Le Pain” Dimanche 29 juillet 2018

C’est dérou­tant parce que c’est inouï. J’ai par­lé ici le jeu­di saint de la magie du repas et du génie de Dieu.
Mais dans l’évangile de Jean, dont nous lirons le cha­pitre 6 pen­dant quelques dimanches, le long dis­cours de Jésus où il affirme être lui-même le pain vivant qui vivi­fie fait suite au récit de la mul­ti­pli­ca­tion des pains que nous lisons aujourd’hui. Jean pré­cise que c’est un peu avant la Pâque qui est la grande fête des juifs. Il faut donc lire ce texte dans la lumière de Pâques.

Église de la Multiplication, Tabgha

Jésus est mon­té sur la mon­tagne, dit Jean, sans pré­ci­ser laquelle. Mais à Tabgha, au lieu pré­su­mé de la mul­ti­pli­ca­tion des pains, on ne voit que d’humbles col­lines. En gra­vis­sant l’une d’elles, Jésus l’élève donc au rang de mon­tagne. Et de là, il voit la foule qui l’a sui­vi et il se pré­oc­cupe de la nour­rir. Dans les Synoptiques, les dis­ciples ont d’abord invi­té Jésus à ren­voyer la foule pour que les gens aillent s’acheter à man­ger. Chez Jean, c’est Jésus lui-même qui vou­drait ache­ter du pain et qui demande à Philippe où en trou­ver. On est alors dans une optique mer­can­tile : Philippe a tout de suite cal­cu­lé qu’il y fau­drait plus que le salaire de deux cents jour­nées de tra­vail. André, qui n’est jamais loin de Philippe, a repé­ré un jeune ven­deur qui pro­fite de l’aubaine de la foule pour cher­cher à écou­ler son petit stock : cinq pains et deux pois­sons. Le texte ne dit pas si Jésus les lui a ache­tés. Mais l’évangéliste invite le lec­teur à y déce­ler une annonce eucha­ris­tique : Jésus prend les pains, rend grâce et les dis­tri­bue. Le texte pré­cise aus­si que tous mangent à leur faim, et Jésus recom­mande de ramas­ser soi­gneu­se­ment les mor­ceaux qui res­tent ; cela fait douze paniers, autant que le nombre des apôtres, et ces paniers res­tent là, comme des signes de l’eucharistie dans la suite des temps. On est donc pas­sé de la visée mer­can­tile à une sur­abon­dance d’un par­tage où tous peuvent man­ger à leur faim. Jésus pour­ra dire alors qu’il est lui-même le pain, et il ne faut pas le com­prendre d’abord de l’eucharistie, mais bien de ce que Jésus veut être pour nous : dans notre union intime avec lui, il nous nour­rit et nous fait vivre. Nous en fai­sons l’expérience brû­lante dans notre lec­ture quo­ti­dienne de l’évangile. Nous man­geons lit­té­ra­le­ment l’évangile comme le pain de vie.

A nous maintenant de repérer les petites gens avec leurs faibles ressources dont Jésus veut avoir besoin pour nous dire son évangile

M

ais n’oublions pas le jeune ven­deur de pains et de pois­sons. Jésus a dépen­du de lui, et ce n’est pas pour rien que ce jeune gar­çon est res­té dans l’évangile. « Il y a là une jeune gar­çon » a dit André. Ce jeune gar­çon a pu être ébloui par ce que Jésus a fait de ses cinq pains et de ses deux pois­sons, mais c’est lui qui l’a per­mis. Et c’est André qui l’avait repé­ré ? A nous main­te­nant de repé­rer les petites gens avec leurs faibles res­sources dont Jésus veut avoir besoin pour nous dire son évan­gile. Les pauvres nous évan­gé­lisent, et il faut se lais­ser évan­gé­li­ser par eux avant de pou­voir nous-mêmes dire l’évangile par nos vies. « Il y a là… mais qu’est-ce que cela ? » Nous pou­vons bien redire ces paroles en regar­dant notre com­mu­nau­té, notre assem­blée : Il y a là bien peu de gens pour dire l’évangile au monde, et ils ont encore moins de capa­ci­té pour le faire. Mais Jésus veut s’en ser­vir pour mul­ti­plier la vie. Et nous ne lui suf­fi­sons pas : il nous demande encore de regar­der autour de nous : le monde est rem­pli d’humbles mes­sa­gers qui le font scin­tiller. Et si nous repre­nons le signe du pain, la table du monde est gar­nie de bons pains que Jésus mul­ti­plie tou­jours pour nous don­ner à vivre.

Magie du pain, et génie de Dieu qui le prend pour le dis­tri­buer. Merveille de l’eucharistie où Jésus se fait encore pain pour nous nour­rir de lui : « Prenez et man­gez ». Ce pain-là sera tou­jours sur notre table.

fr. Bernard

Image d’en tête : pein­ture de Picasso, nature morte avec cruche et pain, 1921


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Une réflexion sur « Le Pain” Dimanche 29 juillet 2018 »

  1. Merveilleuse homé­lie
    Elle m’invite à redon­ner ou retrou­ver la richesse du sens de mes gestes quo­ti­diens ;
    Quelle belle huma­ni­té dont Jésus nous a témoi­gné en solen­ni­sant l’activité pri­maire de tout être qui veut vivre !
    Jésus nous dit que se nour­rir est une acti­vi­té de par­tage, sociale et donc fra­ter­nelle et non indi­vi­duelle !
    Rompre le pain ! Se nour­rir d’un pain qui est d’abord bri­sé, rom­pu . . . Se nour­rir c’est un acte de vie mais aus­si de souf­france, de mort : à réflé­chir . . .

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