La Promesse de Dieu. Texte intégral de la conférence

Conférence du frère Bernard, le 2 décembre 2017

La Promesse de Dieu

Rêvons un peu autour de ce mot : Promesse.
Promettre.
Il a un champ signi­fiant très éten­du, depuis les pro­messes solen­nelles qui ont orien­té nos vies jusqu’aux menus enga­ge­ments pour répondre à une demande de ser­vice : pro­mis !
La pro­messe ouvre l’avenir en lui offrant un sens, elle invite à s’avancer avec confiance.

Mais elle est aus­si entou­rée d’un halo d’hésitation : que de pro­messes non tenues, de fausses pro­messes ! et il ne s’agit pas seule­ment des pro­messes for­mu­lées, mais aus­si de tous les pos­sibles dont l’avenir est gros.
Un être jeune est plein de pro­messes. Elles peuvent l’entrainer, le dyna­mi­ser. Elles peuvent aus­si lui être pesantes quand elles excèdent sa capa­ci­té ou quand l’attente des autres est fan­tas­mée et du même coup mena­cée de dés­illu­sion. Ainsi des parents qui rêvent trop l’avenir de leurs enfants et l’échafaudent déjà au risque de bri­mer leur liber­té et de para­ly­ser leur créa­ti­vi­té.

La Promesse de Dieu est un grand arc de la Bible qui va de Noé à la lettre aux Hébreux, et elle est scel­lée par la fidé­li­té de Dieu, son sou­ve­nir de sa Promesse. Nous la chan­tons dans le Magnificat : « Il se sou­vient de la pro­messe faite à nos pères », et dans le Cantique de Zacharie : « Il se sou­vient de son alliance sainte, du ser­ment qu’il a juré à notre père Abraham ».
Dieu n’oublie jamais, il se sou­vient.

La promesse de dieu à Abraham, par RaphaëlMais la pro­messe est condi­tion­nelle : « Si tu écoutes les com­man­de­ments du Seigneur ton Dieu que je te pres­cris aujourd’hui, et que tu aimes le Seigneur ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses com­man­de­ments, ses lois et ses cou­tumes, tu vivras et tu te mul­ti­plie­ras, le Seigneur ton Dieu te béni­ra dans le pays où tu entres pour en prendre pos­ses­sion. Mais si ton cœur se dévoie, si tu n’écoutes point, et si tu te laisses entrai­ner à te pros­ter­ner devant d’autres dieux et à les ser­vir, je vous déclare aujourd’hui que vous péri­rez cer­tai­ne­ment et que vous ne vivrez pas de longs jours sur la terre où vous péné­trez pour en prendre pos­ses­sion ». Dt 30, 16–17
Nous savons que par la suite l’histoire d’Israël a été une longue suc­ces­sion d’égarements, de par­dons et de recom­men­ce­ments. Le condi­tion­nel de la pro­messe s’est véri­fié conti­nu­ment.

Mais Dieu n’est pas le seul à mettre ses condi­tions. Jacob nous offre un remar­quable exemple de condi­tions mises à sa fidé­li­té. Abraham obéis­sait à Dieu sans dire un mot : Dieu lui deman­dait de par­tir, il par­tait, sans même savoir où il devait aller, et alors même qu’il mar­chait sur la terre qui serait celle de la pro­messe.

Le songe de Jacob, par Gustave DoréSon petit‐fils Jacob n’a pas la même obéis­sance incon­di­tion­nelle : à Bethel, alors que Dieu lui pro­met une terre et une des­cen­dance sans mettre aucune condi­tion, Jacob répond en mul­ti­pliant les condi­tions : « Si Dieu est avec moi et me garde en la route où je vais, s’il me donne du pain à man­ger et des habits pour me vêtir, si je reviens sain et sauf chez mon père, alors le Seigneur sera mon Dieu ».( Gn 28, 20–21)
Nous connais­sons bien ce genre de vœu au condi­tion­nel : si Dieu me gué­rit, j’irai au pèle­ri­nage à Lourdes.
Le psaume 65 par contre ne met aucune condi­tion : « je tien­drai mes pro­messes envers toi, les pro­messes qui m’ouvrirent les lèvres, que ma bouche a pro­non­cées dans ma détresse. »

Dans la démarche de dis­cer­ne­ment de la volon­té de Dieu, Ignace de Loyola invite à un état d’abandon confiant dans le bon­heur ou dans l’épreuve, dans la san­té où la mala­die, dans la conso­la­tion ou la déso­la­tion. L’engagement du mariage com­porte exac­te­ment les mêmes éven­tua­li­tés pour le sou­tien mutuel. C’est aus­si ce qui fait la force de la vie com­mu­nau­taire : on sera sou­te­nu et on sou­tien­dra jusqu’au bout. Avoir la déter­mi­na­tion et l’assurance de ce sou­tien donne à vivre dans la confiance.

