Messe de funérailles du Père Barnabé

Jeudi 26 octobre 2017

Messe de funé­railles du Père Barnabé

Homélie du Père Martin

Si l’abbaye de Saint‐André, à Bruges, rayon­na au Brésil, en Chine, en Inde et sur­tout au Congo, par son esprit mis­sion­naire, ce le fut par des moines qui, répon­dant à l’Esprit de Dieu, y consa­crèrent leur vie dans la géné­ro­si­té et la sim­pli­ci­té du cœur.

Quand en 1951, notre frère Barnabé par­tit au Katanga, il répon­dait à un appel qui avait for­gé sa jeu­nesse et s’embarquait pour un pre­mier voyage de 9 ans, sans savoir où Dieu le condui­sait. Dans l’Evangile, Jésus nous montre sa com­pas­sion pour les foules sans ber­ger. Il leur pro­cla­mait la Bonne Nouvelle du Royaume, les gué­ris­sant de toute infir­mi­té et de toute mala­die (Mt. 9. 35). Juste avant d’exulter de joie et de bénir son Père pour les humbles et les petits qui ont reçu la révé­la­tion de sa pré­sence par­mi nous, Il envoya ses dis­ciples en les confor­tant dans le dépouille­ment qu’Il atten­dait d’eux avec ce conseil : « Vous avez reçu gra­tui­te­ment, don­nez gra­tui­te­ment ».

Comment retra­cer une vie consa­crée au peuple congo­lais pen­dant plus de 50 ans. Quel en est le fil conduc­teur ? Est‐ce les paroisses qu’il créa à Lubumbashi, à la Katuba et au Kenya ; la construc­tion d’églises ? ; l’encadrement des scouts, les hôpi­taux ? A Likasi ensuite et plus de 30 ans à Kapolowe (de 1967 à l’an 2000), près du lac Tshangalele où vivait toute une popu­la­tion de pêche et d’agriculture, aux côtés des sœurs béné­dic­tines, d’un hôpi­tal, d’une lépro­se­rie. Comment décrire plus direc­te­ment ces gestes concrets qui furent les siens avec la popu­la­tion, les prêtres dont il devint le doyen pour toute la brousse envi­ron­nante ? J’évoque un exemple. Revenant de Likasi en vélo­mo­teur, à 15 kms de sa Mission à Kapolowe, le moteur de sa moby­lette bafouille, il pédale comme sur un vélo et finit par mar­cher. Un jeune homme veut abso­lu­ment l’accompagner. « Il ne pleu­vait pas encore, écrit‐il, l’air était doux, un pre­mier crois­sant de lune éclai­rait la brousse silen­cieuse. J’ai remer­cié le Seigneur pour cette panne qui me per­met­tait de spi­ri­tua­li­ser par ma ren­contre avec ce jeune, le malaise maté­riel qui sur­ve­nait. » Sa pré­sence était habi­tée d’une force tran­quille et de la pré­sence mys­té­rieuse de Celui qui l’envoyait.

On pour­rait décrire les moments d’émerveillements nés des visites qui étaient les siennes, par­cou­rant par­fois une cen­taine de kms pour annon­cer la Bonne Nouvelle du Christ, exi­geant la jus­tice des poli­ciers rapaces, visi­tant malades et pauvres, créant un via­duc pour ame­ner l’eau au vil­lage, vivant de 2000 à 2004 à Lubumbashi pour enca­drer et sou­te­nir les jeunes prêtres afri­cains de la péri­phé­rie.

Dans les paroles de l’Evangile enten­du, Saint Luc décrit la révé­la­tion du Christ Jésus qui exulte sous l’action de l’Esprit Saint et dit : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché ce mys­tère aux sages et aux intel­li­gents et de l’avoir révé­lé aux tout petits. Oui, Père c’est ain­si que tu en as dis­po­sé dans ta bien­veillance » Lc 10. 21.
Jésus tres­saille de joie sous l’action de l’Esprit Saint. Ce cri de jubi­la­tion qui vient d’en Haut se révèle chez les dis­ciples de Jésus, les petits c’est-à-dire les humbles et les doux, par un sou­rire et une bien­veillance qui ont mar­qué la vie de notre frère Barnabé. Quiconque s’approchait de lui était accueilli. Il aimait ser­rer les mains de ses hôtes. Le bon­heur pour lui était de s’oublier et de se tour­ner vers les autres.

Par ses paroles, Jésus attire les siens plus près de Lui. Il leur fait com­prendre qu’Il est l’envoyé du Père. Il nous apporte sa pré­sence au plus pro­fond de nos vies et nous ouvre à cet amour qui vient du Père. Le mot grec repris est eudo­kia, au sens des paroles enten­dues au Baptême et à la Transfiguration de Jésus « Celui‐ci est mon Fils bien‐aimé qui a toute ma faveur, ma bien­veillance, ma plé­ni­tude, mon bon­heur ». La pater­ni­té divine du « Père des cieux », au‐delà de toute la créa­tion, la filia­tion divine qui nous est don­née par Jésus dans l’Esprit Saint, engendrent la joie et la paix et révèlent le cœur pro­fond de Jésus. L’Esprit qui est amour est là secrè­te­ment et le fait tres­saillir de joie. Gardons en nos cœurs les pre­miers mots de Jésus : « Je te bénis, Père, Je te loue, Je te remer­cie…’.

Telle fut la vie de notre frère, tou­jours prêt, chan­tant jusqu’au bout la pro­messe des scouts, réci­tant avec notre com­mu­nau­té le dimanche soir : « Maintenant, ô Père, tu peux lais­ser aller en paix ton ser­vi­teur ». Dans ses der­nières années où la mobi­li­té, la parole et l’audition le quit­taient, son sou­rire était signe d’éternité, de trans­fi­gu­ra­tion. Lui qui fut un grand moine mis­sion­naire, mar­chant, rou­lant à vélo, tra­ver­sant le lac sur une pirogue, grand voya­geur, il rou­lait encore sur un vélo‐fixe en chan­tant de tout son cœur des mélo­dies scoutes.

Comment rap­pe­ler les moments si denses qu’il par­ta­geait avec les siens par écrit ? A sa sœur Pascale atteinte de la sclé­rose en plaque il écrit à pro­pos d’une afri­caine ron­gée par le can­cer « Chère Sœur Pascale, quel hor­rible mal que ce can­cer. Angoissant et mys­té­rieux pro­blème que celui de la souf­france ! Toi, qui portes dans ton cœur et dans ton corps le sou­ci de cha­cun et qui as la chance de gar­der ton sou­rire qui est comme le reflet de Dieu sur tous ceux que tu ren­contres, garde ce mer­veilleux sou­rire qui sert à beau­coup de gens qui souffrent ». Sa vie fut sem­blable, rayon­nant de ce don de la joie qui vient d’en Haut.

Saint Paul nous rap­pelle : aucun de nous ne vit pour soi‐même et per­sonne ne meurt pour soi‐même. L’Evangile rayon­nait de sa vie, gar­dons dans nos cœurs cet émer­veille­ment éter­nel du Seigneur qui l’accompagne, dans cette lumière du soleil qui se lève à l’aurore sur le lac de Kapolowe. Je le cite : « … le som­met de ce périple, c’est le lever du soleil sur le lac, à 5h du matin. Pendant une bonne demi‐heure, tout le ciel à l’orient, va pas­ser par toutes les varié­tés de rouge dans le mou­ve­ment conti­nuel de leurs nuages soyeux. Indescriptible tableau mou­vant qui chante la louange de Dieu. »

fr. Martin

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