Eucharistie de la Résurrection

Pâques 2018

Eucharistie de la Résurrection

Dimanche 1er avril 2018

Ce matin, à l’aurore, le Père Martin a allu­mé le cierge pas­cal et nous avons vécu l’évènement de la Résurrection de Jésus.

A pré­sent nous pre­nons encore le temps pour célé­brer et médi­ter le mys­tère de la Résurrection.
Il faut du temps pour inté­grer une telle annonce.
Il faut du temps pour accueillir mal­gré tout l’espérance qu’elle réveille, en ce moment de notre his­toire où beau­coup d’évènement et de situa­tions nous semblent vrai­ment déses­pé­rées, tant pour notre vivre ensemble que pour la sur­vie de notre pla­nète.
C’est pour­quoi en ces jours où nous rap­pe­lons la vie de Jésus au‐delà de la mort, nous ne vou­lons pas vivre cette annonce seule­ment au plus intime de nous‐mêmes, car nous savons que nous sommes aus­si appe­lés à regar­der autour de nous les germes de vie nou­velle, dans la nature, mais éga­le­ment dans notre socié­té, par­tout dans le monde, pour pro­mou­voir toute espé­rance et toute éner­gie de vie, là où nous sommes.
Prions ensemble pour deman­der au Seigneur res­sus­ci­té une éner­gie nou­velle, pour vivre ain­si, et déve­lop­per toute vie véri­table.

Pâques 2018

(Jean 20, 1–10)

Comme saint Benoît nous le recom­mande, tout au long de ce carême nous avons « atten­du la Pâque avec la joie du désir spi­ri­tuel ». Et aujourd’hui, voi­ci que notre attente est com­blée : l’annonce de la résur­rec­tion a mul­ti­plié notre allé­gresse. « Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! »
Nous chan­tons cela parce que nous connais­sons la suite de l’histoire. Mais en réa­li­té, le matin de Pâques, tel que nous le décrivent les évan­giles, ce n’était pas la joie et l’allégresse. (Plutôt un matin de prin­temps indé­cis) Les dis­ciples n’attendaient plus rien.
​En effet, nous avons enten­du cette nuit, dans l’évangile de Marc, que la peur para­ly­sait les pre­miers témoins, au point de les rendre muets. Saint Matthieu quant à lui nous décrit l’incertitude qui régnait par­mi les dis­ciples : cer­tains ont même dou­té, jusqu’au jour de l’Ascension. L’évangéliste Luc, dans un récit très sem­blable à celui de Jean, raconte, com­ment l’apôtre Pierre est allé voir le tom­beau, il a consta­té qu’il était vide et « est ren­tré chez lui, tout son­geur… » L’état d’esprit de ceux qui avaient sui­vi Jésus jusqu’à Jérusalem est bien résu­mé par saint Luc dans l’épisode des ‘dis­ciples d’Emmaüs’ : « Nous avions cru…mais voi­ci trois jours que tout cela s’est pas­sé… » C’est un calme déses­poir, la rési­gna­tion, et en tout cas aucune attente d’une pos­sible conti­nua­tion de cette aven­ture.
​L’évangile selon saint Jean que je viens de vous lire évoque le même trouble : il décrit les courses de Marie‐Madeleine et puis celle des dis­ciples, leur agi­ta­tion, leur inquié­tude ; il relate de nom­breux détails anec­do­tiques sur les ban­de­lettes et le suaire, mais n’offre appa­rem­ment aucun élé­ment qui puisse rani­mer l’espérance et la foi.
​Dans ce contexte la lec­ture la plus simple, la plus obvie, de l’évangile de ce jour est aus­si assez plate : Marie Madeleine était venue appor­ter aux apôtres une nou­velle incroyable : « On a enle­vé le corps du Seigneur ! ». Mais Pierre et Jean, ne l’ont pas crue. Ne pou­vant pas se fier aux dires de cette femmes, ils sont donc allés voir, et ils ont bien dû croire à ce qui leur avait été dit. Jean en tout cas recon­naît qu’il « a vu et a cru », c’est-à-dire : il a recon­nu que Marie Madeleine avait dit vrai. Il ne pou­vait rien conclure d’autre puis­qu’ « il n’avait pas encore com­pris les Ecritures ». Aussi il ne lui res­tait plus qu’à « ren­trer à la mai­son, avec Pierre, tout son­geurs.