Proche de la pro­messe est le vœu. Mais le vœu a deux sens : il peut être un sou­hait, comme les vœux que nous nous adres­sons au nou­vel an ou ceux que nous for­mu­lons lors d’un mariage ; il peut aus­si expri­mer un enga­ge­ment ferme comme les vœux pro­non­cés pour les reli­gieux qui peuvent être tem­po­raires pour un délai éta­bli, ou défi­ni­tifs, enga­geant toute la vie. Tout un che­mi­ne­ment va du sou­hait à l’engagement, et c’est un temps béni, celui des fian­çailles ou du novi­ciat.

Le pos­tu­lant aspire à vivre dans la com­mu­nau­té : il va tes­ter sa capa­ci­té à y demeu­rer, et les frères tes­te­ront aus­si leur consen­te­ment à l’accueillir avec sa per­son­na­li­té propre, et pré­ci­sé­ment pour notre pro­pos avec la pro­messe qu’il apporte.

Les réunions capi­tu­laires qui jalonnent le che­mi­ne­ment d’un nou­veau frère sont tou­jours déli­cates car elles véri­fient la pos­si­bi­li­té d’un accueil mutuel qui trans­for­me­ra la com­mu­nau­té autant que le can­di­dat. Un ave­nir se joue là, une pro­messe qui deman­de­ra une sol­li­ci­tude avi­sée. C’est pour­quoi la Règle de St‐Benoit confie le nou­veau à de sages anciens qui se mon­tre­ront autant cir­cons­pects que bien­veillants.

Ces pro­pos sur la pro­messe sont un peu trop rai­son­nés et graves. Or la pro­messe peut et doit bien être aus­si rieuse.

Le nom d’Isaac, le fils de la pro­messe, signi­fie selon les inter­pré­ta­tions le rieur ou celui qui fait rire, car sa mère Sarah a ri sous cape au fond de sa tente en enten­dant les trois visi­teurs annon­cer à Abraham qu’elle allait enfan­ter dans sa vieillesse et mal­gré sa sté­ri­li­té.

Rire, et non seule­ment sou­rire. Les com­mu­nau­tés vivantes sont celles qui libèrent le rire. Un bon pré­di­ca­teur sait faire rire une assem­blée, ce qui la rend bien plus atten­tive. C’est l’une des béa­ti­tudes de l’évangile de Luc : ceux qui pleurent riront.

Imaginez l’immense assem­blée de l’humanité à la fin des temps, secouée d’un énorme rire parce que les justes auront gagné et brille­ront comme ce soleil. Place au rire donc, car la pro­messe est jubi­lante.

Malheureusement, St‐Benoit n’aime pas beau­coup le rire : il ne faut pas dire des paroles qui portent à rire, ni aimer « le rire lourd et bruyant ». (RB4, 53–54)

Est‐il en cela proche de Jésus ? Les évan­giles ont gar­dé les pleurs de Jésus, mais jamais un rire, ni même un sou­rire. Pourtant bien des paroles de Jésus ne peuvent avoir été dites sans un sou­rire invi­tant à une conni­vence. J’aurais aimé ce sou­rire chez Benoit, comme j’aime les frères qui me sou­rient sans un mot en me croi­sant.

Saint Benoît expliquant la règle (miniature du XIVe siècle).La pro­messe, pour Benoit, est tel­le­ment sérieuse, qu’il mul­ti­plie les pré­cau­tions dont il faut l’entourer. Alors que nous guet­tons avec quelque fébri­li­té les éven­tuels pos­tu­lants, Benoit ne leur accorde pas faci­le­ment l’entrée du monas­tère : il faut les éprou­ver par des rebuf­fades et les faire attendre, leur mon­trer toutes « les choses dures et âpres par les­quelles on va à Dieu ». On leur relit plu­sieurs fois la Règle jusqu’au moment où ils sont admis, mais alors ils doivent pro­mettre publi­que­ment sta­bi­li­té, conver­sion constante et obéis­sance. Et cette pro­messe revêt pour Benoit un carac­tère juri­dique très romain : elle est écrite de la main du nou­veau frère, signée et dépo­sée sur l’autel. Toute sa vie sera scel­lée par sa pro­messe.

La pro­messe de l’homme répond à celle de Dieu. C’est même par l’assurance de la fidé­li­té de Dieu à ses pro­messes que l’on peut s’engager dans une pro­messe. Les deux promesses‐celle de Dieu et la nôtre‐ s’échangent alors en un bai­ser.

