Annoncer notre joie au monde.

3ème dimanche Avent B

« Annoncer notre joie au monde »

Introduction

Hier, nous avons célé­bré dans cette cha­pelle les funé­railles de notre Père Frédéric, et aujourd’hui la litur­gie nous pro­pose le dimanche Gaudete, Réjouissez‐vous ! C’est le dimanche de la joie ! Comment vivre de tels contrastes ? Je vou­drais sim­ple­ment rap­pe­ler ici que la litur­gie ne demande jamais d’oublier quoi que ce soit. Mais elle nous invite à tout situer dans un cadre plus vaste, dans le plan de Dieu qui se déploie à tra­vers toute l’année litur­gique. Ainsi situés, ceux que nous aimons peuvent nous révé­ler leur vraie gran­deur.


Nous ne pou­vons de toute façon pas oublier le Père Frédéric. Il reste par­mi nous, dans notre prière, notre affec­tion, et par ce cadre du monas­tère de Clerlande qu’il a conçu avec son ami Jean Cosse. Mais désor­mais, son sou­ve­nir est situé dans la mys­té­rieuse pré­sence de Dieu que nous célé­brons au long de l’année. Mystère de proxi­mi­té et d’hospitalité que nos églises évoquent, du moins quand elles sont belles et justes, comme celle‐ci.

Au début de cette eucha­ris­tie nous ren­dons grâce à Dieu pour la vraie joie qu’il nous donne, à tra­vers toutes les cir­cons­tances de la vie, une joie pro­fonde, impre­nable, et qui affleure même dans les cir­cons­tances dif­fi­ciles, comme nous avons pu le voir sur le visage du Père Frédéric.

Prions ensemble le Seigneur !

Homélie

C’est à Noël que les anges annoncent aux ber­gers « une grande joie ». Mais la litur­gie nous y invite déjà aujourd’hui, en ce dimanche Gaudete. Pourquoi déjà aujourd’hui ? Pourquoi cette anti­ci­pa­tion ? C’est une pre­mière ques­tion que nous nous posons au moment où nous vou­lons médi­ter sur l’appel que la litur­gie nous adresse. Cette anti­ci­pa­tion serait‐elle une forme de l’impatience de ceux qui ne savent pas attendre, et qui ouvrent déjà les paquets de cadeaux avant la fête ? Et puis, autre ques­tion : pour illus­trer cette joie l’évangile de ce jour nous pré­sente la figure de Jean‐Baptiste : est‐ce que cet homme hir­sute et ascé­tique est vrai­ment la meilleure image du bon­heur et de la joie ?

Commençons donc par regar­der plus atten­ti­ve­ment le Baptiste. Presque toutes les repré­sen­ta­tions qui sont faites de lui, le montrent dans son accou­tre­ment étrange d’homme sau­vage, mais vous aurez aus­si remar­qué qu’il est presque tou­jours repré­sen­té de pro­fil, tour­né vers le Christ, en marche vers lui, l’index poin­té vers lui : « Voici l’Agneau de Dieu ». Toute sa rai­son d’être est cen­trée sur un autre, sur Celui qui vient. Et il reçoit toute sa joie de cette attente, de cette ouver­ture. Il est alors com­blé de joie quand il recon­nait son ami.

Quelle est donc cette joie ? Contrairement aux enfants gâtés, qui ne savent plus attendre et gal­vaudent la fête en l’anticipant, Jean‐Baptiste est d’abord le témoin d’une joie reçue dans l’attente et l’espérance de la ren­contre. En ce troi­sième dimanche de l’Avent nous ne sommes pas encore à Noël, mais nous connais­sons déjà une joie toute par­ti­cu­lière, la joie de l’attente confiante.

Ensuite nous voyons chez le Baptiste que la joie est tou­jours reçue ou don­née, jamais rete­nue, jamais pos­sé­dée. A la dif­fé­rence du bon­heur ou du plai­sir qu’on peut ‘avoir’ et qu’on tâche de gar­der, la joie, dont Jean‐Baptiste est le témoin, est immé­ri­tée, gra­tuite, comme l’indiquent les mots grecs pour le dire : xara, la joie, est une variante de xaris, la grâce. « Vous avez reçu gra­tui­te­ment, don­nez gra­tui­te­ment » (Mt 10, 8).

