Alliance fondatrice : Dimanche 18/02/2018

Homélie du dimanche 18 février 2018
Mc 1, 12–15

Alliance fon­da­trice

Les deux pre­mières lec­tures évoquent l’alliance éta­blie entre Dieu et Noé. Temps de ténèbres, d’injustices, de vio­lences inouïes. De nos jours encore, des puis­sants jettent les migrants sur les routes, leurs mains sont cris­pées sur l’argent des matières pre­mières, l’exploitation humaine est sans fin et ne connaît aucune limite. Les ques­tions de notre temps concernent aus­si la créa­tion, l’écologie, le res­pect de l’être humain.

Noé se situe entre les pre­mières géné­ra­tions de la Bible, Adam, Eve, Caïn, Lamech et puis celles de la tour de Babel. Caïn doit être ven­gé 7 fois, Lamech, 77 fois 7 fois. La vio­lence est totale, la mort omni­pré­sente. Le Dieu misé­ri­cor­dieux décide d’établir une nou­velle Alliance cos­mique, reliant la créa­tion et l’humanité.

C’est une nou­velle ver­sion de l’alliance éta­blie avec Adam et Eve, une Alliance fon­da­trice répé­tant les mêmes exi­gences : « être fécond, se mul­ti­plier, rem­plir la terre, domi­ner sur les autres vivants, les ani­maux ». C’est d’abord un pro­fond appel au res­pect de la nature sous toutes ses formes et notam­ment celle des ani­maux ; c’est aus­si une Alliance qui n’est pas adres­sée uni­que­ment au peuple juif, mais à tous les peuples de la terre. L’encyclique du Pape François, Laudato si, expli­cite mer­veilleu­se­ment cette invi­ta­tion au res­pect de la créa­tion et de l’humain.

Les Juifs, les Palestiniens, les Kurdes, les Turcs et les autres groupes humains ont le même Père des cieux et c’est à tous que cette Alliance est pro­po­sée. Avec Noé, elle est source de conso­la­tion et de paix pour l’humanité. A sa nais­sance, rap­porte le mythe hébreu, il avait les joues plus blanches que la neige et plus rouges que la rose, les yeux comme les rayons du soleil le matin, les che­veux longs et bou­clés, le visage res­plen­dis­sant. Il était tel­le­ment res­plen­dis­sant que Lamech, son père, crut que sa femme l’avait trom­pé avec un autre homme, mais Hénoch le tran­quilli­sa et pro­cla­ma cette pro­phé­tie : « Au temps de Noé, Dieu fera du nou­veau sur la terre ».
Mais laissons‐là ce mythe que vous connais­sez, la construc­tion de l’Arche, le res­pect des ani­maux, la colombe appor­tant le rameau de la paix, l’arc-en-ciel ; signe de cette Alliance cos­mique. Le simple fait qu’il ait fal­lu recom­men­cer implique un chan­ge­ment qua­li­ta­tif de l’Alliance. Elle sur­vient après la plus large exten­sion du péché et après le déluge uni­ver­sel.

C’est fon­da­men­ta­le­ment une Alliance de par­don et de misé­ri­corde. « Noé était un homme juste, intègre par­mi ses contem­po­rains, et il mar­chait avec Dieu » (Gen 6. 9). La voca­tion de Noé n’est pas de construire une Arche et de sau­ver les ani­maux. Il est le juste qui sauve l’avenir de l’humanité. En ce sens il est déjà l’image du Christ. Tout recom­mence à par­tir d’un mal uni­ver­sel au milieu duquel le bien tient une place infime. Le mal s’est déployé avec le plus d’ampleur ; la bon­té de Dieu se déploie tou­jours avec plus de misé­ri­corde. Noé est l’icône d’un salut uni­ver­sel pour toutes les nations. La colombe qui revient en tenant un rameau d’olivier dans son bec, est per­çue uni­ver­sel­le­ment comme un sym­bole de la paix dans notre monde. Quand le Pape a reçu Erdogan, le pré­sident de la Turquie, il lui a offert une plaque de bronze repre­nant ce même sym­bole gra­vé de paix.