Mais nos pro­messes humaines sont fra­giles. Combien d’abandons avec leurs déchi­rures et leurs bles­sures si longues à cica­tri­ser ? Pourquoi faisons‐nous si pieu­se­ment mémoire des frères et des sœurs défunts et n’évoquons- nous jamais ceux qui ont quit­té la vie reli­gieuse ? Pourquoi les couples qui se rema­rient après un divorce répugnent‐ils tel­le­ment à évo­quer la pre­mière union ? Les nations aus­si célèbrent leurs vic­toires mais ne font pas mémoire de leurs défaites, qui leur ont pour­tant coû­té beau­coup de vies. Trafalgar a don­né son nom à une place de Londres ; pour les Français, le mot signi­fie le désastre. Les com­mu­nau­tés reli­gieuses n’échappent pas à cet enfouis­se­ment des moments pénibles de leur his­toire. Visitant un monas­tère ami, j’ai reçu un jeune frère venu me deman­der de lui dire ce qui s’était pas­sé lors d’une crise que per­sonne ne vou­lait évo­quer. Je lui ai répon­du de contraindre ses ainés à lui en par­ler. Le non‐dit est tou­jours mal­sain. Dans une com­mu­nau­té de moniales, tout sou­ve­nir d’une abbesse écar­tée a été effa­cé. Qu’y gagne‐t‐on ? L’histoire pèse d’autant plus qu’elle est occluse.

A l’inverse, quel bon­heur de pou­voir cares­ser son his­toire, avec ses heurs et ses mal­heurs, et de l’aimer parce que c’est là que Dieu nous a gar­dés sous son regard pater­nel qui nous couvre encore. Benoit le dit bien : « L’homme esti­me­ra que Dieu, du haut du ciel, le regarde à tout moment, qu’en tout lieu le regard de la divi­ni­té voit ses actes et que les anges le lui rap­portent à tout moment ». (RB7, 13)

Je n’aime guère ces anges rap­por­teurs, mais si le regard de Dieu est tout bien­veillant, il me plait que les anges lui apportent, et non lui rap­portent, tout ce qui nous émer­veille. Nous avons assez souf­fert du Dieu juge sévère que les relents de jan­sé­nisme nous ont res­sas­sés. Je ne veux pas me déro­ber au juge­ment : il me puri­fie, me sort de ma ténèbre pour me lais­ser venir au grand jour, comme le dit Luc : « Rien n’est secret qui ne doive être connu et venir au grand jour ». (Lc 8, 17) Mais le Dieu juge est le Dieu sau­veur qui « n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sau­vé par lui » (Jn 3, 17). Voilà la Promesse. Elle nous dilate. Jean‐Louis Chrétien l’écrivait sans son beau livre « La joie spa­cieuse, essai sur la dila­ta­tion » : « la joie inté­rieure, avec sa dila­ta­tion, se porte elle‐même, avec un doig­té de sour­cier, à la ren­contre du joyeux dans le monde. Nous sommes prêts pour lui, nous sommes pré­pa­rés pour lui, car nous sommes déjà au large. L’ouverture de la joie forme un espace pour ce qui arrive ».

« Ce qui arrive », c’est le fruit de la Promesse tou­jours spa­cieuse et qui nous met au large. Où l’on voit que la joie est l’autre nom de la pro­messe.

Consi­dé­rons l’inverse pour l’instant : la tris­tesse emplit l’âme quand il n’y a plus de pro­messe. Ainsi des per­sonnes en fin de vie qui n’attendent plus que la mort. Mais sont‐elles tou­jours tristes. J’ai connu deux exemples du contraire. Celui d’une dame me confiant comme d’une faute son désir de mou­rir alors que toute sa vie avait été heu­reuse et féconde. Je lui ai conseillé de libé­rer ce désir bien nor­mal, et elle est morte le len­de­main. Et celui d’une moniale à l’agonie à qui je deman­dais com­ment elle envi­sa­geait sa mort et qui me répon­dit : « avec une immense curio­si­té ! ». Car la reli­gion a su faire de la mort elle‐même une ultime pro­messe. « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie » disait Thérèse de Lisieux alors même qu’elle avait été enva­hie par l’angoisse ter­rible du néant quand la voix téné­breuse lui disait : « avance, avance, réjouis‐toi de la mort qui te don­ne­ra non ce que tu espères, mais une nuit plus pro­fonde encore, la nuit du néant ». La foi chré­tienne est sublime quand elle mêle ain­si l’angoisse et l’espérance, le ver­tige du néant et la pro­messe de la lumière.

