Qu’est-ce qui nous étonne ?

Homélie du 14è dimanche T.O (B)
8 juillet 2018

Qu’est-ce qui nous étonne ?
(Mc 6, 1–6)

« Il est venu parmi les siens, et les siens ne l’ont pas reçu »

L’évan­gile d’aujourd’hui raconte un épi­sode anec­do­tique : contrai­re­ment aux autres textes évan­gé­liques, il n’y a pas de miracles mer­veilleux que nous pour­rions admi­rer, ni d’enseignement nou­veau et frap­pant que nous devrions médi­ter et mettre en œuvre, — du moins à pre­mière vue. Pourquoi alors les évan­giles Mathieu, Marc et Luc l’ont-ils rete­nu ?

C’est qu’en réa­li­té, en le médi­tant plus inten­sé­ment, on découvre, non pas un ensei­gne­ment par­ti­cu­lier, mais l’évocation d’un aspect impor­tant de la vie de Jésus par­mi nous. L’évangéliste Jean l’exprime en quelques mots : « Il est venu par­mi les siens, et les siens ne l’ont pas reçu ».

Pour­quoi ? Pourquoi ne l’ont-ils pas reçu ? C’est ce ‘pour­quoi’ que nous devons regar­der de plus près. Et aus­si pour­quoi, en cer­tains cas, le Christ est, au contraire, bien reçu et nous intro­duit ain­si dans une com­mu­nion nou­velle avec le Père, au point « d’être appe­lés enfants de Dieu ».

De fait, ce récit de la façon dont Jésus est reçu à Nazareth n’est pas iso­lé. Tout au long des évan­giles, en Galilée ou à Jérusalem, nous voyons que Jésus est plus ou moins bien reçu et que par­tout il étonne les foules. Il est ques­tion 42 fois de cet éton­ne­ment ! Et ici aus­si, dès le début de l’évangile : « les audi­teurs étaient frap­pés d’étonnement ». La venue de Jésus étonne et pose ques­tion : il impres­sionne mais il laisse les gens per­plexes devant sa façon de faire ; par­fois il fait peur, et on se demande d’où lui vient sa science, sa puis­sance. Il ne laisse en tout cas jamais indif­fé­rent et il demande tou­jours de prendre par­ti pour ou contre. Or les réponses aux ques­tions qu’il pose sont très diverses. En cer­tains cas, c’est l’admiration et l’action de grâce, en d’autres, c’est le rejet, le scan­dale.

Pourquoi ces dif­fé­rences ? Qu’est-ce qui fait pas­ser du simple éton­ne­ment à des réac­tions aus­si oppo­sées ? Le plus sou­vent, heu­reu­se­ment la réac­tion est posi­tive. J’ai repé­ré que 48 fois les gens expriment leur action de grâce à Dieu pour la pré­sence de Jésus. 45 fois ils se pros­ternent même pour l’adorer.

Mais en d’autres cas, comme dans l’évangile d’aujourd’hui, les choses tournent mal, et ce qui, au début, n’était qu’étonnement devient scep­ti­cisme (« il n’est que le char­pen­tier du vil­lage ! »), puis mal­veillance, mépris, rejet, et même scan­dale : il est ques­tion 38 fois de scan­dale dans les évan­giles !

Quel est en par­ti­cu­lier le poi­son qui fait réagir aus­si néga­ti­ve­ment. Je crois que c’est d’abord le dépit et la jalou­sie, comme à Nazareth : les gens se demandent : pour­quoi Jésus, et pas son frère Jacques ou José ou Simon, ou une de ses sœurs, — ou moi ? Mais, plus fon­da­men­ta­le­ment, je crois que ce qui motive le rejet est la peur devant l’insolite et le risque devoir chan­ger, de devoir se conver­tir à ces « paroles de grâce », comme l’évangéliste Luc les relate dans son récit de la même scène. La conver­sion que Jésus demande est trop neuve, elle demande un trop grand chan­ge­ment de men­ta­li­té. Elle demande en par­ti­cu­lier un accueil trop large. Elle demande la foi au Père des Cieux qui aime tous ses enfants.

Si donc les évan­gé­listes ont tous évo­qué cet aspect de la vie de Jésus, c’est parce que cela nous concerne aus­si direc­te­ment. Aujourd’hui encore nous nous deman­dons com­ment bien accueillir le Seigneur en nos frères et sœurs. Jésus parle sou­vent de la façon dont nous devons accueillir tout ce qui nous advient, et d’abord com­ment vrai­ment voir et entendre les cir­cons­tances et les per­sonnes. C’est parce que lui‐même voit tout si clai­re­ment, non seule­ment la nature et la vie quo­ti­dienne où tout est para­bole, mais sur­tout le cœur des humains : il voit Zachée sur son syco­more, il voit dans la foule du Temple la veuve qui met deux pié­cettes dans le tronc, il voit l’attente de la Samaritaine, il voit la foule qui est là comme un trou­peau sans ber­ger, et il est sai­si de com­pas­sion. On pour­rait conti­nuer cette énu­mé­ra­tion… C’est pour­quoi il nous demande de veiller à notre façon de regar­der, à ce que notre œil soit sain, parce que « la lampe du corps, c’est l’œil. » et il ajoute : « Vois donc si la lumière qui est en toi n’est pas ténèbres ! »

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