Messe de funérailles du frère Frédéric

Samedi 16 décembre 2017
2ème semaine de L’Avent

Messe de funé­railles du frère Frédéric

Introduction

Mes sœurs, mes frères, nous vivons ensemble un nou­veau moment de grande émo­tion, faite à la fois de dou­leur et de séré­ni­té. Quatre de nos frères sont entrés cette année dans ce grand pas­sage pas­cal de la mort à la Vie. C’était le frère Jean‐Yves, Prieur, poète et phi­lo­sophe ; le frère Barnabé, grand moine‐missionnaire ; le frère Dieudonné par­ti­ci­pant acti­ve­ment au renou­veau litur­gique, et ce lun­di, dans le silence et la dis­cré­tion qui est la sienne, notre Père Frédéric, fon­da­teur et pre­mier Prieur du monas­tère Saint‐André de Clerlande. Lui aus­si a joué un rôle impor­tant dans le renou­veau litur­gique. Il par­ti­ci­pa à une nou­velle approche de l’architecture d’église et com­men­ta avec une ardeur faite de bon­té, la Règle de Saint Benoît. Il fut le pre­mier res­pon­sable de nos Oblats et de la cel­la d’Anderlecht de 1976 à 1984.

Je salue très par­ti­cu­liè­re­ment ses frères Christian et Freddy et toute leur famille. Par lui, un lien pro­fond s’est tis­sé depuis 1971 entre la com­mu­nau­té de Bose nais­sante, son Prieur Enzo Bianchi et la com­mu­nau­té de Clerlande. Si nos liens fra­ter­nels sont si forts, c’est bien grâce au P. Frédéric et au Frère Enzo. Une lettre de ce der­nier nous mani­feste cette fra­ter­ni­té et cette com­mu­nion si pro­fonde et si belle.

Tant de gestes de soli­da­ri­té nous sont par­ve­nus : ceux du P. Jean‐Luc Hudsyn, notre Evêque auxi­liaire pré­sent par­mi nous, du P. Abbé Ansgar, pré­sident de notre Congrégation, de nom­breux monas­tères, de notre fon­da­tion à Mambré, du monas­tère de Kappadu en Inde, du Comité des Religieux de Belgique, de nos Oblats, de ses amis d’Anderlecht. des liens si nom­breux qu’il avait tis­sés dans le dio­cèse de Malines‐Bruxelles, et plus encore au Centre National de Pastorale et de Liturgie à Paris, dans de mul­tiples églises qu’il fal­lait réamé­na­ger, en Allemagne et aux USA. J’y revien­drai.

Il a contri­bué à construire cette église, ins­crite hum­ble­ment dans les bois, habi­tée par le génie du lieu, nous situant d’emblée dans l’essentiel de nos vies. Ici, tous nos com­por­te­ments humains s’effacent au regard de Dieu. Nous entrons dans un espace sacré où c’est le Dieu de ten­dresse et de misé­ri­corde qui se mani­feste à nous.
En célé­brant cette eucha­ris­tie, en priant spé­cia­le­ment pour lui, nous confions notre frère Frédéric aux mains du Père qu’il a tant aimé dans l’attente du Royaume. Rendons grâce pour ce qu’il a rayon­né au milieu de nous par sa pré­sence, ses écrits, sa dou­ceur et sa paix. Il découvre en ce temps d’approche de Noël Celui qui vient à sa ren­contre et l’accueille dans son Royaume de Paix et de Lumière.

Dans un même mou­ve­ment d’humilité et de confiance, tous ensemble, sup­plions le Christ de nous accueillir dans sa misé­ri­corde et sa ten­dresse.

Que notre Dieu, Père de toute bon­té et de patiente fidé­li­té nous par­donne nos fra­gi­li­tés et nos fautes, et nous conduise tous ensemble à la vie éter­nelle.

Le par­don de Dieu est lumière : elle se consume au long de nos années sans jamais s’éteindre. C’est la pré­sence du Christ res­sus­ci­té vain­queur de la mort, sym­bo­li­sée par le cierge pas­cal. Que cette lumière accom­pagne le Père Frédéric pour sa ren­contre avec Jésus, son Maître de vie et son Ami.