La pro­messe engage la mémoire. Dieu se sou­vient de sa pro­messe : qu’est-ce à dire ? Il donne, il réa­lise ce qu’il a pro­mis. Se sou­ve­nir, c’est donc tenir une pro­messe. Mais il y a dans le sou­ve­nir, dans le tra­vail de mémoire, une manière d’honorer le pas­sé, ce que j’appelais cares­ser son his­toire. C’est bien ce que Moise sait rap­pe­ler à Dieu quand il vou­drait lais­ser libre cours à sa colère : « vas‐tu oublier tout ce que tu as fait pour ce peuple ? Vas‐tu lais­ser dire aux autres peuples que tu étais per­fide, que tu condui­sais ce peuple à sa perte ? » Il est poi­gnant de voir Moise rap­pe­ler ain­si à Dieu qu’il est Dieu, et pré­ci­sé­ment le Dieu de la Promesse.

Or, quelle était la Promesse ? Il faut remon­ter à Abraham. Dieu lui a fait une double pro­messe ; une terre et un lignage. Le lignage devait bien dépas­ser les limites du peuple d’Israël puisqu’il était pro­mis aus­si nom­breux que les étoiles du ciel et que le sable des rivages de la mer. En véri­té, c’est toute l’humanité qui était appe­lée à deve­nir la des­cen­dance d’Abraham : « Par toi se béni­ront toutes les nations de la terre ». (Gn 12, 5)

Quant à la terre, pouvait‐elle n’être que le petit ter­ri­toire de Canaan ? J’y ai lon­gue­ment pen­sé au bord du lac de Tibériade. Je regar­dais les col­lines du pour­tour en évo­quant, bien sûr, le début prin­ta­nier de l’activité de Jésus. Des skis nau­tiques sont alors venus sillon­ner le lac en tous sens. Le charme était rom­pu et la réa­li­té s’imposait : le lac est aujourd’hui aux habi­tants des villes qui l’entourent. Je ne devais plus cher­cher Jésus en ces lieux, mais là où je vis. La terre de la Promesse, la terre pro­mise, c’est ma terre. C’est là que le Royaume de Dieu advient, dans un nou­veau prin­temps de l’évangile.

La Lettre aux Hébreux le dit bien dans sa propre pers­pec­tive : elle nous presse « d’imiter ceux qui, par la foi et la per­sé­vé­rance, héritent des pro­messes ». C’est dans le même pas­sage que nous trou­vons l’image de l’ancre pour illus­trer l’espérance dans la Promesse, mais c’est une ancre fichée dans le ciel, qui nous arrime donc en haut et non au fond de la mer. Cette image de l’ancre est res­tée, mais il faut l’orienter à l’envers, sa pointe vers le haut. La Promesse nous assure en nous tirant en haut, dans le grand large du ciel.

Le large, l’espace : voi­là donc à quoi s’ouvre la Promesse. Il faut nous le rap­pe­ler dans notre quo­ti­dien qui menace tou­jours de nous asser­vir à l’étroitesse, à la mes­qui­ne­rie, à la médio­cri­té. Comme je deman­dais à un Père Abbé qui avait visi­té beau­coup de monas­tères ce qu’il en rete­nait, il me dit : « J’ai vu beau­coup de géné­ro­si­té, mais aus­si beau­coup de médio­cri­té. Fuyez la médio­cri­té ». Il faut la fuir, certes, mais ne faut‐il pas aus­si d’une autre manière, prendre la mesure de nos étroi­tesses pour nous élar­gir ? La vie com­mune est tis­sée, sur­tout avec l’âge, d’habitudes qui deviennent des manies. Elles sont si pré­gnantes que je n’y vois plus qu’un seul remède : l’humour. C’est une tour­nure d’esprit, un pen­chant à voir ce qui était drôle. Saint Benoit semble bien l’ignorer, comme le sou­rire qui l’accompagne, et pour­tant il faut de bonnes doses d’humour dans la vie com­mune, sans quoi on pour­rait deve­nir cynique.

