Nativité de Jean‐Baptiste

Jean est l’enfant tar­dif d’un vieux couple sté­rile. Zacharie et Elisabeth étaient tous deux de familles sacer­do­tales. Ils étaient « justes et irré­pro­chables » dit Luc, mais cette jus­tice était sté­rile. Zacharie avait dû beau­coup prier pour avoir un enfant car l’Ange Gabriel lui a dit : « Ta prière a été exau­cée ». Zacharie était au Temple, dans le sanc­tuaire où seuls les prêtres peuvent entrer quand ils sont dési­gnés par le sort pour aller faire brû­ler l’encens. Il était seul tan­dis que la foule se tenait dehors en prière. « Alors lui appa­rut l’Ange Gabriel, debout à droite de l’autel de l’encens ». L’Ange lui annonce la nais­sance d’un fils, mais Zacharie ne peut y croire : « Je suis un vieillard, dit‐il, et ma femme est sté­rile ». Son scep­ti­cisme est puni : il devient muet. Il en a le souffle cou­pé. C’est en écri­vant sur une tablette le nom de ce fils : Jean, que la parole lui sera ren­due, et alors le muet chan­te­ra le beau can­tique juif que nous chan­tons chaque matin. Je dis : le can­tique juif, car il n’y est ques­tion que du peuple d’Israël.

Quelle belle his­toire pour nos vieilles com­mu­nau­tés qui semblent sté­riles. Nous sommes ici au sanc­tuaire, et chaque dimanche soir nous offrons l’encens. Nous ne sommes pas tou­jours irré­pro­chables, mais nous per­sé­vé­rons dans notre marche. Il n’y a pas d’ange visible à droite de l’autel, mais nous savons par l’Apocalypse qu’un Ange est affec­té à chaque église, et notre Ange a aus­si un mes­sage à nous cou­per le souffle : il ne nous annonce pas un pro­phète qui nous arri­ve­rait d’ailleurs, mais que notre com­mu­nau­té est appe­lée à être déli­vrée du mutisme et à être vrai­ment pro­phé­tique. Et c’est une nati­vi­té. Allons‐nous consen­tir à une nou­velle nais­sance de la pro­phé­tie chez nous ? Trouver les mots qui diront l’évangile dans ce temps, à nou­veaux frais. C’est un énorme défi car nous par­lons le lan­gage de la tri­bu qui n’est plus audible. Quand nous par­lons de salut, de sau­ver, ces mots sont bien tou­jours fami­liers : nous enten­dons sou­vent deman­der : qui va sau­ver l’Europe ? Qui va sau­ver l’Afrique de ses tur­bu­lences ? Et même : com­ment sau­ver le dol­lar face au yen ?

Mais nous, nous par­lons de rien de moins que de sau­ver le monde. Nous n’en avons pas la folle pré­ten­tion, mais nous indi­quons qui peut le sau­ver, comme Jean‐Baptiste a l’index poin­té vers l’Envoyé de Dieu. Sauver de quoi ? De l’engrenage infer­nal de la vio­lence meur­trière, de toutes les oppres­sions qui asser­vissent tant de peuples. Et sau­ver com­ment ? En aimant jusqu’à nos enne­mis, comme le demande Jésus : « Aimez vos enne­mis, priez pour ceux qui vous per­sé­cutent ! ». Ceux qui nous menacent nous font peur, nous ne les aimons pas du tout, nous les détes­tons. Et nous avons sou­vent bien du mal à aimer les plus proches, à les hono­rer, à res­pec­ter leurs opi­nions et leurs sen­ti­ments. Saint Benoit nous demande d’honorer tous les hommes, et donc de culti­ver la bien­veillance, qui devien­dra une indul­gence quand la bêtise est évi­dente. On dit par­fois que la bêtise humaine n’a pas de limite, mais la géné­ro­si­té humaine en a encore moins.

La pré­di­ca­tion de Jean‐Baptiste était rude. A ceux qui venaient se faire bap­ti­ser par lui, il disait : « Engeance de vipères, qui vous a sug­gé­ré de vous sous­traire à la Colère pro­chaine ? » Quel pré­di­ca­teur ose­rait par­ler de la sorte aujourd’hui ? Mais dans le même temps Jean appe­lait à des com­por­te­ments à la por­tée de cha­cun : par­ta­ger les vête­ments, modé­rer les exi­gences, se conten­ter de la solde, ne moles­ter per­sonne. Le jeune pro­phète au désert, habillé de peaux de bête et man­geur de sau­te­relles, atti­rait les foules venant confes­ser leurs péchés et se faire bap­ti­ser dans les eaux du Jourdain. Jésus a dit que Jean était plus qu’un pro­phète, le plus grand par­mi les enfants des femmes.

Jean a ouvert l’Évangile avant Jésus, et il faut encore pas­ser par lui pour être évan­gé­li­sés. Passer par lui, c’est confes­ser nos péchés à notre tour, et donc dire ce que nous n’aimons guère recon­naitre : j’ai eu tort, je me suis trom­pé, j’ai failli.

Confesser les péchés de nos peuples dans leurs fer­me­tures et leurs rejets. Bâtir des ponts plu­tôt que des murs, comme dit le Pape François. Être renou­ve­lés dans notre bap­tême. Car le bap­tême n’est pas un acte loin­tain de notre petite enfance. Il se déploie dans nos vies. Jean vient aujourd’hui nous replon­ger dans les eaux bap­tis­males. Alors, comme pour Jésus, l’Esprit vient pla­ner sur nos têtes, nous cou­ver pour faire éclore l’Évangile et nous lan­cer comme des pro­phètes char­gés de dire au monde que Dieu veut pour lui un bon­heur.

fr Bernard.

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