Et nous, à Clerlande, com­ment vivons‐nous l’Alliance de Noé ? A notre mesure, nous accueillons à l’hôtellerie des groupes venant de toute reli­gion et de toute culture. La pra­tique de l’ostéopathie et du yoga ; Musulmans, Souffi, moines boud­dhistes, élèves et adultes s’interrogeant sur la foi chré­tienne ou non‐croyants. Notre fr. Pierre fut un pion­nier et le res­pon­sable du Dialogue Interreligieux Monastique et est tou­jours actif. Nous accueillons aus­si des réfu­giés dans la mai­son au bas de la rue. Au début du Carême, il nous est deman­dé d’élargir encore notre cœur à cha­cun et cha­cune.

Qu’écrit saint Benoît sur le Carême ? Il com­mence par décla­rer que les moines devraient vivre ain­si toute l’année ! Comment ? Dans un sen­ti­ment de gra­ti­tude pour tout ce qui leur est don­né ; dans un sen­ti­ment d’espérance pour ce qui est devant eux, les mains ouvertes sur l’inconnu, fort de la pré­sence divine. Pour lui, le Carême est un temps fort : mar­cher hum­ble­ment devant notre Dieu, gran­dir inté­rieu­re­ment, gra­vir les éche­lons de l’humilité, prier les psaumes de pèle­ri­nage, dila­ter notre cœur dans une cha­ri­té exi­geante. C’est bien un temps de sou­tien mutuel : donne ton sang et reçois l’Esprit, dit un vieux moine l’abba Longin. Plus impor­tant encore est la prière habi­tée de larmes et d’attention du cœur. Nous sommes appe­lés à ado­rer Dieu par Jésus‐Christ, le nou­veau Noé, qui nous a fait pas­ser par l’eau du bap­tême, pour recon­naître le Père bien‐aimé par l’Esprit-Saint qui nous est don­né et que sym­bo­lisent aus­si la colombe et le rameau d’olivier.

C’est aus­si un temps d’abstinence : libé­rer son corps des excès de la nour­ri­ture, de la bois­son, des bavar­dages, des replis sur nous‐mêmes, de l’obéissance com­mune pour débou­cher sur l’amour. Si le Carême est un che­min de migra­tion inté­rieure de 40 jours, il faut bien recon­naître qu’il est humble et doux dans un monde si violent et si rude.

Mes sœurs, mes frères, en cette année 2018, les gestes pro­po­sés dans cette mon­tée vers Pâques nous appellent à une soli­da­ri­té crois­sante. Au milieu des muta­tions de notre monde, la tra­di­tion monas­tique nous rap­pelle que nous sommes pèle­rins vers un autre monde à l’intérieur du nôtre. La bien­veillance de Dieu pour toutes les nations se déploie à tra­vers son Amour et sa misé­ri­corde en Jésus qui nous accom­pagne chaque jour.

Mes sœurs, mes frères, voi­ci le pre­mier dimanche du Carême qui nous oriente réso­lu­ment vers le désir de la joie pas­cale. Nous vivons ce week‐end avec la fra­ter­ni­té de Clerlande pré­sente par­mi nous. Nos liens fra­ter­nels se res­serrent dans un enri­chis­se­ment et un sou­tien mutuel. Hier, Sœur Marie‐Raphaèle, moniale du monas­tère d’Hurtebise nous a intro­duit dans cette marche de 40 jours vers la joie pas­cale.

En réflé­chis­sant sur la mesure du temps, elle a décrit com­ment notre époque était pris dans les rythmes du temps. Aussi ce matin, dépo­sons devant le Seigneur nos sou­cis de la semaine, nos urgences, tout ce qui pré­ci­pite nos vies vers un épui­se­ment phy­sique ou moral. Ou encore, notre moro­si­té devant des tâches quo­ti­diennes, répé­ti­tives, dans les­quelles nous avons per­du l’enthousiasme et l’élan de nos vies.

Dans l’Evangile de ce jour, tout va très vite : après son bap­tême, Jésus est pous­sé au désert, ten­té par Satan. Il part en Galilée où il déclare que les temps sont accom­plis et il se hâte d’annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. Les deux pre­mières lec­tures ren­voient à la figure de Noé avec qui Dieu éta­blit une nou­velle Alliance. L’Arche de Noé est en quelque sorte un lieu pro­té­gé de paix et de par­don de Dieu au milieu des vio­lences de son temps. Au début de cette célé­bra­tion, tournons‐nous vers le Christ Jésus, le Nouveau Noé, source de par­don et de récon­ci­lia­tion.

Fr. Martin

Illustration : L’Arche de Noé, Mosaïque de la cha­pelle pala­tine de

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