34è dimanche du T.O. (B). Dimanche autrement

Dimanche 25 novembre 2018

34è dimanche du T.O. (B).
Dimanche autre­ment

La litur­gie de ce jour reprend la ques­tion de Pilate : Es-tu le roi des Juifs et Jésus de répondre : « c’est toi qui le dis ! (Su legeis). Ma royau­té n’est pas de ce monde… ». Et sur la croix, Jésus dira au bon lar­ron ” Aujourd’hui, avec moi, tu seras en Paradis.”

Roi, Royaume, Paradis, Règne de Dieu. Cette fête nous ouvre à de nou­velles dimen­sions de l’espace et du temps dont nous parle le Christ. L’élaboration du Règne de Dieu remonte aux Psaumes que nous chan­tons chaque jour, dans la tra­di­tion juive, elle est magni­fiée dans le culte céleste des anges et dans le culte ter­restre ren­du au Temple de Jérusalem. Plus tard, le judaïsme vit dans l’attente d’un Messie libé­ra­teur qui déli­vre­ra le peuple de la domi­na­tion romaine. Règne dans la durée, la dimen­sion tem­po­relle ; Royaume de Dieu, dans la dimen­sion spa­tiale, les deux appel­la­tions se com­plé­tant.
Un homme a incar­né cette espé­rance : Jean-Baptiste ins­tau­rant l’imminence de cette venue et ins­taure un bap­tême, le par­don des péchés avant le juge­ment der­nier qui pré­cède la venue du Règne de Dieu. Jésus se démarque de ses pers­pec­tives de trois manières.
Le pre­mier point est capi­tal : Quand Jésus parle du Règne de son Père, il n’aborde pas le phé­no­mène poli­tique. Ce Règne est ouvert à tous et pas seule­ment aux enfants d’Israël. Il vient accom­plir la Loi dans une démarche de foi et d’amour. Dans l’Église, des Papes n’ont pas échap­pé à un désir d’affirmer leur soif de puis­sance et de pou­voir. Le Pape Pie XI, en 1925, affirme en créant la fête du Christ-Roi que toutes les nations doivent obéir aux lois du Christ. Cette vision s’inscrit dans une pers­pec­tive triom­phale du Christianisme dont on com­mence à sor­tir.
Érasme, au temps de Luther, s’est insur­gé contre le pou­voir de l’Église qu’il dénonce dans une satire sur le Pape Jules II qu’il prive du Paradis. Voici l’histoire : Jules II arrive devant les portes du Paradis après sa mort et s’étonne de les trou­ver fer­mées alors qu’il en a la clef :
• Qu’est-ce qui ne va pas ? Les portes ne sont pas ouvertes. J’ai l’impression que la ser­rure a été chan­gée ou for­cée.
• (Son génie pro­tec­teur) lui répond : Regarde plu­tôt si tu as appor­té la bonne clef. Pourquoi n’as-tu pas appor­té les deux clefs ? Celle-ci est la clef de la puis­sance, pas de la connais­sance.
• Jules II : Mais jusqu’ici je n’en ai jamais eu d’autres et je ne vois pas à quoi ser­vi­rait la clef de la connais­sance puisque j’ai celle de la puis­sance !
• Et le voi­là exclu du Paradis… La royau­té du Père et de son Fils bien-aimé n’est pas celle d’un auto­ri­ta­risme poli­tique dont l’Église doit tou­jours se gar­der, de même que du clé­ri­ca­lisme. Son royaume est celui de la dou­ceur, du par­don et de la paix, de l’Amour.

Un second point nous montre que Jésus ne par­tage pas le pes­si­misme de la fin des temps de type apo­ca­lyp­tique. Le monde n’est pas immé­dia­te­ment lié aux ténèbres. Les Béatitudes sont l’envers des mal­heurs, des larmes, de la souf­france.