C’est revê­tu de la robe de prière que notre frère se pré­sente aujourd’hui devant son Seigneur qu’il a chan­té toute sa vie. L’étole est signe du sacer­doce qui fut le sien.

Notre frère emporte avec lui cette Règle qu’il a com­men­té avec une ardeur faite de bon­té, nous appre­nant à ne rien pré­fé­rer à l’amour du Christ.

Que monte jusqu’à toi, Seigneur, notre prière et que la joie sans fin se lève sur ton ser­vi­teur Frédéric. Tu l’as créé toi‐même à ton image, tu en as fais ton fils dans le Corps du Christ.
Donne‐lui d’avoir part à l’héritage que tu réserves à tes enfants. Par Jésus‐Christ qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint‐Esprit, main­te­nant et pour les siècles des siècles

Homélie

Notre cher Père Frédéric, fon­da­teur de notre monas­tère et pre­mier Prieur, nous a sur­pris en entrant dans ce pays incon­nu que Dieu lui a pro­mis. Sa marche se pour­suit en Celui dont la plé­ni­tude à la fois le dépasse et l’enveloppe. « Le mys­tère est tou­jours entier » nous répétait‐il dans ses cours de théo­lo­gie dog­ma­tique.

Ce mys­tère est celui qui habi­tait la vie des pre­miers chré­tiens. « Ils rom­paient le pain dans leurs mai­sons, pre­nant leur nour­ri­ture dans l’allégresse et la sim­pli­ci­té de cœur Act. 2. 46–47 ». C’étaient des maisons‐monastères com­pa­rables à ces très anciennes mai­sons avec atrium de l’antiquité romaine. Celles‐ci ras­sem­blaient tous les élé­ments de la vie quo­ti­dienne et du culte de la com­mu­nau­té. Elles étaient orga­ni­sées autour de la prière, de l’enseignement, du « repas du Seigneur ». Le lieu ini­tia­tique du bap­tême et la chambre où l’on recueillait les dons des­ti­nés aux pauvres s’y sont pro­gres­si­ve­ment ajou­tés. C’était un ensemble archi­tec­tu­ral com­plet.

Le P. Frédéric expli­cite. « ​Ces mai­sons repo­saient sur le res­pect pro­fond de tout ce qui les entou­rait et de tout ce qu’elles conte­naient : le site, les per­sonnes, les objets même du culte. La beau­té et la véri­té du lieu et de la construc­tion nous font décou­vrir cette touche du divin, source de paix et de séré­ni­té. Alors, la forme et le fond prennent corps et l’art incarne une inti­mi­té qui nous habite et ouvre à l’amour infi­ni. »

Le Mystère de notre litur­gie a com­men­cé dans ce lieu fon­da­teur. Telle est la source d’inspiration qui a habi­té le P. Frédéric.
​Il fut Directeur de la revue Art d’Eglise pen­dant plus de 20 ans (1959 à 1980), rédac­teur des Chroniques d’Art sacré au CNPL jusqu’en 2003, don­nant des cours à l’Institut litur­gique à Paris et au Séminaire de Bruxelles, fai­sant par­tie de la Commission des monu­ments de notre dio­cèse. Il intro­dui­sait chaque année le Congrès d’Architecture et de Liturgie qui avait lieu à Bose en Italie. Réaménageant nombre d’églises, il sui­vait des tra­vaux d’étudiants en archi­tec­ture. Il est aus­si à l’origine des Cahiers de Clerlande (1996–2005) pen­dant son prio­rat et res­pon­sable de la cel­la d’Anderlecht de 1976 à 1984. Il accom­pa­gna les pre­miers oblats de Clerlande dès 1986.

Avec le concours de Jean Cosse, archi­tecte, la créa­tion du monastère‐maison s’inscrit dis­crè­te­ment, sans heurts, dans l’espace natu­rel de Clerlande. Nourri des Pères de l’Eglise et prin­ci­pa­le­ment ins­pi­ré par Henri Newman et Romano Guardini, le P. Frédéric se consacre à l’approfondissement de la Règle béné­dic­tine. Le Christ est là qui l’accueille doux et humble de cœur, appe­lant tous ceux qui peinent au repos, à la paix béné­dic­tine.

