Homélie du dimanche 22 juillet

Après leur pre­mière mis­sion, les Apôtres se réunissent donc autour de Jésus qui les avait envoyés : ils font un « debrie­fing » : après avoir tra­vaillé ensemble, ils par­tagent et réflé­chissent avec leur maître. Pour cela Jésus les invite à se repo­ser, d’autant plus qu’ils sont har­ce­lés par la foule des arri­vants et des par­tants et que dans cet imbro­glio, ils n’ont même plus le temps de man­ger. Voilà, le cours nor­mal des choses est rom­pu.

Tout l’art du nar­ra­teur consiste pré­ci­sé­ment à faire inter­ve­nir l’événement per­tur­ba­teur qui va déclen­cher la ou les réac­tions sur laquelle ou les­quelles il fau­dra se pen­cher, Ainsi en va‐t‐il aus­si de notre quo­ti­dien : les choses ne se déroulent pas tou­jours exac­te­ment de la même manière chaque jour comme nous le vou­drions. Il y a cet impré­vu impré­vi­sible qui vient me déran­ger. Plusieurs réac­tions sont pos­sibles : il me dérange trop, je me fâche et je le ren­voie chez lui : tu ne connais pas mes habi­tudes : à cette heure‐ci je fais ça et rien d’autre ; ou bien encore : celui‐là, si je le vois arri­ver, je vais me cacher dans ma chambre, il y aura bien quelqu’un d’autre pour s’occuper de lui, moi je veux avoir la paix. (cou­loir sou­ter­rain)

La foule dérange donc le groupe de Jésus et des Apôtres fati­gués de leur mis­sion et en quête d’un par­tage de leur vécu. Quelle est la réac­tion du Bon ber­ger qu’est Jésus dans cette situa­tion de crise ? Marc l’évangéliste nous en donne deux. Elles vont s’espacer dans le temps et aus­si dans l’espace. La pre­mière est une esquive : s’enfuir, par­tir à l’écart dans un endroit désert pour s’y repo­ser. « Ils par­tirent donc dans la barque, raconte saint Marc, pour un endroit désert ». On peut sup­po­ser que « la barque » fut le lieu où les Apôtres purent effec­ti­ve­ment par­ta­ger ensemble avec Jésus « ce qu’ils ont fait et ensei­gné » au cours de leur envoi en mis­sion. On peut encore sup­po­ser que ce par­tage dans la barque fut pour eux un véri­table temps de repos. Arrivés en effet à des­ti­na­tion, ils furent rat­tra­pés par la foule, cette foule qui les a lit­té­ra­le­ment court‐circuités. « En débar­quant, Jésus vit une grande foule ; il en eut pitié car ils étaient comme des bre­bis sans ber­ger et il se mit à les ins­truire lon­gue­ment ».
C’est la deuxième réac­tion de Jésus à cette impor­tu­ni­té de la foule venue bri­ser le cours nor­mal des choses. La pre­mière était une esquive pour besoin interne : il fal­lait écou­ter et ins­truire les Apôtres reve­nus de mis­sion ; il fal­lait éga­le­ment leur accor­der un peu de repos bien méri­té. La deuxième est tout le contraire d’une esquive, c’est l’attaque fron­tale de la foule. Après un court répit et avec les Apôtres comme témoins, Jésus se lance dans un tra­vail pas­to­ral haras­sant et même périlleux puisque cette même foule va vou­loir le faire roi lorsque Jésus va opé­rer à son avan­tage le miracle de la mul­ti­pli­ca­tion des pains.

Demandons‐nous un ins­tant en quoi cet évan­gile peut tou­cher nos cœurs dans la situa­tion qui est la nôtre aujourd’hui, en dehors de ce temps de repos que Jésus cherche déses­pé­ré­ment à don­ner à ses dis­ciples et qui coïn­cide assez bien avec le temps de vacances. Est‐ce que nous voyons autour de nous des bre­bis sans ber­ger qui méritent de rece­voir un ensei­gne­ment ? Moi je dirais ceci : cer­tai­ne­ment oui, mais deux obs­tacles m’empêchent d’agir comme Jésus : d’abord ces bre­bis ne sont pas prêtes à rece­voir un ensei­gne­ment, ces bre­bis ne courent pas pour rece­voir de Jésus Christ une nour­ri­ture qui les ras­sa­sie­rait ; et puis deuxiè­me­ment les outils pour accom­plir cette tâche me font défaut : le lan­gage que nos contem­po­rains ont réel­le­ment besoin pour se conver­tir à la parole de Dieu est en chan­tier : une énorme réflexion en Église est néces­saire pour affi­ner ce lan­gage. Et qui sont les per­sonnes les plus habi­li­tées à faire cette réflexion, cela encore méri­te­rait une longue réflexion. Je ne suis pas sûr que les aca­dé­mies et les uni­ver­si­tés soient les meilleurs endroits pour mener cette tâche à bon escient.

Pour conclure cette homé­lie, je vous par­tage mon sen­ti­ment : je suis frap­pé par la cohé­rence de cet évan­gile qui dans les moindres détails nous invite à coopé­rer à l’œuvre de salut que le Christ a ébau­ché au cours de son minis­tère sur cette terre. Jésus le bon Berger ne ménage aucun effort pour que la Bonne Nouvelle de Dieu soit annon­cée par lui et par les apôtres Ces Apôtres qu’il a pris soin de for­mer avec la plus grande patience et en tenant compte de tous les évé­ne­ments. Relisons quelques ver­sets que nous avons enten­dus du pro­phète Jérémie : « je ras­sem­ble­rai moi‐même le reste de mes bre­bis de tous les pays où je les ai dis­per­sés. Je les ramè­ne­rai dans leurs pâtu­rages, elles seront fécondes et se mul­ti­plie­ront. Je leur don­ne­rai des pas­teurs qui les condui­ront ; elles ne seront plus apeu­rées et acca­blées et aucune ne sera per­due » (Jr 33,3–4).

fr. Yves

Peinture en en‐tête : Jean val­lon, Vous y étiez, 2011

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