1er Dimanche de l’Avent (année C)

VIENS, SEIGNEUR JÉSUS

1er Dimanche de l’Avent (année C)

(Luc 21, 25–36)

Cet évan­gile est très clair et facile à com­prendre, — du moins pour cer­taines par­ties. « Tenez‐vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse par les plai­sirs exces­sifs et les sou­cis de la vie…. Restez éveillés et priez en tout temps… Oui ! redressez‐vous et rele­vez la tête…car il s’agit de se tenir debout devant le Fils de l’homme. » Cela nous le com­pre­nons bien, et nous sommes sou­cieux de le vivre concrè­te­ment.

Mais pour ce faire, il nous faut être moti­vés. Or les moti­va­tions que nous donne Jésus nous semblent étranges et même fan­tas­ma­go­riques. Car enfin « le fra­cas de la mer et des flots qui laissent toutes les nations désem­pa­rées, les puis­sances des cieux ébran­lées, la catas­trophe qui s’abat sou­dain sur nous comme un filet », toutes ces images apo­ca­lyp­tiques, comme il y en a encore beau­coup d’autres dans les évan­giles, ne nous impres­sionnent fina­le­ment pas beau­coup, parce que nous savons bien que c’est un pro­cé­dé lit­té­raire qui a connu un grand suc­cès à l’époque de Jésus. Et nous savons aus­si que ces menaces étaient annon­cées pour l’immédiat : « cette géné­ra­tion ne pas­se­ra pas sans que tout cela ne soit réa­li­sé ». Or elles ne se sont jamais réa­li­sées… On ne sait donc pas trop que faire de ces pro­phé­ties, et elles ne nous motivent en tout cas pas beau­coup pour nous redres­ser et lever la tête.

De tout cela je retiens cepen­dant un mot : Jésus par­lait à ses dis­ciples de sa « venue ». Il vient. C’est le sens de l’Avent. Le mot Avent s’écrit avec un e, comme dans ave­nir, le temps qui vient, et pas avec un a, comme dans ‘C’était mieux avant’. Le temps de l’Avent qui com­mence aujourd’hui n’est donc pas le temps ‘avant Noël’, mais une période de l’année litur­gique où nous renou­ve­lons notre foi dans la venue du Seigneur, encore aujourd’hui. Bien sûr, nous célé­brons d’abord sa venue à Noël, mais, plus lar­ge­ment, nous savons que chaque geste d’amour, chaque prière est une expé­rience de la venue, de la pré­sence du Christ, sur­tout « quand deux ou trois sont réunis en son nom ».

Voyons cela donc de plus près. Nous célé­brons ses venues, et d’abord tout au long de l’histoire, mais en pré­ci­sant bien que ces venues ne sont pas qu’une his­toire ancienne, révo­lue. Le risque de notre tra­di­tion chré­tienne est pré­ci­sé­ment de s’identifier à un moment de l’histoire, de deve­nir un mémo­rial, comme un grand monu­ment, et fina­le­ment une tra­di­tion pétri­fiée. Il est vrai que le Credo semble nous deman­der de ne croire qu’à des faits révo­lus : « … Je crois au Fils unique … s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souf­frit sa pas­sion… » Mais ce pas­sé n’a de sens que si nous vivons tous ces mys­tères aujourd’hui, pré­ci­sé­ment grâce à l’Esprit de Jésus — dont parle éga­le­ment le Credo, et cette fois au pré­sent : « Je crois en l’Esprit Saint … qui donne la vie. »

Ce que nous devons rete­nir de tout cela, c’est que, avec l’aide de l’Esprit, nous ne pou­vons pas nous limi­ter à adhé­rer à des véri­tés his­to­riques, parce que nous sommes res­pon­sables de la venue du Seigneur aujourd’hui. Quand donc Jésus « parle de sa venue », il ne parle pas seule­ment à ses dis­ciples, jadis, il s’adresse aus­si à nous, aujourd’hui, et c’est pour nous invi­ter à hâter sa venue par­mi nous. Je veux cepen­dant encore pré­ci­ser la façon dont ‘Il vient’.

Il ne nous tombe pas des­sus, on ne sait d’où. Il ne vient pas comme une météo­rite qui tombe sur notre pla­nète de façon tout à fait aléa­toire. La venue du Christ n’est pas aléa­toire. Il vient au bout de notre prière, au bout de notre plus grand désir. Parce que, en tant qu’hommes et femmes de notre temps, nous sommes appe­lés à déve­lop­per toutes nos pos­si­bi­li­tés, tant de connais­sance que d’amour, tant dans le domaine scien­ti­fique et tech­nique que dans celui de l’art, du ser­vice, de l’amour et de la patience. Mais nous savons aus­si, comme le disait Pascal, que « l’homme passe infi­ni­ment l’homme ». C’est en allant ain­si jusqu’au bout, en consen­tant à ce dépas­se­ment, que nous pou­vons appe­ler le Seigneur, car c’est là qu’il vient à notre ren­contre.

Mes sœurs, mes frères, le Christ ne vient pas par hasard ; il vient tou­jours à notre ren­contre. Même quand il nous semble arri­ver à l’improviste, nous décou­vrons, sou­vent plus tard, que nous l’attendions à notre insu et qu’il venait à la ren­contre d’un désir pro­fond, d’une attente encore incons­ciente. Et nous pou­vons alors vivre dans l’action de grâce, dans cet échange, et je dirais cette col­la­bo­ra­tion, avec Dieu, pour « que son Règne vienne », comme nous le prions dans la prière du Seigneur.

Notez qu’il ne s’agit pas seule­ment d’une expé­rience de prière mys­tique, au plus pro­fond du silence. Cette col­la­bo­ra­tion pour que vienne son « règne de vie et de véri­té, règne de grâce et de sain­te­té, règne du jus­tice, d’amour et de paix » (pour reprendre les mots enten­dus dimanche pas­sé), cette col­la­bo­ra­tion est très concrète et quo­ti­dienne. Comme ‘chré­tiens’ nous conti­nuons son œuvre en nous « tenant debout », comme il est dit dans notre évan­gile, en aidant nos frères, nos sœurs à se remettre debout, à « se redres­ser et à lever la tête ». C’est cela réa­li­ser le Credo aujourd’hui, c’est cela croire à l’Incarnation et à la Résurrection.

Oui, mes frères, mes sœurs, c’est pour cela que nous devons « res­ter éveillés et prier en tout temps ». Ce temps de l’Avent est l’occasion de voir com­ment vivre plus sobre­ment, en nous libé­rant des sou­cis de la vie, des excès, de tout ce qui alour­dit notre cœur, afin d’être tou­jours plus éveillés, plus vivants. On dit que l’Avent est le temps des moines, les veilleurs. Mais aujourd’hui, avec les grands pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux que nous avons contri­bué à créer, ce temps est aus­si par­ti­cu­liè­re­ment le temps de ceux qui se sou­cient de l’avenir de notre pla­nète. Tiens ! ave­nir et Avent, même com­bat !

Nous allons main­te­nant conti­nuer notre célé­bra­tion en priant et en par­ta­geant le pain. Souvenons‐nous, comme saint Paul le rap­pelle aux Corinthiens, que l’eucharistie du Seigneur est tou­jours célé­brée « pour qu’il vienne » et qu’il demeure par­mi nous. Ce sont d’ailleurs là les der­niers mots de l’Apocalypse, de toute la Bible :

« Marana tha, viens, Seigneur Jésus. »

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