Homélie du 3è dimanche de l’Avent 2018. ( C )

Homélie du 16 décembre 2018

3e dimanche d’Avent 2018. ( C )

« Gaudete ! »

C’est un dimanche de joie. Les lec­tures de ce jour nous adressent huit invi­ta­tions à la joie. « Pousse des cris de joie, dit Sophonie, tres­saille d’allégresse ! » « Soyez tou­jours dans la joie » dit Paul, et il en rajoute : « Laissez‐moi vous le redire : soyez dans la joie ! »

La joie pourrait‐elle donc se com­man­der ? Nous ne sommes pas tou­jours dis­po­sés à nous réjouir sim­ple­ment parce qu’on nous le demande. Ceux qui sont dans la peine pour­raient bien s’en offus­quer. Et il faut don­ner une bonne rai­son pour invi­ter à la joie. Sophonie la donne : « Le Seigneur a repous­sé les enne­mis. Il est là, au milieu de vous, il veut vous renou­ve­ler par son amour, et il va dan­ser pour vous avec des cris de joie ». Paul donne la même rai­son de se réjouir : « Le Seigneur est proche ». Nous pou­vons entendre cette annonce de deux manières : il est proche parce qu’il va venir bien­tôt ; ou bien : il est là, à côté, tout proche.

Or nous sommes confron­tés à une réa­li­té toute contraire : le Seigneur n’est pas là, il est étran­ge­ment absent dans ces fêtes ; nos rues et nos bou­tiques ne nous accueillent même plus en nous sou­hai­tant joyeux Noël, mais de joyeuses fêtes. Les fêtes de quoi, de qui ? On l’a oublié, on a per­du la mémoire de celui qui est fêté. C’est la fête pour la fête, autant dire la fête de rien. Ces fêtes cha­leu­reuses sont donc aus­si trou­blantes parce qu’elles se sont vidées de leur sens. Et c’est dans cet oubli que nous sommes conviés à réveiller la mémoire. « Tenez en éveil la mémoire du Seigneur » dit Isaïe. Aurons‐nous encore l’audace de dire autour de nous, dans nos rues illu­mi­nées et nos maga­sins bien acha­lan­dés : « Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connais­sez pas, que vous ne connais­sez plus, que vous avez oublié. C’est pour­tant lui que vous fêtez sans plus le savoir. C’est sa nais­sance, nous disons : sa Nativité, qui vous est rap­pe­lée, et dans ce rap­pel il veut encore renaître par­mi vous, il veut que vous renais­siez vous aus­si avec lui, en lui. Alors, oui, vous pou­vez vous réjouir, tres­saillir de joie, car tout est en renais­sance. « Ne voyez‐vous pas, écri­vait Rilke, que tout ce qui arrive est tou­jours un com­men­ce­ment ? Ne pourrait‐ce pas être son com­men­ce­ment à lui ? Il est tant de beau­té dans tout ce qui com­mence. Soyez patient et de bonne volon­té. Le moins que nous puis­sions faire, c’est de ne pas plus lui résis­ter que la Terre au Printemps quand il vient. » En ce moment de l’année, il ne s’agit pas pour nous de ne pas résis­ter au prin­temps mais de consen­tir à l’hiver. Il y a tant de beau­tés à recueillir dou­ce­ment dans les jours plus courts et les nuits plus longues ; la cha­leur du foyer, les bou­gies allu­mées, le recueille­ment des arbres dénu­dés, la per­sis­tance tran­quille des pins. Il faut lais­ser dor­mir la Terre.

Mais ne lais­sons pas dor­mir la joie. Car ce n’est pas la joie pas­sa­gère d’un moment heu­reux, mais la joie d’être, la joie de l’être. Sainte Claire d’Assise priait ain­si : « Je te remer­cie, ô Dieu, de m’avoir créée ». Nous rece­vons chaque jour de Dieu la joie d’être. Jésus nous a don­né la plé­ni­tude de sa joie, sa joie d’être Fils de Dieu, de faire tou­jours la volon­té de son Père. « Je demeure en son amour, et je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit com­plète ». (Jn 15, 10–11)

La joie d’être, toute simple, enfan­tine, n’est donc pas la joie com­plète, ce n’est pas toute la joie, et heu­reu­se­ment, car autre­ment pour ceux qui sont en manque d’être, la joie serait tarie. Job en est l’incomparable témoin quand, sur son fumier, il mau­dit son être même : « Périsse, dit‐il, le jour qui me vit naître, et la nuit qui a dit : un gar­çon a été conçu ! ». C’est le même Job qui dit à la fin : « Je sais, moi, que mon Défenseur est vivant, que lui, le der­nier, se lève­ra sur la pous­sière, et dans ma chair je ver­rai Dieu. ». « Jésus nous a pro­mis le même pas­sage : « Vous êtes tristes main­te­nant, mais je vous ver­rai de nou­veau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne pour­ra vous la ravir ». (Jn 16, 22)

« Vous êtes tristes main­te­nant ». Cette parole est encore dite à ceux d’entre nous qui sont dans l’épreuve et qui peut‐être n’en aper­çoivent pas le bout. Peuvent‐ils entendre la suite : « votre tris­tesse se chan­ge­ra en joie » ? Ce n’est pas facile d’y croire quand on est acca­blé. Mais que nous don­ne­rait l’évangile s’il ne nous livrait pas une pro­messe de joie ? Dieu ne veut pas que la tris­tesse soit notre demeure. Jésus a le droit de nous pro­mettre la joie parce qu’il a connu l’agonie et la détresse. Il est là, dans nos tour­ments, non pas pour nous plaindre et gémir avec nous, mais pour nous mur­mu­rer dou­ce­ment : « Confiance ! J’ai tra­ver­sé la tem­pête avant toi, j’ai eu peur, j’ai crié. J’ai payé le droit de te dire : Confiance ! Une lumière brille­ra pour toi. Elle est déjà là, blot­tie en ton cœur comme une luciole. C’est moi qui la pro­tège des vents du monde. N’aie pas peur, sois sans crainte ! C’est ma charge d’apaiser les tem­pêtes. Dépose‐toi en moi. Mais laisse‐moi te redire : tout au fond de toi j’ai posé ma joie. Libère ma joie en toi.
Oui, laisse‐moi le redire : sois dans la joie, soyez dans la joie. Que ma joie soit en vous !

Fr. Bernard

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