Le Salut de Dieu. 2ème dimanche de l’Avent

Homélie du Dimanche 9 décembre 2018

Le Salut de Dieu

(Luc 3, 1–6)

On ne parle pas beau­coup aujourd’­hui du « salut de Dieu. » Le désirons-nous, l’attendons-nous ? Et d’abord, qu’est-ce que ce ‘salut’ ?
On en par­lait beau­coup au XIXème siècle, comme il appa­raît dans les petits livres de dévo­tion qui encombrent notre biblio­thèque. Il y était par­tout ques­tion de notre péché, de notre indi­gni­té devant Dieu et de notre besoin abso­lu de salut, de libé­ra­tion de nos péchés pour obte­nir le salut éter­nel. Bref une spi­ri­tua­li­té pour nous accom­pa­gner en cette val­lée de larmes. On com­prend que Nietzsche ait adres­sé aux chré­tiens cette fameuse apos­trophe : « Ces dis­ciples du Sauveur devraient avoir un air un peu plus sau­vé ! »


Mais les men­ta­li­tés ont évo­lué. Grâce à de grands témoins enga­gés, les chré­tiens ont repris conscience de leur digni­té, de leur force et de leur res­pon­sa­bi­li­té. Mais on est alors pas­sé à l’autre extrême. Finalement, aujourd’­hui, avec la sécu­la­ri­sa­tion géné­ra­li­sée, on ne parle plus du salut, parce qu’on a l’impression qu’on n’en a plus tel­le­ment besoin : « Merci ! c’est gen­til, mais on se débrouille bien comme çà… On ne doit plus prier pour la pluie. Qui pen­se­rait aujourd’­hui à prier pour que le réchauf­fe­ment cli­ma­tique ne s’aggrave pas ? Car nous savons bien que c’est à nous de nous sau­ver de la catas­trophe… »

Alors, que signi­fie encore « le salut de Dieu » dans notre vie ? Il faut cher­cher, parce qu’il en est par­tout ques­tion, dans la Bible, et plus par­ti­cu­liè­re­ment dans le Nouveau Testament. A Noël les anges annoncent aux ber­gers « Aujourd’hui vous est né un Sauveur ». Déjà, lors de l’annonce de la nais­sance de Jésus à Joseph, il lui est deman­dé de don­ner au fils de Marie « le nom de Jésus, car c’est lui qui sau­ve­ra son peuple ». En effet, le nom de Jeshoua signi­fie ‘Dieu sauve’. On pour­rait conti­nuer ain­si, à tra­vers tout le Nouveau Testament, et jusqu’aux der­niers ver­sets des Actes de Apôtres ou Luc signale, en citant encore Isaïe, que « le salut de Dieu » est désor­mais annon­cé aux païens. Cette expres­sion revient constam­ment. Elle réca­pi­tule en quelque sorte l’Évangile. Il est donc vrai­ment impor­tant de voir com­ment nous pou­vons accueillir aujourd’­hui le salut de Dieu.

Mais com­ment pouvons-nous entendre cette Bonne Nouvelle du salut offert ? Il en est ques­tion de dif­fé­rentes façons. On pour­rait les énu­mé­rer. Je retiens sur­tout deux voies de salut. Elles ne sont peut-être pas les plus fon­da­men­tales, mais elles sont en tout cas abor­dables et nous per­met­tront d’aller plus loin.
La pre­mière est évo­quée par la per­sonne de Jean-Baptiste que l’évangile de ce dimanche nous pré­sente. L’évangéliste Luc nous dit qu’il est venu pour annon­cer ce salut. Mais il faut recon­naître que ce pas­sage que nous avons enten­du n’est pas très expli­cite. Ailleurs, heu­reu­se­ment, dans l’évangile de saint Jean, nous est révé­lée l’expérience inté­rieure du Baptiste, le rayon­ne­ment de ce salut sur sa propre vie : « l’ami de l’époux se tient là, il l’écoute, et la voix de l’époux comble de joie. Telle est ma joie, elle est par­faite ». Jean est allé jusqu’au bout de sa mis­sion, et là il a trou­vé une joie impre­nable.
Oui, une vie don­née est une vie sau­vée. C’est quand nous allons jusqu’au bout de nos forces, que nous décou­vrons la grâce de Dieu, le salut de Dieu. Ce salut est alors pour nous un sur­croît de vie. Il nous sauve de la médio­cri­té et nous per­met de don­ner notre pleine mesure. Je pense ici à la célèbre pen­sée de Pascal que j’évoquais déjà la semaine pas­sée : « L’homme passe infi­ni­ment l’homme ». C’est dans ce dépas­se­ment que nous sommes vrai­ment nous-mêmes.
Nous n’oublions pas pour autant que tout don pré­cieux vient de Dieu, parce que, pour réa­li­ser ce dépas­se­ment, nous nous trou­vons dému­ni, et nous prions alors avec le psal­miste : « Au rocher trop haut pour moi, conduis-moi ». Nous appe­lons le Seigneur et nous atten­dons son salut. Seulement nous savons qu’il ne s’agit pas là d’une inter­ven­tion exté­rieure qui nous reti­re­rait de notre misère congé­ni­tale. Non ! ce don est une éner­gie insoup­çon­née que l’Esprit réveille en nous, au cœur de notre propre éner­gie, et qui nous per­met d’enfin répondre à son appel. Et le signe de la pré­sence en nous de l’Esprit est la joie, un peu comme celle que Jean-Baptiste a connue et celle qu’évoquent les autres lec­tures, de ce dimanche, celles de Baruc et de saint Paul aux Philippiens qui débordent éga­le­ment de cette joie.

Ailleurs dans les évan­giles une autre voie de salut nous est pré­sen­tée. En effet, le salut n’est pas qu’une expé­rience indi­vi­duelle. Il nous est sur­tout don­né dans l’expérience de la ren­contre. Cela appa­rait tout par­ti­cu­liè­re­ment dans l’évangile de saint Luc que nous enten­dons durant toute cette année litur­gique. Tout au long de son récit, il nous raconte de mer­veilleuses ren­contres : celle de l’ange Gabriel avec Marie ou de Marie avec sa cou­sine Élisabeth, à la visi­ta­tion. Nous ver­rons ensuite com­ment Siméon reçoit l’enfant Jésus, au temple : c’est la fête de la Rencontre, comme disent les Orientaux, ren­contre entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Il fau­dra encore évo­quer le Samaritain qui découvre l’homme bles­sé, le fils pro­digue qui est retrou­vé par son père, Marthe et Marie qui accueillent Jésus, la ren­contre de Jésus avec Zachée, et, comme dit le texte, ce jour-là, « le salut est venu sur sa mai­son ». Notons enfin que c’est en ren­con­trant des dis­ciples en route vers Emmaüs, que le Christ leur révèle le sens de sa pas­sion et de sa résur­rec­tion.

Reve­nons donc, pour conclure, à notre vie quo­ti­dienne. Oui, mes frères, mes sœurs, les ren­contres aux­quelles nous sommes, nous aus­si, constam­ment invi­tés sont des occa­sions de dépas­se­ment offertes au cœur de notre vie ordi­naire, de véri­tables expé­riences de grâce et de salut. Ce temps de l’Avent n’est pas seule­ment le temps de l’attente, il est aus­si le temps de la ren­contre, la ren­contre avec Jésus, à Noël, — et chaque jour dans nos frères et sœurs.

Alors, regar­dons autour de nous ceux qui attendent de nous une ren­contre, ou une nou­velle ren­contre pour ceux qui nous sont les plus proches. C’est là que nous trou­ve­rons le plus sûre­ment le salut de Dieu.

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