On pro­cède beau­coup aujourd’hui à ce genre de lec­ture plate. Certaines émis­sions de télé­vi­sion, des articles de revues ou des livres pré­sen­tés par des per­sonnes scien­ti­fiques répu­tées s’efforcent ain­si d’atteindre la ‘véri­té his­to­rique’ la plus dépouillée de toute cré­du­li­té et annoncent le triomphe de la ‘véri­té’ sur l’obscurantisme.
Or je crois que le pres­tige de ce genre de pré­sen­ta­tion ‘scien­ti­fique’ nous impres­sionne aus­si, fût‐ce à notre insu. Nous nous deman­dons : « Et si telle était la véri­té, toute la véri­té ? La suite, les appa­ri­tions de Jésus à Jérusalem ou en Galilée ne serait‐elle que phan­tasmes d’une amou­reuse déçue ou des élu­cu­bra­tions de dis­ciples frus­trés ? »
Mes sœurs et mes frères, je ne vais pas com­men­cer ici une apo­lo­gé­tique de la résur­rec­tion. Rassurez‐vous ! Mais je vou­drais dire clai­re­ment qu’en tant que chré­tiens qui vivons de l’Esprit du Christ res­sus­ci­té, nous devons nous poser ces ques­tions pré­cises : « Pouvons‐nous pas­ser de cette lec­ture plate des évè­ne­ments à une com­pré­hen­sion plus plé­nière du mys­tère ? et : com­ment devons‐nous nous y prendre pour ‘voir’, à tra­vers les signes ténus des ban­de­lettes, du suaire et du tom­beau vide, l’annonce d’une pré­sence nou­velle du Christ tou­jours vivant ? »
La célé­bra­tion de Pâques est une invi­ta­tion à abor­der cette ques­tion, pour nous resi­tuer vis‐à‐vis du mys­tère de Jésus et nous réen­ga­ger pour en vivre. La foi au Christ res­sus­ci­té, au Christ total, n’est pas don­née une fois pour toutes. Nous devons constam­ment y tra­vailler. Heureusement la litur­gie nous y aide fidè­le­ment. Si donc nous ne vou­lons pas célé­brer cette fête de façon rou­ti­nière et super­fi­cielle, il nous faut nous lais­ser conduire par cette litur­gie et régu­liè­re­ment repar­cou­rir le che­min que les dis­ciples ont dû faire pour que leur foi mûrisse, s’épanouisse et devienne agis­sante.
Car nous sommes comme eux : nous ne sommes pas prêts à croire tout de go que Jésus est res­sus­ci­té. C’est tel­le­ment peu évident, tel­le­ment peu atten­du. Il nous faut du temps pour que cette foi fasse son che­min dans notre cœur. Nous accueillons encore assez volon­tiers le mys­tère de l’incarnation, mais je crois que, pour la résur­rec­tion, nous ne pou­vons y adhé­rer qu’en un second temps, après avoir tra­ver­sé le ques­tion­ne­ment et le doute. La foi au Christ res­sus­ci­té est l’aboutissement d’une vie selon l’évangile.
De fait, les évan­giles com­mencent tous par nous par­ler des dif­fi­cul­tés à croire que les dis­ciples ont eues, parce que cela fait par­tie inté­grante de la vie de foi, en tout cas de la nôtre. Mais ils nous disent aus­si que Jésus nous rejoint pré­ci­sé­ment là, là où nous sommes, dans notre éton­ne­ment, dans notre désar­roi et notre scep­ti­cisme. Il nous rejoint comme il l’a fait pour les ‘dis­ciples d’Emmaüs’ qui par­taient à la dérive. Et il nous fait entrer dans son mys­tère.

