Qu’est-ce qui nous étonne ?

Car il remarque que sou­vent les gens « ont des yeux, mais ne voient pas ». « Hypocrites ! Vous savez inter­pré­ter les signes du temps, mais vous ne voyez pas le temps pré­sent ! » Parfois aus­si il doit consta­ter que le regard est por­té par un dépit mal­veillant, comme chez l’ouvrier de la pre­mière heure qui inter­pelle le patron parce qu‘il avait embau­ché à toutes les heures ses ouvriers au même salaire, et qui doit entendre : « Ton œil est‐il mau­vais parce que je suis bon ? »
En médi­tant sur cet épi­sode de la visite de Jésus à Nazareth nous pou­vons donc réflé­chir sur notre façon de voir, et plus par­ti­cu­liè­re­ment sur nos façons de nous éton­ner.

L’éton­ne­ment des Nazaréens ne leur a ser­vi à rien. Ils n’ont pas su voir le don de Dieu en la per­sonne de Jésus, ils n’ont rien appris. Ils ont vite fait de chas­ser celui qui trou­blait leur vie reli­gieuse pai­sible.
Par contre l’étonnement de Jésus nous inter­pelle. Nous avons en effet enten­du com­ment, à la fin de cette visite dans sa patrie « il s’étonna de leur manque de foi ». Les habi­tants de Nazareth étaient cer­tai­ne­ment des croyants fidèles, nour­ris chaque sab­bat de l’enseignement de la reli­gion. Mais Jésus ne parle pas ici du conte­nu de leur foi. Le manque de foi qu’il leur reproche est leur inca­pa­ci­té d’accueillir la grâce qui passe. Leur éton­ne­ment est sté­rile, il n’est qu’une agi­ta­tion mal­ve­nue, vite cal­mée. Or la foi est d’abord une capa­ci­té de nous éton­ner posi­ti­ve­ment, un éton­ne­ment qui pousse à l’admiration et à l’action.

Aussi Jésus nous demande d’abord de pou­voir vrai­ment nous éton­ner. Tant de choses nous sol­li­citent aujourd’hui. Nous avons vu tant de choses éton­nantes dans notre vie, — et même les plus jeunes ont déjà voya­gé par­tout ! Nous ne nous éton­nons plus de rien. Or la foi que Jésus attend de nous est pré­ci­sé­ment cette forme d’accueil qu’il pra­tique lui‐même : accueil de tout ce qui nous est don­né, à com­men­cer par ce qui est impré­vu, éton­nant, inso­lite, neuf, étran­ger. Cela sup­pose une capa­ci­té de tou­jours nous lais­ser sur­prendre. Cela sup­pose un regard neuf, un « œil sain », comme dit Jésus. Un regard posi­tif qui non seule­ment ne juge pas tout depuis son point de vue, et reste curieux, mais qui est aus­si capable de dis­cer­ner chez ceux que nous ren­con­trons les germes de vie, par­fois cachés sous des appa­rences banales, ce qu’il y a en eux de plus vrai, de plus natif. Oui, l’Évangile nous apprend à avoir sur nos frères et sœurs un regard d’espérance qui invite à déve­lop­per ces germes de vie et d’amour.
En posant autour de nous un regard neuf, éton­né, nous deve­nons ou rede­ve­nons capables de pro­mou­voir la vraie vie. Et en voyant com­ment nous pou­vons ain­si accueillir de façon nou­velle nos conci­toyens, nos voi­sins, nos frères et sœurs trop connus, Jésus pour­ra alors s’étonner de notre foi.

Nous allons main­te­nant conti­nuer cette célé­bra­tion en ouvrant les yeux de notre cœur aux dimen­sions du monde, et très concrè­te­ment en priant pour tous ceux qui nous sont recom­man­dés.
Et puis nous refe­rons les gestes si simples du par­tage du pain et de la coupe : si simples et connus que nous ne pou­vons plus faci­le­ment nous en éton­ner. Et cepen­dant ils expriment le cœur de notre vie chré­tienne : c’est dans le pain quo­ti­dien, rom­pu et par­ta­gé, que notre Seigneur est pré­sent. C’est pour­quoi, après avoir redit les paroles de Jésus à la Dernière Cène, le prêtre s’arrête un ins­tant, il fait un arrêt sur image, un bref moment de silence, pour nous éton­ner devant ce mys­tère, et ado­rer.

Fr. Pierre

Les marchands chassés du Temple détail. Fresque de Giotto, 1303-1305 (Chapelle des Scrovegni, Padoue).

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