Ce que Dieu a uni, que l’homme ne les sépare pas

Homelie du 27ème dimanche ordinaire B

Ce que Dieu a uni, que l’homme ne les sépare pas

7 octobre 2018 

Marc 10, 2–1
Je ne peux pas vous par­ler d’un sujet dont je ne connais que peu de choses ! Ne serait‐ce pas nor­mal que des per­sonnes mariees s’expriment aujourd’hui sur ce qui semble etre cen­tral dans cet évan­gile ? Je me per­met­trai donc d’elargir la medi­ta­tion sur le fameux : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne les separe pas. »
Partons du constat qu’il existe, au‐delà de la diver­sité, une syn­thèse har­mo­nieuse, non seule­ment entre la femme et l’homme mais encore entre la nuit et le jour, l’hiver et l’été, le labeur et le repos, l’effort et le plai­sir, le corps et l’âme, la mort et la vie, l’Église de la terre et celle du ciel et, pour cou­ron­ner le tout, entre l’homme et Dieu.

Un jour, une revue alle­mande a posé à notre P. Frédéric la ques­tion : « Qu’est-ce que l’ordre pour vous ? » Il a répon­du : « L’ordre ne me parait pas comme une situa­tion stable, toute faite. En ce monde, il ne peut être qu’un pro­ces­sus, une ten­sion fra­gile et déli­cate. C’est l’effort qu’on fait pour atteindre à une syn­thèse vivante. L’affirmation — la these — ne me satis­fait jamais à elle seule. La cri­tique – l’antithèse — non plus. Elles ne res­pectent pas entiè­re­ment la com­plexité de la vie. Il n’y a d’ordre créa­teur que là où l’on s’efforce réel­le­ment de bâtir un pont entre les dif­fé­rentes terres, de les unir par le dedans. Parfois cela va vite, par­fois tres len­te­ment. Une image pour expri­mer cela ? Peut‐être, le sou­rire à tra­vers les larmes. »

A tra­vers toute la Bible, il y a comme un fil rouge, un incroyable pro­jet de « syn­thèse, d’unité, d’alliance des hommes entre eux – « Que tous soient un » — et de Dieu avec eux : « Je vous ai ins­crits sur la paume de mes mains », « vous êtes mes enfants bien‐aimes » et encore : « Mon Fils, par­lant en mon nom, vous a aimes jusqu’au bout ».
« Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » ! En d’autres mots : ce que Dieu aime, que l’homme ne le méprise pas, ce que Dieu bénit, que l’homme ne le mau­disse pas… Regardons le texte de près : « Ce que Dieu a uni » et non « ce qu’Il va unir » : l’unité est faite, elle est don­née, tout est accom­pli. Depuis deux mille ans, la Croix de Jésus se dresse. Depuis deux mille ans, l’homme, lui, se pre­nant sou­vent pour Dieu, conti­nue à tra­vailler à contre‐courant : mots bles­sants, pen­sées méchantes, guerres, atten­tats, vio­lences phy­siques, bar­rières, murs, kalach­ni­kovs ; et par ailleurs : déploie­ment quo­ti­dien d’efforts diplo­ma­tiques, Prix Nobel, négo­cia­tions, rap­pro­che­ments, démi­nage, récon­ci­lia­tions, estime mutuelle, dou­ceur. Donc l’unité est en route chez nous et don­née en Dieu : elle n’est pas une notion, un pro­gramme moral à réa­li­ser ; elle est une Personne en chair et en os qui l’a incar­née : « Maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui étiez loin, vous êtes deve­nus proches par le sang du Christ. C’est lui, le Christ, qui est notre paix.…en sa per­sonne il a tué la haine » écrit Paul aux Éphésiens 2, 13–16.

Venir à l’Eucharistie, je pense que c’est faire l’humble constat d’une radi­cale impuis­sance : le grand rêve d’unité conçu par le Créateur n’est pas à por­tée humaine. Et si nous croyons le contraire, si nous pen­sons être capables de réa­li­ser cette unité, alors soyons hon­nêtes, arrê­tons les frais, ne conti­nuons pas la Messe. Que le prêtre dise sim­ple­ment : « Allez dans la paix, ren­trez chez vous et faites ce que vous pou­vez sans trop vous décou­ra­ger en lisant la presse quo­ti­dienne. » Mais jus­te­ment, le prêtre ne dira pas : « Allez dans la paix » mais « Allez dans la paix du Christ ! » En venant ici nous pro­fes­sons que l’homme-Dieu, Jésus‐Christ a joué sa part irrem­pla­çable, qu’Il est l’amour et que celui qui demeure dans l’amour demeure en Lui. Et com­ment demeu­rer dans l’amour sinon en acqué­rant la sim­pli­cité de l’enfant qui vient deman­der au Christ Sa capa­cité d’aimer contre vents et marées et de ne pas abi­mer l’amour nais­sant, où qu’il soit.

Et voi­ci l’Eucharistie : le pain rom­pu, que l’homme ne le jette pas à la pou­belle, la coupe de l’Alliance, le sang répan­du par amour, qu’il ne l’écarte pas, le sacre­ment du par­don et de la récon­ci­lia­tion, qu’il s’en approche, recon­nais­sant hum­ble­ment que le tra­vail d’unité dépasse ses forces mais que, fort de l’amour du Père, il pour­ra réunir ce qui est menacé de dés­union.
Et si, pris de décou­ra­ge­ment il doute encore du sens de sa quête d’unité ou de l’aboutissement ses efforts, qu’il se rap­pelle la parole de Paul aux Galates 2, 20 : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». La prière après la com­mu­nion redi­ra tout cela tout à l’heure :
« Accorde‐nous, Seigneur notre Dieu, de trou­ver dans cette com­mu­nion notre force et notre joie afin que nous puis­sions deve­nir ce que nous avons reçu : le CORPS du CHRIST !

fr Grégoire

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