Pierre Puvis de Chavannes,

Trinité

Homélie du dimanche 27 mai 2018

Trinité

(Année B)

Dans les ver­sets du Deutéronome que nous avons enten­dus, Moïse veut rani­mer et for­ti­fier la confiance du peuple en son Dieu : « Cherche d’un bout du monde à l’autre, tu ne trou­ve­ras pas un peuple à qui il est arri­vé quelque chose d’aussi grand que tout ce que Dieu a fait pour toi !» Et il en donne la leçon : « Sache donc aujourd’hui et médite cela dans ton coeur : le Seigneur est Dieu là‐haut dans le ciel comme ici‐bas sur la terre.»

Nous ne pou­vons certes pas nous appli­quer stric­te­ment ces paroles : il y a bien d’autres com­mu­nau­tés qui ont eu et qui ont encore d’aussi belles et d’aussi fortes expé­riences que la nôtre. Mais nous avons la joyeuse liber­té d’être fiers de notre his­toire et d’aimer notre pré­sent.
Il faut le dire à ceux qui sont ten­tés de dis­til­ler la sinis­trose, ceux qui ne savent regar­der l’avenir qu’avec inquié­tude et qui vou­draient nous en gâcher le pré­sent.

Oui, notre his­toire est belle, nous avons por­té de beaux fruits, et nous n’avons pas seule­ment l’espérance mais l’assurance d’en por­ter encore. Les vieux pom­miers ne donnent pas de vieilles pommes.

Depuis des années, on nous rabâche la même pré­oc­cu­pa­tion : que sera Clerlande dans l’avenir ? Il m’est reve­nu que cer­tains viennent encore d’enfoncer le coin. Ne voyez‐vous pas que l’avenir sera le fruit de notre aujourd’hui ? Et aujourd’hui nous assu­mons tous ensemble nos enga­ge­ments avec une belle déter­mi­na­tion.

Nous savons que nous pou­vons comp­ter les uns sur les autres. Nous devons certes faire preuve d’une sage pré­voyance, mais pas trop. Il faut aus­si lais­ser à l’avenir ses chances, car il n’a pas que des menaces, il a ses pro­messes.

Nous lisions le pro­phète Joël à Pentecôte : « Vos anciens feront des songes et vos jeunes gens auront des visions ». Que les plus jeunes nous enchantent donc par leurs visions de l’avenir, qu’ils soient vision­naires, et que les anciens songent à tout ce que Dieu a fait pour nous et qu’ils nous en délivrent l’assurance qu’il fera encore mieux.

Que nous dit Jésus aujourd’hui ? « Allez ! Je suis avec vous tous les jours.»

Nous célé­brons aujourd’hui la Sainte Trinité. Cette appel­la­tion de Dieu n’est pas très poé­tique, ni les tri­angles qu’on en a des­si­nés. Nous sommes mono­théistes.
« Le Seigneur est Dieu, dit le Deutéronome, là‐haut dans le ciel comme ici‐bas sur la terre ». Mais Jésus nous a décou­vert le mer­veilleux mys­tère de Dieu : il n’est pas une monade, ni un Narcisse s’épuisant à se contem­pler lui‐même. Il est un foyer de com­mu­nion entre le Père qui est la source de toute vie, son Fils bien‐aimé qui naît de lui, et l’Esprit qu’ils pro­fèrent de l’un à l’autre. Et même cette com­mu­nion qui est l’être de Dieu ne l’épuise pas encore : il en appelle d’autres à l’existence, il se retire pour les lais­ser être. L’infini fait naître la mul­ti­tude.

La finale de l’évangile de Mathieu est sur­pre­nante : Jésus res­sus­ci­té appa­raît aux dis­ciples en Galilée, ceux‐ci se pros­ternent devant lui, mais cer­tains ont des doutes. Or c’est eux tous, même ceux qui doutent, que Jésus envoie à toutes les nations. Cela ne signi­fie pas qu’il dis­sipe leurs doutes, mais même avec leurs doutes il les envoie. Et à leurs doutes il oppose sa force de res­sus­ci­té : « Tout pou­voir m’a été don­né au ciel et sur la terre. Allez donc !»
Ils sont bien pré­cieux pour nous ces doutes des dis­ciples en pré­sence même de Jésus vivant. Ils nous rejoignent quand nous sommes dubi­ta­tifs, hési­tants, pusil­la­nimes, quand nous dou­tons de nous‐mêmes, de nos capa­ci­tés, alors même que l’évangile nous est confié pour être annon­cé au monde. « Allez donc avec vos doutes, mon pou­voir sera plus fort, et mon mes­sage pas­se­ra à tra­vers vous. »

Il faut nous rap­pe­ler sans cesse que ce n’est pas nous qui sommes en jeu, ce n’est pas Clerlande, c’est l’évangile du Christ Jésus.

Nos pays d’Europe sont par­se­més de ruines de splen­dides abbayes que nous entre­te­nons avec pié­té. Que nous disent les ruines ? Que nos aînés ont fait rayon­ner l’évangile en leur temps. Leurs œuvres ont certes été pas­sa­gères même avec toute leur gloire, mais le grand fleuve de l’Église pour­suit son cours avec ses méandres, ses cas­cades et ses sinuo­si­tés.

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Comme il nous faut voir large et regar­der loin ! Les orages ne man­que­ront pas, ni les crises, ni les déboires. Mais sache‐le et médite‐le dans ton coeur : le Seigneur est Dieu là‐haut dans le ciel comme ici‐bas sur la terre. Dieu seul suf­fit à nos dési­rs, et il les comble.

Il nous arrive assez sou­vent de dire que les moines cherchent Dieu, ce qui fai­sait dire à un enfant : « Depuis le temps que vous le cher­chez, l’avez-vous trou­vé ?»
Oui, nous le trou­vons chaque jour dans sa Parole, et aus­si dans le monde quand nous savons le déchif­frer. Disons donc que les moines, et tous les dis­ciples avec eux, trouvent constam­ment Dieu par­tout car son amour pal­pite au coeur du monde.

Le Dieu trois fois saint qui est une com­mu­nion brû­lante entre le Père, le Fils et l’Esprit, Dieu est là pour nous, à nous, offert à notre ado­ra­tion. Paul l’écrivait aux Romains : « Poussés par l’Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant Abba !» Libérons ce cri de la prière qui exprime l’audace et la liber­té des enfants de Dieu.

fr. Bernard

Image d'en-tête : Le rêve, Pierre Puvis de Chavannes,

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Une réflexion sur « Trinité »

  1. Cher Bernard
    “la joyeuse liber­té d’être fiers de notre his­toire et d’aimer notre pré­sent”
    Je par­tage la manière posi­tive dont tu envi­sages l’avenir et j’ai envie d’y ajou­ter quelques lignes d’un poëte turc empri­son­né :
    “La plus belle des mers est celle où l’on n’est pas encore allé.
    Le plus beau des enfants n’a pas encore gran­di.
    Les plus beaux de nos jours, on ne les a pas encore vécus.
    Et ce que moi je vou­drais te dire de plus beau,
    Je ne l’ai pas encore dit.”
    (Nazim Hikmet)
    je reste en com­mu­nion avec vous tous même s’il m’est plus dif­fi­cile d’arriver jusque Clerlande et je pense sou­vent à toi. Je te sou­haite un bel été
    Hélène

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