Dans l’apocalypse, Jésus est pré­sen­té comme le témoin fidèle du mys­tère divin, le premier-né d’entre les morts, le prince des rois de la terre. Il est venu pour rendre témoi­gnage à la véri­té et qui­conque écoute sa voix appar­tient à la véri­té. En par­cou­rant avec ses dis­ciples la terre d’Israël, il sou­ligne la beau­té de la créa­tion : « Regardez les oiseaux du ciel, obser­vez les lis des champs, comme ils croissent : ils ne peinent ni ne filent. Je vous le dis, Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a jamais été vêtu comme l’un d’eux. Ne vous inquié­tez. Votre Père des cieux sait ce dont vous avez besoin. Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa jus­tice et tout cela vous sera don­né par sur­croît ». L’espace de la créa­tion appa­raît comme un Paradis com­men­cé sur terre.

Enfin appa­raît mon troi­sième point : Si le Règne de Dieu est devant nous, au futur, il est émi­nem­ment pré­sent, dans l’aujourd’hui. Dans le ‘Notre Père’ Jésus prie ‘Que ton Règne vienne’, que l’Esprit Saint éclaire notre quo­ti­dien. Car le Royaume est déjà par­mi nous. Il est pareil à un grain de mou­tarde qui devient un grand arbre dans lequel nichent les oiseaux du ciel. Il est déjà là et Il est aus­si espé­ré, atten­du. Dans le Royaume des cieux, un Juif et un Chrétien se dis­pu­te­ront : l’un dira : le voi­ci qui vient et l’autre répon­dra : mais il est déjà venu par­mi nous.

Dans le pro­cès dra­ma­tique devant Pilate, ce der­nier tente de conci­lier les deux adver­saires intran­si­geants. Finalement il rend une sen­tence de mort alors qu’il sait que Jésus ne mérite pas ce châ­ti­ment (Jn 19. 12). Jésus pro­clame que sa royau­té n’est pas poli­tique. L’accusation « roi des Juifs » men­tion­né dans les quatre évan­giles devient sur le bois de la croix la recon­nais­sance par Pilate de la véri­té de Jésus men­tion­née en trois langues dans le style d’une ins­crip­tion impé­riale (Jn 19. 20) .
Le mys­tère que nous célé­brons aujourd’hui nous révèle la Royauté divine, empreinte de misé­ri­corde et d’amour, des Béatitudes plus fortes que la mort, dans le Christ, premier-né d’entre les morts, témoin fidèle du Père dans ce monde et au-delà du temps.

Mes sœurs, mes frères,
Soyez les bien­ve­nus à Clerlande en ce dimanche où nous célé­brons la fête du Christ-Roi. Cette célé­bra­tion clô­ture le cycle de l’année litur­gique et annonce déjà le début de l’Avent dimanche pro­chain.
Comme dans un cercle, plus nous nous rap­pro­chons du centre, plus nous sommes reliés les uns aux autres, ain­si en ce jour tour­nés vers le Christ qui nous ouvre le Royaume de Dieu, nous nous rap­pro­chons les uns des autres par la prière et le sou­tien fra­ter­nel. Ce sont nos hôtes proches, amis de longue date, ce sont des visages nou­veau.

En ce dimanche « autre­ment », la fra­ter­ni­té de Clerlande vient médi­ter et par­ta­ger sur les textes litur­giques ; les Chevaliers de l’Ordre de Malte passent un temps de retraite chez nous. Dans notre com­mu­nau­té de Mambré à Kinshasa, le frère Joseph se pré­pare à la pro­fes­sion solen­nelle. C’est la 5e pro­fes­sion solen­nelle depuis la relance de ce monas­tère en 2012. Priez aus­si pour Thierry Donck, pré­sident de notre ONG et moi-même qui par­tons demain matin à Kinshasa dans un pays qui se pré­pare à élire un pré­sident.
Toutes ses inten­tions et bien d’autres encore, entrent dans ce cercle de notre com­mu­nion domi­ni­cale avec l’Église tout entière tour­née vers le Christ Jésus. Recueillons-nous devant la Croix du Christ, source de Vie et de Compassion.

fr. Martin

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