La vie monas­tique à Ottignies se pré­sente comme une para­bole. Elle nous invite à lâcher‐prise, à avoir assez d’humour pour refu­ser toute doc­trine rigide. Elle prend le temps de cher­cher, de che­mi­ner, de nous « pro­me­ner », allant de sur­prise en sur­prise sur le che­min de la paix, écrit‐il. C’est l’attention à chaque per­sonne et à la com­mu­nau­té. Le voyage inté­rieur fait par­tie de la voca­tion pro­fonde du moine. C’est une vision d’éternité, la grande vision de la paix dans le Christ.

Quel est donc ce cli­mat de paix que Benoît trans­met à ses moines ? Ceux qui ont posé cette ques­tion au P. Frédéric, ont enten­du ceci : « La réponse est com­plexe, disait‐il, car, en plus de la prière litur­gique et per­son­nelle qui se situe au centre, la pointe de cet effort est la dis­cré­tion, le res­pect et l’amour de tous, à com­men­cer par les frères -et les hôtes‐ les plus faibles. Tel est le lieu évan­gé­lique par excel­lence de la vie com­mu­nau­taire. Avec une ardeur toute de bon­té, que les moines ne pré­fèrent rien au Christ lequel daigne nous conduire tous ensemble à la vie éter­nelle. RB 72.

Tout se fonde sur une humi­li­té radi­cale : s’abandonner par le haut, tout lâcher sans se poser de pour­quoi. Notre frère citait sou­vent un écrit d’Angelus Silesius : « La rose est sans pour­quoi. Cette rose que tu vois là, main­te­nant, elle fleu­rit en Dieu éter­nel­le­ment. »

C’est une invi­ta­tion à renon­cer à ce genre de ques­tion­ne­ment. Laissons Dieu être Dieu dans nos vies. Car mettre en Lui toute notre espé­rance rem­plit tout l’espace et nous invite à ne jamais déses­pé­rer. Pour entrer dans cette paix, la Règle béné­dic­tine nous appelle à tra­ver­ser ce qui sur­git à chaque ins­tant :
• D’abord écou­ter (Ausculta, fili), être désen­com­bré de nos propres affaires pour ouvrir notre cœur à l’inattendu.
• Ensuite, savoir accueillir les évè­ne­ments dans leur réa­li­té avec un cœur égal et simple.

Le che­min sur lequel nous invite la RB est avant tout un che­min d’acceptation, ain­si nous lais­ser des­sai­sir d’une part de soi ne conduit pas à perdre l’essentiel qui ne peut nous être pris. Mais c’est mettre notre espoir, non pas en nous, mais en Dieu. C’est ne jamais déses­pé­rer de la misé­ri­corde de Dieu dans l’attente de Celui qui est doux et humble de cœur et qui nous ouvre la porte du Royaume.

Terminons par ce mes­sage envoyé par Enzo Bianchi, fon­da­teur du monas­tère de Bose. « L’aventure monas­tique que le P. Frédéric a vou­lue et a vécue avec ses frères à Clerlande​est liée à l’histoire de Bose…Sa pas­sion pour l’humanité pas­sait par l’art et la litur­gie. Il embras­sait ain­si tous les aspects de la vie et toutes les dimen­sions inté­rieures de cha­cun. Rencontrer le P. Frédéric a été pour moi une béné­dic­tion qui conti­nue de m’accompagner. Avec vous, je rends grâce au Seigneur qui l’accueille main­te­nant dans la paix et la lumière sans fin ».

Une der­nière parole liée à Bose, monas­tère ita­lien fon­dé par Enzo Bianchi, proche de Clerlande : « Que le Seigneur accueille dans ses demeures, la plus belle archi­tec­ture que le P. Frédéric ait pu jamais ima­gi­ner, ce ser­vi­teur libre et aimant qui n’a jamais ces­sé de chan­ter la beau­té, la joie et la lumière qui nous libère ».

Fr Martin

Merci à Jean‐Marc Abeloos pour la pho­to d’en-tête

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