Hommage à Barnabé, par Pie Tshibanda.

Hommage à Barnabé, par Pie Tshibanda.

Vous vous en dou­tez bien : après 53 ans pas­sés en Afrique, il faut bien que l’Afrique prenne la parole, n’est-ce pas ? Ne soyez pas tristes : Barnabé n’a pas besoin de votre tris­tesse.

Lectio de Barnabé
Barnabé lors de sa lec­tio, aout 2017

J’ai déjà ren­con­tré des prêtres qu’on appelle des Révérends Pères, mais lui ce n’était pas le Révérend Père, c’était Barnabé. Même des petits enfants de douze ans, Barnabé ! Barnabé ! Barnabé !, non en tant qu’on ne vou­lait pas le res­pec­ter, mais Barnabé en tant que le proche. Et lorsque Barnabé décide de ren­trer en Europe, il savait bien que nous allions nous poser la ques­tion en Afrique : com­ment est‐ce pos­sible ? un ancêtre qui fait par­tie de nous, pour­quoi veut‐il aller en Europe ? Est‐ce qu’en Europe on pleure mieux qu’en Afrique ? Ca c’est la ques­tion qu’on s’est posée. Et Barnabé savait bien qu’on allait se poser cette ques­tion. Alors il nous a pré­pa­rés. Il a eu le pri­vi­lège de pré­pa­rer des gens qu’il a appe­lés et avec qui il a par­lé et il m’a dit : Pie j’ai déci­dé de ren­trer en Europe pen­dant que je suis encore fort. J’ai dit : Pourquoi ? Il m’a répon­du : je ne vou­drais pas arri­ver là‐bas et être direc­te­ment une charge pour mes confrères. Je vou­drais aller là‐bas avec un peu plus de force pour me mettre au ser­vice de mes confrères.

Alors je vou­drais donc dire aux confrères du Père Barnabé si vous avez vu qu’il était par­fois têtu — il vou­lait mar­cher lui‐même alors que vous vou­liez l’aider, il était d’une indé­pen­dance là, il ne vou­lait pas dépendre des gens — et si vous pou­vez vous ima­gi­ner que j’ai regar­dé la météo, et dès qu’on a annon­cé que la jour­née était belle, j’appelais les frères et je disais, pré­pa­rez le Père Barnabé, je viens le cher­cher. Et je remer­ciais les frères parce qu’ils me lais­saient entrer dans la chambre, on ne se posait jamais de ques­tions, s’il n’était pas là, il est où ? Barnabé ? je vais le cher­cher, il fal­lait que je pré­vienne quand même.

Et alors je lui deman­dais, où est‐ce que tu veux qu’on aille ? Une fois c’était, on va chez toi, et alors on arri­vait chez moi, tous les enfants, mon épouse, et tout le monde, on voyait Barnabé revivre. Un jour il m’a dit, on va à Rixensart, et à Rixensart, c’était où ? au cime­tière, pour par­ler à sa sœur. Un jour il me dit, on va à Louvain‐la‐Neuve. Alors, je suis témoin, j’avais Barnabé à côté de moi dans la voi­ture, et moi en train de conduire, et Barnabé s’émerveillait comme un enfant, de la nature, de la route, des construc­tions nou­velles, oh ! oh ! oh ! oh ! et c’est vrai qu’on ajoute des rond‐points que lui n’avait pas connus, ça c’était avant. Et il les recon­nais­sait les routes, ça c’est pour aller à Rixensart, ça c’est pour aller à Borsu, ah oui c’est par là, et il s’émerveillait de tout ça.

Et un autre jour, on va avec lui à Louvain‐la‐Neuve et je lui montre l’esplanade. Oh, ça je n’avais pas vu ! Mais main­te­nant c’est l’esplanade, je dis, et il me dit : avant on allait à Bruxelles, je dis : mais main­te­nant on va ici à Louvain‐la‐Neuve. Et alors, il fal­lait des­cendre et moi je ne savais pas encore com­ment il fal­lait s’y prendre. J’ai pris l’escalator avec lui et là j’ai vu que nous étions en dan­ger tous les deux, et les gens nous ont secou­rus après pour nous tenir, et on est des­cen­dus. Quelqu’un m’a souf­flé : Monsieur, il y a un ascen­seur là‐bas. Oui, d’accord, mer­ci, et au retour je dis à Barnabé, on prend l’ascenseur, ah non, ah non, il dit, l’escalator ! Et ça c‘est Barnabé, même dans l’escalator, comme un enfant il s’émerveillait de tout.

Alors, un deuxième témoi­gnage que je veux vous dire, c’est quand je regarde dans ma tête les flashs qui me reviennent de Barnabé, c’est quoi les flashs qui me reviennent ? et bien, c’est Barnabé à Kapolowe qui vit avec nous, qui s’occupe de nos pro­blèmes, et quand je dis nos pro­blèmes, c’est lorsqu’arrive la période des semailles pour semer, mais la pluie n’est pas là, il y a la sèche­resse, et là, tous nous sommes inquiets, parce que quand il y a la sèche­resse, ça veut dire la famine va venir. Barnabé s’est occu­pé de ça avec nous. Alors il disait, on va faire une messe pour que Dieu nous envoie la pluie, mais comme il avait quand même fait 53 ans chez nous, il regar­dait quand même le ciel avant de pro­gram­mer la messe. Alors on fai­sait quand même la messe et la pluie tom­bait, la pluie tom­bait. Ca c’est Barnabé. Et quand on avait plan­té le maïs, là c’est dans mon champ quand on avait plan­té le maïs, il y avait des choses qui nous conster­naient encore, les rats des champs qui viennent, qui mangent encore le maïs quand il com­mence à ger­mer, je vois Barnabé dans mon champ en train de réflé­chir avec moi, com­ment on va faire pour que les rats ne puissent pas man­ger les maïs qui poussent, et on trou­vait une solu­tion non seule­ment pour moi mais pour tout le vil­lage.

Ah, je ne vais pas abu­ser, si c’était chez nous, les funé­railles auraient fait une avant midi. Barnabé lui‐même nous fai­sait des messes de deux heures. Et je suis sûr qu’on aurait chan­té ceci :
Babaleo wana enda kwa bun­go baba….

Funérailles de Barnabé le 26 octobre 2017,

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