Aux sources du monachisme. Conférence du père Martin Neyt

 

  1. Un chemin communautaire, l’Éveil.

 

Cette visée fondamentale peut être portée par la vie communautaire. A l’entrée du monastère de Bose en Italie, est représenté un jeune frère portant son aîné sur son dos. « Le frère aidé par son frère est comme une ville forte entourée d’un rempart », rappelle le livre des proverbes de la Bible (Prov. 18.19 et Bars. L. 69). Benoît l’a bien compris quand il écrit sa Règle au VIe siècle. Son intuition se fonde sur les premières communautés des Actes des Apôtres.

  • Celles-ci se montraient assidues à l’enseignement des Apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. « Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenaient leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur ».  Act. 2. 42-44.

 

  • Un sage parmi les Juifs disait : le monde repose sur trois piliers : la rumination de la Parole de Dieu (Les Pharisiens), la prière (les Saducéens, prêtres) et les bonnes œuvres (les Prophètes dénonçant le mal). Nous y retrouvons trois pôles monastiques : la lectio divina; la prière; le partage des biens. Ajoutons-y l’Eucharistie, signe par excellence de la présence du Christ dans la communauté. La flamme qui anime les premières communautés chrétiennes a jailli le jour de la Pentecôte et les a rassemblées de cette manière.

 

  • Cette vie commune, comme la vie du solitaire, ne peut subsister sans la prière (ce sera le point suivant) et la présence de l’Esprit-Saint. Il faut relire ici les Lettres d’abba Antoine, considéré comme le Père du monachisme chrétien. Il invite ses disciples à se rappeler leur baptême et à invoquer sans cesse la venue de l’Esprit Saint. « Le grand esprit de feu que moi-même j’ai reçu recevez-le donc vous aussi. » Lettre VIII, 1, 2. La première Lettre d’abba Antoine présente la conversion et l’ascèse sous le souffle de l’Esprit Saint : quand l’homme cherche à se convertir, l’Esprit l’aide à se purifier peu à peu, à séparer du corps les passions qui ont surgi contre nature, à le guider et le réconforter. Ces trois étapes d’une évolution spirituelle ont inspiré Jean Cassien dans sa présentation des trois vocations[4].

 

  • « Je crois en une nouvelle naissance sans la comprendre et je suis déjà certain de vérités qui m’échappent. Sans que je comprenne comment, je renais, et ma nouvelle naissance s’accomplit réellement. Rien n’empêche l’Esprit Saint de parler quand il veut et où il veut. Le motif de sa venue et de son départ nous reste inconnu, même si j’ai la conviction de sa présence » . Hilaire de Poitiers (+367).
plan de Jean Cosse pour le monastère de Clerlande_monastere

 

 

En fondant le monastère de Clerlande, le P. Frédéric Debuyst insiste sur l’importance d’instaurer au cœur du « mona-stère-maison » un climat intérieur qui invite en permanence à la communion. Le moine, même retiré dans sa cellule, s’engage au cœur du monde, sans donner nécessairement un signe extérieur de sa présence. Il entretient tant qu’il peut une relation fidèle à Dieu qui lui permet dans toute son activité d’incarner le message de l’Évangile. [5] Tout se joue dans un discernement et un discretio (modération) : vie fraternelle et responsable ; aînés et jeunes ; les forts et les faibles; le respect de la personne avant celle de la Règle. Si ce feu de l’amour, du bon zèle, de la foi et de l’espérance n’est pas au cœur de la communauté, alors nous perdons peu à peu l’essentiel…Et la vie commune peut devenir un enfer : Vita communis, maxima poenitentia !

Dorothée de Gaza, au VIe siècle écrit à sa communauté : «  Je vais vous donner une image tirée des Pères : Supposez un cercle tracé sur la terre, c’est-à-dire une ligne tirée en rond avec un compas, et un centre. On appelle précisément centre le milieu du cercle. Appliquez votre esprit à ce que je vous dis. Imaginez que ce cercle c’est le monde, le centre Dieu, et les rayons les différentes voies ou manières de vivre des hommes. Quand les saints, désirant approcher de Dieu, marchent vers le milieu du cercle, dans la mesure où ils pénètrent à l’intérieur, ils se rapprochent les uns des autres en même temps que de Dieu. Plus ils s’approchent de Dieu, plus ils se rapprochent les uns des autres ; et plus ils se rapprochent les uns des autres, plus ils s’approchent de Dieu. Et vous comprenez qu’il en est de même en sens inverse, quand on se détourne de Dieu pour se retirer vers l’extérieur : il est évident alors que, plus on s’éloigne de Dieu, plus on s’éloigne les uns des autres, et que plus on s’éloigne les uns des autres, plus on s’éloigne aussi de Dieu» . (Instructions,  Didascalies, § 78).
Telle est la nature de la charité.

La tradition monastique bénédictine actuelle

En 2011, nous fêtions 50 ans de soutien mutuel entre les monastères issus de St Benoît dans une belle Alliance Inter monastère. Le monachisme s’est développé sur tous le continents surtout dès le début du XXe siècle. Près de 450 monastères masculins bénédictins, 800 pour les sœurs bénédictines, soit le double. En 2011, il existait 13.650 bénédictines, 7350 bénédictins, et environ 7300 Cisterciens et Cisterciennes ensemble. L’ensemble doit comporter plus de 1600 monastères reconnus, sans compter de petites fondations dépendantes, diocésaines et autres nouvelles. C’est une tradition qui reste vivante et conforte l’idée d’un archétype universel de l’identité humaine.

Je n’oublie pas les monastères orthodoxes grecs, dépendant du Patriarche d’Alexandrie, de Constantinople, de Moscou. En Inde, l’Indouisme, le Bouddhisme, le Jainisme reflètent à leur manière cette soif de l’infini. Oui, l’âme humaine est habitée par cette quête de l’Eternel et y consacre sa vie entière. Voilà une base visible chez nous de cet archétype inscrit dans le cœur humain.

Quelques réflexions sur la vie commune :

  • Un frère aidé par un frère est comme une ville forte entourée par un rempart Prov.18.19 : Lettre 69.

 

  • Abba Poemen : Les Pères disent que rester dans la cellule est une moitié et aller voir les Anciens l’autre moitié. Voilà un équilibre à trouver entre garder la solitude et rencontrer autrui.

 

  • La vie commune est une anticipation du Royaume des cieux. C’est une grâce qui coûte. (D. Bonhoeffer).

 

  • Vita communis, maxima poenitentia.

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