Le Christ accom­plit la Promesse, comme l’exprime le can­tique deZacharie : « En lui, Dieu a fait sur­gir la force qui nous sauve… comme il l’avait dit pour son pro­phète depuis les temps anciens ». La pro­messe est‐elle alors épui­sée dans son accom­plis­se­ment ? N’y a‐t‐il plus de Promesse depuis cet accom­plis­se­ment en Christ ? N’a-t-elle plus de place dès lors dans le Nouveau Testament ? Saint Pierre témoigne du contraire : les dis­ciples à qui il s’adresse dans ses lettres atten­daient bien l’accomplissement des pro­messes de Dieu, mais comme cet accom­plis­se­ment tar­dait à venir, ils incri­mi­naient Dieu de ce retard ; Pierre leur explique alors que ce qui leur appa­raît comme un retard est en fait le témoi­gnage de la patience de Dieu : Dieu ne retarde pas l’accomplissement de son pro­jet, comme s’il n’était pas pres­sé d’y par­ve­nir, mais il use de patience envers nous. Il n’est pas en retard, comme peuvent le pen­ser ceux qui vou­draient que tout se réa­lise dès main­te­nant, mais il attend, il prend le temps, il laisse le temps. Et c’est une bien belle manière de vivre le pré­sent que de mettre à pro­fit le temps que Dieu nous laisse. Chaque matin, un jour nous est offert pour nous ouvrir davan­tage à la volon­té de Dieu, à son bon vou­loir qui est tou­jours une volon­té d’amour et de paix. Lorsque nous deman­dons dans le « Notre Père » : « que ta volon­té soit faite ! », que demandons‐nous d’autre ? Que la volon­té d’amour et de paix qui est celle de Dieu se répande dans l’humanité, comme elle a été accom­plie par tous les saints dis­ciples qui nous ont pré­cé­dés.

La patience de Dieu est une attente ardente. Nous par­lons sou­vent de notre attente, et nous vou­lons sin­cè­re­ment la réveiller, la rani­mer, chaque année au temps de l’Avent. Mais c’est Dieu qui nous attend le pre­mier. Le temps de l’Avent devient alors celui de la réponse à l’attente de Dieu. En ce sens, nous pou­vons bien dire que Dieu nous prie avant même que nous le prions. Lorsque nous deman­dons à Dieu de don­ner la paix au monde si trou­blé, il nous répond que c’est lui qui attend que nous fas­sions la paix. Nous devrions tou­jours prier en pen­sant que Dieu nous a pré­cé­dés dans sa propre prière. Vous connais­sez ce sketch de Raymond Devos où il ren­contre Dieu qui prie, qui prie l’homme de se mani­fes­ter à lui parce qu’il se demande si l’homme existe vrai­ment tant il le ren­contre peu, s’il n’est pas, dit joli­ment Devos, une « vue de l’esprit ».

La Promesse a été accom­plie dans le Christ, mais il faut encore que cet accom­plis­se­ment se déploie dans l’Eglise, c’est à dire fina­le­ment dans nos vies. La Promesse est donc deve­nue notre charge au point que nous pou­vons la com­prendre à rebours de son sens pre­mier : Dieu a pro­mis, mais il nous a confié sa Promesse si bien que c’est lui qui attend de nous la pleine réa­li­sa­tion de sa Promesse. Étrange et mys­té­rieuse Promesse où celui qui pro­met est celui qui attend et où celui qui reçoit la Promesse doit lui‐même l’accomplir. M​ais ain­si fait Dieu avec les hommes : il leur ren­voie leur demande qu’il a faite sienne. « Vous me deman­dez la paix, mais je ne peux vous la don­ner que si vous la faites ». Marie deman­dait à Bernadette : « voulez‐vous me faire la grâce de venir ici chaque jour ? » Ainsi Dieu nous prie‐t‐il tou­jours : « voulez‐vous me faire la grâce de la paix ? »

Que va donc signi­fier pour nous : accom­plir la Promesse ?
Pour le deman­der autre­ment : quelle est la voca­tion des chré­tiens et leur res­pon­sa­bi­li­té dans le monde ? Jésus l’a dit : nous sommes dans le monde, mais nous ne sommes pas du monde. La « lettre à Diognète » d’un auteur du IIème siècle l’exprime bien :
Les chré­tiens ne se dis­tinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le lan­gage, ni par les cou­tumes. Car ils n’habitent pas les villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dia­lecte extra­or­di­naire, leur genre de vie n’a rien de sin­gu­lier. Leur doc­trine n’a pas été décou­verte par l’imagination ou par les rêve­ries d’esprits inquiets ; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les cham­pions d’une doc­trine d’origine humaine.
Ils habitent les cités grecques et les cités bar­bares sui­vant le des­tin de cha­cun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vête­ments, la nour­ri­ture et le reste de l’existence, tout en mani­fes­tant les lois extra­or­di­naires et vrai­ment para­doxales de leur manière de vivre. Ils résident cha­cun dans sa propre patrie, mais comme des étran­gers domi­ci­liés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et sup­portent toutes les charges comme des étran­gers. Toute terre étran­gère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étran­gère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau‐nés. Ils prennent place à une table com­mune, mais qui n’est pas une table ordi­naire. Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois éta­blies, et leur manière de vivre est plus par­faite que les lois.
En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chré­tiens le sont dans le monde. L’âme est répan­due dans les membres du corps comme les chré­tiens dans les cités du monde. L’âme habite dans le corps, et pour­tant elle n’appartient pas au corps, comme les chré­tiens habitent dans le monde mais n’appartiennent pas au monde.

