Homélie de Pentecôte 2018

La Pentecôte nous offre un sen­ti­ment de plé­ni­tude, d’aboutissement dans l’amour que notre Père des cieux nous trans­met. Progressivement, nous entrons dans l’Incarnation de Jésus qui est venu par­ta­ger notre vie, la tra­ver­sant par ses actes et sa parole jusqu’à la Passion et la mort sur la Croix. Sa Résurrection et son Ascension nous ouvrent une Lumière sur l’avenir de nos vies et la Pentecôte réa­lise plei­ne­ment ce don divin.

Comment cette étape mys­té­rieuse peut-elle bou­le­ver­ser notre vie, la trans­for­mer inté­rieu­re­ment, trans­for­mer nos rela­tions d’une façon nou­velle ? Hier soir, durant nos Vigiles, nous avons béni l’eau qui rap­pelle notre bap­tême. Cyrille de Jérusalem écri­vait sim­ple­ment à ce pro­pos : « L’eau donne la vie à tous les corps d’une façon unique. C’est une source qui trans­forme toute chose. Elle devient blanche dans le lys, rouge dans la rose, elle est tout autre dans le pal­mier, autre dans la vigne et toute en tous ». Il en va de même dans le Corps du Christ que nous for­mons et dans nos rela­tions. A tra­vers nous, il vient sau­ver, gué­rir, ensei­gner, conseiller, par­don­ner, aimer.

Cet Esprit qui souffle dans nos vies, enri­chit notre connais­sance, fait de nous des enfants d’un Dieu per­son­nel et vivant. « Le Père et moi, nous sommes Un, nous dit Jésus, qui m’a vu a vu le Père ». Et Il répond à Nicodème qui s’interroge sur une nou­velle nais­sance de l’être humain : « L’Esprit souffle où Il veut. Tu ne sais ni d’où Il vient ni où Il va ». Ces mots sont tou­jours actuels et nous pou­vons nous inter­ro­ger : Comment l’Esprit Saint agit-il de nos jours, en moi, en nous, dans l’Eglise et la socié­té ?

Il nous invite d’abord à lâcher prise, à lais­ser Dieu être Dieu dans nos vies. Il est le Maître de l’Histoire. Il parle dans le silence et le recueille­ment. S’approcher de Lui, c’est s’approcher dou­ce­ment, ouvrir nos cœurs à sa parole, comme on peut s’approcher d’un oiseau posé sur une branche.

Dans son tes­ta­ment spi­ri­tuel, Abba Antoine écrit ses mots si sou­vent répé­tés et repris par Enzo Bianchi : « Cet Esprit de feu que j’ai reçu, recevez-le, vous aus­si. Et si vous vou­lez le rece­voir pour qu’il habite en vous, présentez-lui la dis­ci­pline du corps et l’humilité du cœur, et avec vos pen­sées, jour et nuit, occupez-vous de Dieu. Demandez avec un cœur pur cet Esprit de feu et Il vous sera don­né ». Antoine enseigne avec insis­tance à ses dis­ciples à acqué­rir l’Esprit Saint parce qu’il consi­dère que c’est là l’essentiel de la vie monas­tique. Acquérir l’Esprit-Saint signi­fie accueillir la grâce qui nous est offerte sur­tout par la prière. Et Antoine de pour­suivre : « Ne doutez-pas dans votre cœur, n’ayez pas le cœur divi­sé et ne dites pas : qui pour­ra le rece­voir ? Non, ne permettez-pas que ces pen­sées enva­hissent notre cœur, mais plu­tôt deman­dons avec un cœur pur et nous obtien­drons l’Esprit-Saint ».

Mes sœurs, mes frères, cette acqui­si­tion est un don, une grâce coû­teuse. Qu’il me soit fait selon ta Parole, disait la Vierge Marie. Celui qui se laisse habi­ter par ce feu divin devient lui-même source de com­pas­sion, d’amour, d’espérance dyna­mique.

Donne ton sang et reçois l’Esprit est une devise monas­tique qui résume cette trans­mis­sion de vie spi­ri­tuelle qui passe par nos fra­gi­li­tés. Notre fra­gi­li­té, cet autre mys­tère de nous-même, est-elle un signe de mort ou au contraire une porte ouverte sur l’Autre, le Christ Ressuscité ?

La Résurrection n’a pas enle­vé les traces de ses bles­sures. Elles res­tent ouvertes et dans le Souffle qui nous habite nos propres fra­gi­li­tés deviennent un pas­sage nous per­met­tant d’entrer dans le royaume de Dieu, dans sa misé­ri­corde. Il y a des lieux de sain­te­té où la pré­sence de l’Esprit est mani­feste. Elle l’est d’une manière spé­ciale auprès des malades. La tra­di­tion juive nous rap­pelle que lorsque nous entrons dans la chambre d’un malade, la Shekinah, l’Esprit de Dieu est là et y repose. Nous ne sommes plus deux, mais trois. L’Eternel est au-dessus de son lit de dou­leur et sou­tient le malade. L’Esprit de Dieu couvre cha­cun de nous, nos familles, nos com­mu­nau­tés, l’Eglise, nos socié­tés.

Qu’en ce jour de fête, nous soyons les uns pour les autres, ce sou­tien qui vient d’ailleurs et souffle là où il veut. Qu’il nous donne de par­don­ner et d’aimer en Celui qui dans l’eucharistie de ce jour nous ouvre le Royaume de son Père.

Fr. Martin

Image d'en tête : Baptême du Christ, Évangéliaire 
arménien

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