Voyons donc dans les évan­giles com­ment les dis­ciples ont pu faire ce pas­sage de la rési­gna­tion à la foi.
Ils men­tionnent essen­tiel­le­ment deux élé­ments.
Les évan­giles men­tionnent une pre­mière démarche qui nous per­met de pas­ser du désar­roi à la foi. Pour que soit pos­sible cette recon­nais­sance du Seigneur il nous faut scru­ter les Ecritures. Tant que nous n’avons pas com­pris ce qu’elles disent du Sauveur, il est dif­fi­cile de croire. Quand, dans les Actes, les apôtres annoncent le Christ, ils font tou­jours allu­sion aux pro­phètes et aux psaumes. Ils men­tionnent les textes expli­cites qui pré­disent le retour à la vie du Serviteur.
Mais ici aus­si nous ne devons pas nous limi­ter à quatre ou cinq allu­sions expli­cites. C’est l’ensemble des Écritures qui atteste qu’« il fal­lait que Jésus souf­frit sa pas­sion et res­sus­cite d’entre les morts ». Et quand je dis l’ensemble, je pense non seule­ment aux écrits de la Première Alliance, mais aus­si à « tout ce que Jésus a fait et ensei­gné », toutes ces paroles non encore écrites alors, mais qui étaient pro­fon­dé­ment ins­crites dans les cœurs des dis­ciples. Trop pro­fon­dé­ment peut‐être pour qu’ils s’en sou­viennent à ce moment, mais peu à peu l’Esprit de Jésus va les leur remé­mo­rer. Partout en effet il est ques­tion du Dieu qui veut la vie, le Dieu qui aime par­don­ner et redon­ner l’espérance, le Dieu qui sait vaincre le mal par le bien. Et quand on repense à Jésus, il appa­raît qu’il est essen­tiel­le­ment celui qui donne sa vie pour ses frères et pour qu’ils l’aient en abon­dance. Oui, la résur­rec­tion est dans la droite ligne de tout ce que Dieu a fait pour l’homme depuis les ori­gines.
Mais les évan­giles men­tionnent encore une autre approche du res­sus­ci­té, et notam­ment le fait que les dis­ciples ont ren­con­tré Jésus, ou plus exac­te­ment qu’ils l’ont recon­nu. Dans la suite du récit lu aujourd’hui, saint Jean raconte com­ment Marie Madeleine, reve­nue au tom­beau vide, a d’abord pris Jésus pour le jar­di­nier, avant de le recon­naître. Il y a cinq ou six récits ana­logues dans les évan­giles, des récits assez énig­ma­tiques : com­ment les dis­ciples ne reconnaissent‐ils plus ce Jésus qu’ils avaient encore vu quatre jours aupa­ra­vant ? C’est que le Christ qui les ren­contre désor­mais n’est pas sim­ple­ment le Jésus d’avant, comme si il ne s’était rien pas­sé depuis. Il est le Christ total, si je puis m’exprimer ain­si, celui qui s’identifie tou­jours avec « les plus petits d’entre ses frères ».
C’est pour­quoi nous ne devons pas nous limi­ter à ces cinq ou six récits : toutes les fois que nous pou­vons vrai­ment ren­con­trer une per­sonne, décou­vrir sa digni­té émi­nente et recon­naître ce qu’elle a d’unique, c’est le Christ tou­jours vivant que nous recon­nais­sons. Comme le dit un adage des Pères du désert : « Tu as vu ton frère, tu as vu ton Seigneur ». De fait, comme l’écrit saint Jean dans son épitre « nous sommes pas­sés de la mort à la vie », pré­ci­sé­ment quand nous aimons nos frères.
Mes frères, mes sœurs, nous ne com­pre­nons les mys­tères du Christ que dans la mesure où nous y par­ti­ci­pons. Nous com­pre­nons qu’il est vivant quand nous pas­sons nous‐mêmes de la mort à la vie, en aimant. Oui, notre foi au Christ tou­jours vivant est d’abord le fruit de l’amour.

Alors nous pou­vons, en conclu­sion, faire une relec­ture plus pro­fonde et plus savou­reuse de l’évangile de ce jour et en par­ti­cu­lier des mots « il vit et il crut ».
​On sait l’importance de ce mot ‘voir’ dans l’évangile de Jean. Dès la pre­mière ren­contre avec des dis­ciples, Jésus leur dit : « Venez et voyez ! » et en finale, dans son dis­cours après la Cène : « Qui m’a vu a vu le Père ». Le mot revient 39 fois ! Ce n’est pas le lieu pour entrer dans plus de détails. Je veux seule­ment faire remar­quer que dans ce contexte il faut s’attendre à ce que la remarque : « il vit et il crut » ne soit pas ano­dine.
L’évangéliste (qui parle ici de lui‐même) évoque au contraire ce moment déci­sif pour toute sa vie où il s’est remé­mo­ré ce que Jésus était pour lui. Il a alors sou­dain com­pris ce que les Ecritures disaient de Jésus : au moment où il a vu qu’il n’y avait pré­ci­sé­ment rien à voir, puisque le tom­beau était vide, il a cru.
Il a com­pris que cette absence du corps de Jésus n’était pas un ‘fait divers’, mais qu’elle signi­fiait que Jésus était désor­mais pré­sent d’une autre façon.
Il a com­pris qu’il ne fal­lait « pas le rete­nir », puisqu’il était « allé vers son Père et notre Père », comme il l’avait dit si clai­re­ment dans son dis­cours d’adieu.
Il a com­pris ce qu’il a tenu à nous confier avec tant de force à la fin de son évan­gile et ce qui nous fait vivre aujourd’hui : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

fr. Pierre

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