Homélie de la fête de saint‐Benoît du 21/03/2018

Fête de st‐Benoît

Homélie de la fête de saint‐Benoît du 21/03/2018

Introduction

Chers frères et amis de Clerlande,

Nous célé­brons aujourd’hui saint Benoît qui est à la source de notre vie com­mune où nous appre­nons jour après jour à mieux aimer nos frères et Dieu. C’est un appren­tis­sage qui se mesure dans l’imprévu de chaque jour. Nous sommes appe­lés à tou­jours com­men­cer. « Aujourd’hui, je com­mence » est la devise du moine. Ce n’est pas dans une démarche cyclique comme celle des sai­sons, comme le prin­temps qui débute théo­ri­que­ment en ce jour, mais dans une marche vers l’avant, comme le veilleur qui regarde l’horizon tour­né vers le Christ, vers le Royaume du Père. Nous sommes invi­tés à pres­ser le pas, à aller de l’avant avec enthou­siasme et bon­heur. Que cette jour­née renou­velle en nous notre adhé­sion au Christ et à nos frères et pour être accor­dés à ce que nous célé­brons, recon­nais­sons devant le Dieu misé­ri­cor­dieux notre fai­blesse et notre péché.

Homélie

En ce jour de fête, réveillons en nous quelques intui­tions de saint Benoît qui nous invite à tenir bon et à pro­gres­ser dans notre vie de prière et de rela­tion fra­ter­nelle.

Tout com­men­ce­ment véri­table, écrit le poète Novalis, est un deuxième moment. St Benoît quitte la mai­son fami­liale et ne veut plus désor­mais plaire qu’à Dieu seul. C’est le début de sa vie soli­taire, puis dans la force mys­té­rieuse d’un deuxième appel, plus enga­gé dans la durée, il entre dans la vie céno­bi­tique avec toutes ses exi­gences de joies et d’épreuves.

Où va‐t‐il ? Il va sim­ple­ment là où Dieu l’appelle pour l’éprouver et par­ler à son cœur. En fon­dant l’abbaye du Mont‐Cassin et en écri­vant sa règle, nul n’imagine alors que cette tra­di­tion va res­ter en veilleuse pen­dant deux siècles avant que la RB ne com­mence son éton­nante expan­sion. C’est un homme de Dieu qui pose dans sa Règle la sou­plesse dans les rela­tions humaines, équi­libre entre la per­sonne et la com­mu­nau­té. Sa règle est sur­tout habi­tée par la com­pas­sion, le res­pect, l’humanitas, mot intra­dui­sible en fran­çais. Est‐ce une atti­tude si humaine, si char­gée de l’Evangile adap­tée à cha­cun com­pris de l’intérieur ?

La racine de cette syn­thèse, écrit le P. Frédéric, vient de l’Evangile, du Nouveau Testament et reflète dans son expres­sion concrète le style de vie, l’art de vivre béné­dic­tin. Son intui­tion tient compte de tous les élé­ments en pré­sence, de toutes les per­sonnes en cause, des plus faibles aux plus fortes. C’est tou­jours le P. Frédéric qui parle : « Cet extra­or­di­naire res­pect de l’être per­son­nel, sai­si dans sa pré­ca­ri­té plu­tôt que dans sa puis­sance, s’exprime dans cer­tains termes carac­té­ris­tiques comme : avoir de la consi­dé­ra­tion, du res­pect vis‐à‐vis des frères, de la sol­li­ci­tude, par­ti­cu­liè­re­ment dans leurs défi­ciences phy­siques et morales, avoir de la dis­cré­tion pour recom­man­der à l’abbé et aux frères de se sou­cier de ceux qui, par­mi eux, risquent d’être lais­sés en marge de l’effort com­mu­nau­taire. Ce sont les vieillards, les malades, les faibles, les timides, les peu­reux, les hôtes de pas­sages ».

Bref, pour qu’une com­mu­nau­té monas­tique se construise dans l’authenticité et trouve l’ordre et la paix, il faut à tout prix qu’elle garde le sou­ci des plus faibles. Et comme l’exprimait déjà abba Poemen dans le désert d’Egypte, « Sois leur modèle et non leur légis­la­teur », Benoît reprend cette sen­tence pour l’abbé et d’une autre manière pour les frères. Chacun est appe­lé à veiller sur lui‐même, à vivre pour Dieu et non à com­pa­rer, à por­ter un juge­ment sur autrui, à médire ou à calom­nier. La paix des doux et des humbles com­mence en soi‐même et nous serons juger sur notre capa­ci­té de vivre dans la cha­ri­té, la dou­ceur et la bon­té.

Si l’abbé doit constam­ment faire effort pour s’adapter aux carac­tères de tous les frères (ce qui est une forme d’obéissance qui lui est deman­dée), les frères à leur tour, doivent s’accorder les uns aux autres. Chacun demeure un mys­tère et une approche ori­gi­nale du Dieu trois fois saint. Il est aus­si deman­dé aux frères d’aimer leur abbé et de ne rien pré­fé­rer à l’amour du Christ. Concluons par deux points à vivre chaque jour :
• La grande com­pas­sion évan­gé­lique à l’égard de cha­cun ;
• L’attente et l’accueil du don impré­vi­sible que l’Esprit seul accorde à cha­cun des frères.
Ces deux aspects essen­tiels, nous le savons, se vivent non pas dans un effort bref, momen­ta­né, mais dans la durée, le quo­ti­dien, la répé­ti­tion, la per­sé­vé­rance. Nous sommes ain­si appe­lés à une vie de cha­ri­té, tour­née réso­lu­ment vers le Christ lequel veuille nous conduire tous ensemble à la vie éter­nelle.

fr Martin

image : Linteau du por­tail nord de l’église abba­tiale de Saint‐Benoît‐sur‐Loire repré­sen­tant la trans­la­tion des reliques de saint Benoît. Sur la gauche, les moines récu­pèrent les osse­ments au mont Cassin. Au centre, un miracle per­met de dis­tin­guer les restes de saint Benoît de ceux de sa sœur sainte Scolastique. Enfin, à droite (absent sur l’image ici), les vil­la­geois accueillent les reliques dans la fer­veur.

Homélie sui­vante du fr. Martin pré­sente sur le site ici

Billets apparentés

Effata. 23è dimanche T.O. (B) Homélie du dimanche 09 sep­tembre 2018 Effata. 23è dimanche T.O. (B) Introduction Mes sœurs, mes frères, aujourd’hui le Seigneur vient poser son do…
Le pain de la Vie. Dimanche 5 aout 2018 ​18è dimanche du temps ordi­naire Le pain de la Vie Introduction Reçois ce que tu es. Deviens ce que tu reçois Frères et sœurs, cette semaine nou…
Fête de la saint‐Benoît Mercredi 11 juillet 2018 Fête de la saint‐Benoît Introduction Mes sœurs, mes frères, amis de Clerlande, Nous voi­ci heu­reux en ce jour lumi­neux d…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.