Les chré­tiens peuvent se trou­ver à toutes les res­pon­sa­bi­li­tés civiles et sociales et les assu­mer plei­ne­ment, mais ils doivent veiller à ne pas être « mon­dains », non au sens cou­tu­mier des « mon­da­ni­tés », mais au sens de ce qui dans le monde est étran­ger au Royaume de Dieu. C’est une exi­gence dif­fi­cile parce que le « monde » est infi­ni­ment com­plexe, mêlant des com­pro­mis­sions redou­tables aux exi­gences les plus nobles. On le voit bien dans le com­por­te­ment des hommes poli­tiques si dif­fi­cile à appré­cier.

La Promesse est notre charge, mais elle est aus­si et d’abord tou­jours en avant de nous. Elle est néces­saire pour vivre car il nous faut bien tou­jours un ave­nir. Or l’avenir est incer­tain. Nous ne savons pas ce que sera demain. Jésus nous enseigne bien à ne pas nous sou­cier du len­de­main : « Demain, dit‐il, s’occupera de lui‐même. A chaque jour suf­fit sa peine ». Et il nous invite à regar­der les fleurs des champs qui ne tissent pas leurs parures et les oiseaux du ciel qui ne sèment ni ne mois­sonnent. (Mt 6, 25–34) Il n’empêche : qui ne cherche pas à prendre des assu­rances pour l’avenir ? Qui ne se pré­oc­cu­pe­rait pas de l’avenir des enfants ? Mais consi­dé­rer que l’avenir a sa pro­messe, c’est faire confiance à la fois en la vie et en Dieu qui y pour­voit. Il nous revient donc de conju­guer une saine pré­vi­sion et un aban­don confiant. La Promesse est un autre nom de la Providence, et la foi en la Providence fait vivre dans la confiance. Nous sommes dans les mains de Dieu et Jésus nous dit que per­sonne ne peut rien arra­cher des mains du Père. (Jn 10, 29) Chaque soir, nous pou­vons confier à Dieu le jour qui s’achève et celui qui sui­vra.

La Promesse nous donne un au‐delà de nous‐mêmes qui nous console de notre fini­tude. La fini­tude a pour nous un double sens : nous sommes finis parce que notre vie aura une fin, mais tant que nous vivons, nous éprou­vons aus­si les limites de notre être : nos capa­ci­tés, même avec la meilleure volon­té, sont réduites. Il nous faut hono­rer toutes nos capa­ci­tés, c’est le sens et la valeur de toutes nos ini­tia­tives. Les per­sonnes comme les com­mu­nau­tés sont constam­ment confron­tées à cette mise en œuvre de leurs capa­ci­tés qui atteste leur vita­li­té. Mais elles doivent bien aus­si veiller à ne pas aller au‐delà, et donc ne pas fan­tas­mer des pro­jets hors de leur atteinte. Or c’est une ten­ta­tion récur­rente de se pro­je­ter dans un ima­gi­naire bien au‐delà du réel, et cette ten­ta­tion est périlleuse et rava­geuse car le réel résiste et la décon­ve­nue est à la mesure du fan­tasme. Que de beaux pro­jets qui se sont avé­rés être des rêves trom­peurs ! On demande par­fois aux com­mu­nau­tés d’exprimer leurs pro­jets pour attes­ter de leur vita­li­té, mais un pro­jet, même s’il peut être rêvé, n’est pas un rêve. Il doit conju­guer le désir et la fini­tude. Le désir va tou­jours au‐delà de nous‐mêmes, il est même ouvert à l’infini, mais pour ne concré­ti­ser dans un pro­jet réel il doit s’affronter aux limites de celui qui le porte et prendre en compte ce qu’on appelle l’alignement des pla­nètes. De quoi une per­sonne ou une com­mu­nau­té sont‐elles capables compte tenu de leurs res­sources réelles et des oppor­tu­ni­tés du moment ?