Mais regar­dons encore saint Jean‐Baptiste. Nous avons vu qu’il est tour­né vers le Christ, or le Christ lui‐même est tour­né vers son Père, comme le dit l’évangéliste Jean dans son Prologue : « Au com­men­ce­ment était le Verbe, et le Verbe était tour­né vers Dieu. » Et le Père, à son tour, envoie l’Esprit, cet Esprit qui pla­nait sur le Christ lors de son bap­tême, tan­dis que la voix du Père nous disait : « Celui‐ci est mon Fils bien‐aimé ». Ainsi donc, comme le repré­sente l’icône de la Trinité, les trois Personnes en Dieu sont toutes tour­nées l’une vers l’autre dans une hos­pi­ta­li­té conti­nue. C’est ce qu’on appelle en lan­gage théo­lo­gique la péri­cho­rèse, en grec, ou, en latin, la cir­cu­min­ces­sio, des mots com­pli­qués pour dire une ‘ronde’, une danse en rond. Et voi­là le secret de toute joie ! Être vers, comme dans une danse, Être avec, être tour­né vers l’autre, voi­là la source de la joie. Nous pou­vons la pui­ser en Dieu dans la prière, la litur­gie, mais aus­si dans notre vie quo­ti­dienne.

Redescendons donc dans notre petit monde, le monde de notre com­mu­nau­té, de notre famille. Heureusement nous connais­sons par­fois un bon­heur intense. Réjouissons‐nous de pou­voir l’accueillir. Il ne faut pas bou­der son plai­sir ; il faut tou­jours pré­ser­ver son bon­heur. Mais la joie est encore autre chose. Elle n’est pas l’aboutissement de beau­coup de bon­heur accu­mu­lé ; elle se vit, elle se reçoit même en des cir­cons­tances qu’on peut qua­li­fier de mal­heu­reuses. Elle fleu­rit même volon­tiers en des terres arides, comme un petit miracle. Oui, nous pou­vons trou­ver une joie toute par­ti­cu­lière dans la pré­ca­ri­té et le manque, chaque fois que cette situa­tion est vécue tour­née vers les autres.

C’est pour­quoi il importe de ne pas nous conten­ter d’un petit bon­heur, ̶ ou d’un grand bon­heur, ̶ plus ou moins assu­ré, et de nous dis­po­ser à cette joie, au‐delà des aléas et des contin­gences de la vie. Ce n’est pas une joie éthé­rée, pour âmes sen­sibles… Nous fai­sons bien, pour cela, de nous rap­pe­ler ce qu’on vécu des saints aus­si rudes et renon­cés que Jean‐Baptiste, Benoît ou François. Ils nous ont tous mer­veilleu­se­ment par­lé de la joie. Nous l’avons déjà enten­du pour le pre­mier. Mais un autre per­son­nage aus­tère comme Benoît en parle aus­si volon­tiers, même dans la par­tie la plus exi­geante de sa Règle, au qua­trième degré d’humilité. Et c’est saint François qui nous le mieux par­lé de la joie par­faite, comme nous le racontent les Fioretti.
Nous avons tous goû­té un jour, ne fût‐ce qu’un petit peu, cette joie toute par­ti­cu­lière, reçue à l’improviste, un jour où nous avons tout don­né, spon­ta­né­ment… « Il y a par­mi vous celui que vous ne connais­sez pas », nous dit le Baptiste dans l’évangile. J’aimerais para­phra­ser cette parole en disant qu’il y a par­mi nous, entre nous, des appels évan­gé­liques que nous ris­quons de ne pas (re)connaitre. Ce sont des mani­fes­ta­tion de la pré­sence de Jésus, des appels par les­quels il nous est pré­sent par son Esprit. Mais nous ris­quons de ne pas les aper­ce­voir, parce que trop pré­oc­cu­pés de notre petit bon­heur. Or il nous invite ain­si à entrer dans le mou­ve­ment qui l’habite, oubliant tout ce qu’il y a der­rière et tour­né vers son Père. Oui, mes frères, mes sœurs, « sor­tons à sa ren­contre », comme nous le chan­tons pen­dant ce temps de l’Avent, et remettons‐nous en marche à sa suite, pour aller par son che­min vers ceux que le Père aime…

Nous sommes appe­lés à être des témoins de cette joie. Rappelons‐nous ce pre­mier mes­sage que notre pape François nous a trans­mis et qui est pré­ci­sé­ment inti­tu­lé Evangelii Gaudium., la joie de l’Évangile. La seule annonce de l’Évangile est l’annonce de la joie qu’il apporte.

fr Pierre

image : Pablo Picasso, La Joie de Vivre (1946)

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