pauvre homme mal habillé qui ne porte pas l’habit de noce ? Ne serait‐il pas « à la hau­teur de l’événement » ? …
Le roi va le mettre dehors, mais avant cela il l’interroge. Il y a dans sa ques­tion une vraie bien­veillance : « Mon ami, com­ment es‐tu entré ici sans avoir le vête­ment de noce ? ». Il Son éton­ne­ment est réel­le­ment sin­cère et sa ques­tion attend une réponse. L’autre ne répond pas. Il reste silen­cieux. Il ne tente même pas de ris­quer une excuse quel­conque. Il semble ne pas vou­loir dia­lo­guer. Ce dia­logue est peut‐être le vête­ment de noce qui lui manque fameu­se­ment.

Il lui manque le désir. Le désir néces­saire pour être là d’entrer en rela­tion avec ce roi qui l’invitait à vivre dans son inti­mi­té en deve­nant l’ami de son fils. Par son silence, il semble mon­trer qu’il ne veut pas vrai­ment entrer dans le chant de la fête qui en prin­cipe habite le cœur des invi­tés.
Cet homme est là , bien sûr, venu par oppor­tu­ni­té sans doute. Il est venu sans désir, sans pas­sion, sans amour, sans appé­tit, sans vrai besoin, sans vrai des­sein, sans grande envie… C’est quelque chose comme ça, l’habit des noces.

Sommes‐nous venus, ce matin, avec un habit de noces ?
Peut‐être que oui, peut‐être que non.
Qu’importe…
Il faut, ce matin, nous lais­ser rha­biller par le Christ lui‐même…
Les vête­ments qu’il porte, lui, sont des vête­ments très ordi­naires, des vête­ments qui ne le démarquent pas des hommes et de femmes de son temps. Des vête­ments à poches plates, qui per­mettent de pas­ser libre­ment par­mi les choses et les hommes. Des vête­ments souples et simples qui rendent la vie plus légère. C’est du prêt à por­ter, ou du prêt à aimer…

Demandons‐lui d’enlever nos vieilles loques et de nous revê­tir de ses habits à lui…
Viens donc nous rha­biller…

On passe à table ?

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