The Heads and Hands of Two Apostles (detail), c. 1519-20

7è dimanche pascal

Dimanche 13 mai 2018

7è dimanche pas­cal

Pour tout vous dire, je ne sais pas bien quoi dire.
J’ai retour­né le texte dans tous les sens, hier soir et ce matin. Et il m’est dif­fi­cile.

Difficile parce que ce 7° dimanche de Pâques est un dimanche étrange, niché entre ascen­sion et pen­te­côte. C’est un dimanche où – litur­gi­que­ment – il semble qu’il n’y a pas grand chose à voir…

On a fêté jeu­di der­nier le départ de Jésus, son retour vers le Père. Nous avons contem­plé les dis­ciples qui main­te­nant sont seuls. C’est le temps, pour eux, d’une grande pau­vre­té, d’un véri­table dénue­ment. Pour notre Eglise aus­si. Il leur a dit : « je m’en vais et je viens à vous ». Il faut les regar­der, réfu­giés dans le sou­ve­nir et dans l’attente. Assis, entre deux eaux.
Il leur a lais­sé son absence…

Et puis nous n’avons pas encore fêté de don de l’Esprit. Nous n’en sommes encore qu’à chan­ton­ner Veni Creator… en espé­rant être exau­cés… La Pentecôte, c’est pour demain…

Ce 7° dimanche de Pâques, c’est l’heure de la « main vide ». Il n’y a pas grand chose à voir… Pourtant, il faut bien avan­cer. Nous ne sommes pas faits pour faire du sur-place.

Alors quoi faire ?

Il faut seule­ment regar­der Jésus qui avant d’être arrê­té et jugé, s’en remet à la ten­dresse de son Père. L’évangile d’aujourd’hui nous intro­duit dans sa prière grave.

Quoi faire d’autre, sinon le regar­der regar­dant vers le ciel. Entendre l’intimité de sa prière, son amour pour le Père, sa fidèle confiance, sa rela­tion fidèle. Écouter sa prière et ne pas trop la com­men­ter.
Avez vous remar­qué ? Il ne demande rien pour lui. Il demande seule­ment que ses dis­ciples res­tent unis. Cela lui suf­fi­ra. Et il demande au Père, pour eux, la joie.

Au fil des années, au fil des ren­contres, il a veillé sur eux, comme un ami, comme un frère. Comme un ber­ger qui veille sur son trou­peau.
A cette heure là de son his­toire, il les porte devant le Père. Il porte dans le cœur de Dieu tous les visages des hommes et des femmes qu’il a ren­con­trées depuis quelques années.

« Garde les unis dans ton nom, ce nom que tu m’as don­né,
pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Tu sais bien que j’ai veillé sur eux… »

Magnifique prière pro­non­cée au moment même où il sait bien que tout va se ter­mi­ner, qu’il va être arrê­té et sans doute mis à mort…

Quoi faire d’autre sinon ber­cer cette prière en nous…

Dans ce 7° dimanche de Pâques où il n’y a pas grand chose à voir, il faut aus­si rece­voir au creux de notre cœur les paroles lumi­neuses de St Jean et les lais­ser réson­ner en nous.

« Bien-aimés, puisque Dieu nous a tel­le­ment aimés, nous devons, nous aus­si, nous aimer les uns les autres. Dieu, per­sonne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la per­fec­tion. Nous avons recon­nu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. »

Alors quoi, direz vous ?
Entre ascen­sion et pen­te­côte, dans la pré­sence absence de Jésus… être là sim­ple­ment. Gouter notre ren­contre de ce matin. Nous réjouir d’avoir autour de nous quelques amis fidèles. Croire que le Seigneur a ici envie de nous ren­con­trer à tra­vers nos misé­rables appa­rences, à tra­vers nos yeux mal voyants, à tra­vers nos cœurs mal aimants…
Entre ascen­sion et pen­te­côte, comme Jésus lui-même, lever les yeux au ciel et lui confier celles et ceux que nous aimons. Lui deman­der que ses yeux s’éveillent dans les nôtres. Et que son cœur s’ouvre dans notre cœur.
Lui deman­der que notre faible amour s’approfondisse comme un refuge immense et doux, pour tous ces gens dont la vie bat autour de nous. Et le lais­ser nous alour­dir du poids des mul­tiples ren­contres, et du poids de son amour. Lui deman­der avec patience de nous pétrir de lui et de nous peu­pler de nos frères les hommes… Et lui deman­der de nous gar­der unis. Et, s’il lui plait, de nous don­ner sa joie qui manque tant au monde. Et dans quelques ins­tants, nous asseoir à la même table. Rompre le pain. Il se pour­rait peut-être que la Tablée étin­cel­le­ra de sa pré­sence.
Entre ascen­sion et pen­te­côte, quoi donc encore ?
Croire que nous sommes les uns pour les autres, la trace de Jésus, sa signa­ture et sa pré­sence. Croire éga­le­ment que nous sommes don­nés par lui à ce monde qu’il aime, pour y deve­nir la char­nière de chair, la char­nière de grâce, comme l’écrivait Madeleine Delbrêl, qui le force à tour­ner sur lui, à s’orienter mal­gré lui, en pleine nuit , vers le Père de toute vie.
Lui deman­der d’être lié à lui avec toute la force de notre foi obs­cure, d’être lié au monde avec la force de ce cœur qui bat pour lui. Et qu’une qu’une seule chose soit faite avec nous tous.

Entre ascen­sion et pen­te­côte, quoi lui deman­der encore ?
Peut être de nous enra­ci­ner dans le monde, et de nous enfon­cer en lui, pour nous glis­ser, mais avec lui, au même ciel.

Le 7° dimanche de Pâques, entre Ascension et Pentecôte, est un dimanche très mat, très sobre, très silen­cieux. Nous atten­dons le jour qui vient. ET le feu de l’Esprit…

Alors oui, Viens nous visi­ter,
Viens nous éclai­rer
Et viens rem­plir nos cœurs de grâce et de lumière,
Toi qui crée jour après jour toute chose avec amour.

Sois pour nous l’a­mour, le feu, la source vive,
Inspires nos lèvres pour te chan­ter.
Mets en nous ta clar­té, embrase-nous,
Répands en nous l’a­mour du Père.
Viens for­ti­fier nos corps, nos cœurs et nos esprits dans leur fai­blesse,
Et donne ‑nous ta joie.

Hâte-toi de nous don­ner la paix,
Viens en nos cœurs, et qu’à jamais, nous mar­chions en ta pré­sence.
Nous t’en prions

Père Raphaël Buyse

Image d’en-tête : Raphaël (Raffaello Sanzio da Urbino, 1483–1520), Têtes et mains de deux apôtres  (detail d’une étude), vers 1519–20

Voir la prière uni­ver­selle de ce jour ici

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