Promesse, pro­jet, rêve… Il est écrit au début du livre des Actes des Apôtres que Pierre, à Pentecôte, cite le pro­phète Joël pour expli­quer le flux de paroles en toutes langues des apôtres : « Vos fils et vos filles pro­phé­ti­se­ront, vos jeunes gens auront des visions, et nos vieillards des songes ».(Act 2, 17) Aux jeunes donc les visions, aux com­mu­nau­tés jeunes d’envisager l’avenir, le leur et celui de l’Église, et bien sûr de com­men­cer à le mettre en œuvre. L’Église, comme le monde, ont besoin de jeunes vision­naires qui sai­sissent le pos­sible. Et aux vieillards, aux vieilles com­mu­nau­tés, les songes. Mais quels songes ? La ten­ta­tion est de son­ger tou­jours au pas­sé, car cha­cun sait que le pas­sé était mieux que le pré­sent. Pourtant, son­ger est une manière de déchif­frer du sens, ou de le construire. Le songe voi­sine le rêve, et comme le rêve, il peut entrai­ner l’échappement du réel. Etre son­geur signi­fie sou­vent dou­ter, être per­plexe. Le risque est de s’abîmer dans le songe, comme le lièvre de La Fontaine : « Un lièvre en son gîte son­geait, car que faire en un gîte à moins que l’on ne songe ? ». Le lièvre finit bien par sor­tir de son gîte et cou­rir. Si le songe per­met de trou­ver du sens, sor­tir du songe signi­fie s’atteler à mettre en œuvre le sens trou­vé. Les son­geurs doivent expri­mer le fruit de leurs songes : leurs doutes, leurs hési­ta­tions, mais aus­si les pro­jets qu’ils ont entre­vus. Le songe doit s’ouvrir à la vision. Considérer le pas­sé, en prendre acte, conduit à envi­sa­ger plus sage­ment l’avenir.

Mais peut‐il s’agir de sagesse quand on a une pro­messe ? La pro­messe n’induit-elle pas un excès ? Ne contient‐elle pas plus que ce qui est envi­sa­gé, ou même envi­sa­geable ? La pro­messe fait rêver. Elle allège le far­deau du pré­sent en lais­sant entre­voir un ave­nir mer­veilleux. Le peuple de la Promesse va vers une terre qui devien­dra sa terre, une terre où cou­le­ront lait et miel, comme lui‐même devien­dra un peuple immense. C’était le rêve d’Abraham contem­plant la nuit pleine d’étoiles : « Ainsi devien­dra ta des­cen­dance ». Or ce rêve est celui d’un homme dont la femme est sté­rile et âgée. La Promesse défie la sté­ri­li­té et le vieillis­se­ment. Nos com­mu­nau­tés chré­tiennes ou reli­gieuses doivent y son­ger quand le pes­si­misme est le décou­ra­ge­ment les assaillent. Vivre avec une Promesse, c’est faire le pari de l’optimisme. Emmanuel Mounier par­lait d’un opti­misme tra­gique, un opti­misme qui défie les épreuves parce qu’il les tra­verse. C’est donc bien une sagesse, mais une sagesse qui pressent l’excès du pos­sible. Une sagesse qui fait signe à une folie.

Les fian­cés reçoivent fré­quem­ment le nom de « pro­mis, pro­mise » ; ils sont ain­si l’objet d’une pro­messe qu’ils devront eux‐mêmes hono­rer par leur mariage. Cette belle appel­la­tion pour­rait s’élargir à tous : cha­cun est pro­mis aux autres dans ses riches poten­tia­li­tés, et ain­si cha­cun est une pro­messe qu’il doit lui‐même hono­rer. C’est tout le contraire de ce que nous sommes tou­jours enclins à pen­ser et à attendre des autres : il est bien tou­jours le même, il ne chan­ge­ra pas !

Ce constat désa­bu­sé brise la confiance et l’espérance. Il fau­drait pou­voir se dire : quelle bonne sur­prise va‐t‐il encore nous faire ? Que va‐t‐il nous appor­ter de neuf ? C’est un état d’esprit réso­lu­ment opti­miste qui favo­rise la nou­veau­té. Celui qui se sait atten­du pour une nou­veau­té sera enclin à la recher­cher pour l’offrir. Et bien sûr, à l’inverse, celui dont on n’attend rien ne cher­che­ra rien et per­dra le goût du don. Car il y a bien un goût à don­ner. Nos en fai­sons l’heureuse expé­rience par les cadeaux que nous nous offrons à l’occasion des fêtes, ou sim­ple­ment gra­tui­te­ment. Aimer don­ner sans attendre de retour est une telle grâce, et la grâce signi­fie jus­te­ment le don. Le Saint Esprit est appe­lé le Don de Dieu, donum Dei, et il est dona­teur car il se donne lui‐même.

Le livre des Actes des Apôtres a gar­dé une parole de Jésus que les évan­giles n’ont pas rete­nue : « Il y a plus de bon­heur à don­ner qu’à rece­voir » (Act 20, 35). L’Esprit pour­rait donc bien être appe­lé : le Bonheur ou la Joie. C’est le bon­heur de Dieu de se don­ner, et d’abord en lui‐même par le don que les Personnes divines se font l’une à l’autre, comme le montre si bien l’icône de Roublev. Et c’est le bon­heur de Dieu de créer, de lan­cer dans l’existence d’autres êtres que lui‐même. Sans la créa­tion, Dieu serait fer­mé sur son amour de lui‐même, comme un suprême Narcisse. Mais en créant, Dieu se retire, il fait de la place à d’autres qu’il veut se don­ner à aimer.

« Dieu a tant aimé le monde » dit Jean, et il pour­suit : « Qu’il lui a don­né son Fils unique ». Dieu aime le monde en lui‐même et pour lui‐même, mais il lui faut encore, osons le dire, lui faire un don, et il donne son Fils pour don­ner ensuite l’Esprit. Le don est la joie de Dieu, son bon­heur.

Quand St‐Pierre nous invite à être les imi­ta­teurs de Dieu, il nous invite au don. Le don ne se com­mande pas, il doit venir de lui‐même, en quoi il est bien une grâce. Mais on peut s’y dis­po­ser, y être enclin, comme on peut le rete­nir, s’en abs­te­nir, gar­der pour soi. La vie com­mu­nau­taire est le lieu du don, sans lequel elle ne serait jus­te­ment pas com­mu­nau­taire mais seule­ment jux­ta­po­si­tion. C’est bien ce qu’il nous faut tou­jours rap­pe­ler et ré‐entreprendre : ne pas nous conten­ter de vivre à côté les uns des autres mais être offerts les uns aux autres pour la joie du don mutuel.

Etre offerts comme des pro­messes, cela signi­fie être offerts comme au‐delà de ce que nous sommes. Il y faut une attente, attendre plus que ce que nous don­nons. C’est à la fois sti­mu­lant et pesant. Nous pou­vons esti­mer rai­son­na­ble­ment que nous avons don­né ce que nous pou­vions et en attendre sim­ple­ment un mer­ci. Mais le ser­vi­teur qui revient du tra­vail, dont parle Jésus, n’est pas remer­cié et invi­té à se mettre à table : il doit encore pré­pa­rer le repas du maitre et le ser­vir. Il y a tou­jours plus à faire.

Il se sou­vient de sa Promesse. Se sou­ve­nir, c’est ici à la fois pré­ser­ver de l’oubli et réa­li­ser. Dieu n’oublie pas, sa Promesse est tou­jours main­te­nue, et même renou­ve­lée. Et il la réa­lise. Elle est réa­li­sée dans le Christ, mais elle l’est aus­si chaque jour dans nos vies. C’est nous qui sommes guet­tés par l’oubli autant de la Promesse de Dieu que des nôtres, quand nous nous lais­sons aller à la las­si­tude, à la tor­peur de l’âme, quand nous sommes enfer­més dans l’espace étroit d’un quo­ti­dien morne. « Souviens‐ toi de ton amour » disons –nous à Dieu. Et il peut bien nous répondre : « Souviens‐toi aus­si de mon amour quand tu es dans l’épreuve et le doute et souviens‐toi de l’amour que j’attends de toi ». Il est doux de pen­ser que nous nous joi­gnons à Dieu dans le sou­ve­nir mutuel, lui de nous et nous de lui. Nous par­lons ain­si à Marie : « Memento, souviens‐toi que per­sonne ne t’a jamais invo­quée en vain ». Au vrai, quand nous deman­dons à Dieu ou à Marie de se sou­ve­nir, c’est notre propre sou­ve­nir que nous avons à rani­mer. Se sou­ve­nir d’une pro­messe est para­doxal car le sou­ve­nir concerne le pas­sé et la Promesse l’avenir. Mais il s’agit ici de la Promesse faite dans le pas­sé et dont on attend la réa­li­sa­tion. « Souviens‐toi de l’avenir que tu as pro­mis ». Mais Dieu s’en sou­vient tou­jours et il l’ouvre devant nous. Sans sa Promesse, notre ave­nir ne serait qu’une inquié­tude, une incer­ti­tude, et même une angoisse. Nous n’avons pas le droit de pen­ser à l’avenir dans le doute : il est tou­jours l’avenir de la Promesse de Dieu. Nous l’envisageons dans l’Espérance, une espé­rance tenace qui nour­rit la Promesse.

fr. Bernard

Texte inté­gral de la confé­rence sui­vante du fr. Bernard sur le site, ici

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