Aux sources du monachisme. Conférence du père Martin Neyt

Conclusion  :

L’Éclair divin dans nos vies. La sim­pli­ci­té de cœur.

« Apprenez de moi, nous dit le Christ, que je suis doux et humble de cœur ».

La dou­ceur est l’aboutissement d’une grâce et d’un long com­bat sur soi-même. L’humilité est une dis­po­si­tion de l’être lui-même, à l’image du Christ « de condi­tion divine qui n’a pas consi­dé­ré comme une proie à sai­sir d’être l’égal de Dieu, mais qui s’est dépouillé, pre­nant la condi­tion de Serviteur…s’abaissant jusqu’à la mort et la mort sur une croix », Phi. 2. 6–8.

L’appel de Jésus est une révé­la­tion faite à l’égard des tout-petits dans une prière d’exultation. Jésus loue son Père pour cette réa­li­té fon­da­men­tale du Royaume des cieux. Mt 11. 25–30. St Paul situe l’humilité extrême de Jésus comme un appel, un encou­ra­ge­ment dans l’amour, un élan d’affection et de com­pas­sion. « Mettez le comble à ma joie, insiste-t-il, en vivant en plein accord. Ayez un même amour, un même cœur. Ayez les mêmes sen­ti­ments comme on le fait dans le Christ Jésus ». Douceur et humi­li­té trouvent leur Maître en Jésus qui nous enseigne cette réa­li­té, source de paix à son école.

C’est ain­si qu’il nous est don­né d’entrer dans cette sim­pli­ci­té pre­mière dont je par­lais au début de cet expo­sé. Ce qui fait du moine un moine n’est pas tant son sta­tut exté­rieur que sa vie inté­rieure. La soli­tude n’est pas tant reliée à un mode de vie exté­rieure qu’à la dis­po­si­tion du cœur à s’ouvrir tota­le­ment à Dieu et à l’y cher­cher avec ou sans contact avec le monde exté­rieur. La recherche inces­sante d’une vie en contact avec l’Absolu à tra­vers le quo­ti­dien fait du croyant un être reliant l’instant pré­sent au sens de notre vie. Un œil sur le che­min à par­cou­rir, l’autre sur l’horizon gui­dant sa marche. C’est s’ouvrir aux autres pour s’ouvrir au Seigneur de nos vies ; c’est deve­nir soi-même dans cette quête en Esprit et en Vérité ; c’est être uni à tous et sépa­ré de tous. Cet éclair passe dans nos cœurs et nous en gar­dons le secret.

Le voyage qui est le nôtre nous appelle sans cesse à regar­der le but pour­sui­vi et à accueillir le Christ qui vient à notre ren­contre.

  • « Tant que le navire est en mer, il est expo­sé aux périls et à l’assaut du vent. Mais lorsqu’il est arri­vé au port de la quié­tude et de la paix, il n’a plus à craindre, il est au contraire dans le calme. De même, aus­si long­temps que tu es par­mi les hommes, attends-toi aux tri­bu­la­tions, aux périls et à l’assaut des vents spi­ri­tuels. Mais lorsque tu seras par­ve­nu à ce qui t’est pré­pa­ré, alors tu seras dans la paix sans crainte. » Lettre 8.

  • Et notre Frère Jean-Yves d’ajouter dans un beau poème : « Et Dieu nous dira : les enfants, avez-vous fait un beau voyage ? ».

Martin Neyt, osb

[1] Abraham est situé au début du IIe mil­lé­naire ; Bouddha aurait vécu à peu près quatre-vingts ans, les recherches modernes tendent à situer sa vie de plus en plus tard : vers 623–543 av. J.-C.

[2] A. Veilleux, Vie de saint Pacôme, 1984, p.7.

[3] Antoine a vécu de 252 à 356.

[4] CASSIEN, Conférences III, 4. Antoine est expli­ci­te­ment cité.

[5] Ma vie est reliée à celle de mes frères. Elle se fonde sur tout un sys­tème dans lequel je suis pla­cé : né dans un espace géo­gra­phique et humain qui condi­tionne toute mon exis­tence, ma vie s’inscrit dans un vaste mou­ve­ment sys­té­mique, le cos­mos, l’univers, la terre dont je suis une pous­sière d’étoile, un vivant qui s’étonne d’être lan­cé dans la vie à telle époque et dans tel lieu.

[6] C’est une erreur dan­ge­reuse de pen­ser que le cœur est par nature apte à prier. Nous confon­dons alors la prière avec les dési­rs, les espoirs, les sou­pirs, les lamen­ta­tions et les allé­gresses dont le cœur est capable natu­rel­le­ment.

[7] Enzo Bianchi et Goffredo Boselli, L’Evangile célé­bré, rd. Lessius, Milan, 2017.

[8] Voir aus­si la Syro-phénicienne en Mc 10, 47–48.

[9] Inscription copte aux Kellia (Irenikon 48, 1975, p. 40–59).

[10] Voici la liste clas­sique des huit péchés capi­taux : la gour­man­dise ; la luxure ; l’avarice ; la tris­tesse ; la colère ; l’acédie ; la vaine gloire ; l’orgueil. Grégoire le Grand retire l’acédie de sa liste ; il ajoute l’envie et enlève l’orgueil en consi­dé­rant qu’il est la racine et la source de tous les péchés. « Initium omnis pec­ca­ti est super­bia » Si. 10. 15.

[11] Poemen et ses frères dans un temple d’Egypte : A la suite d’incursions de ban­dits armés, les Maziques venant de Lybie, Poemen et ses frères se retirent dans un temple égyp­tien. Chaque matin, Poemen se met à louer la sta­tue du pha­raon et le soir il lui jette des pierres…

[12] « Fais repo­ser la dou­ceur en ton cœur » est une invi­ta­tion au lâcher prise, au non-agir. Dans ce mou­ve­ment, il n’y a point d’effort. Il serait vain de croire que l’on peut impo­ser la dou­ceur ou se l’imposer. Les pul­sions agres­sives, repous­sées ou refou­lées, consciem­ment ou non, réap­pa­raî­tront au moindre conflit. La dou­ceur est un espace de grâce qui nous est don­né, un lieu vir­gi­nal habi­té par l’Esprit Saint qui trans­forme toute réa­li­té. La dou­ceur ouvre à l’amour. Comme le sou­ve­nir conti­nuel de Dieu, c’est un don qui implique une doci­li­té inté­rieure et exté­rieure. Le rôle des Pères de Gaza est ici essen­tiel Ils pré­sentent la Croix dou­lou­reuse et glo­rieuse du Christ comme source du salut et le moine est invi­té à mon­ter lui aus­si sur la croix.

[13] Le verbe mimnès­ko­me­nou marque bien la durée dans l’action du sou­ve­nir de Dieu. Ce sou­ve­nir passe par la prière conti­nuelle du Nom de Jésus telle qu’elle s’est trans­mise de l’abbé Macaire à Barsanuphe, Dorothée et Dosithée. « Seigneur Jésus, aie pitié de nous » [13] « viens à mon secours » [13] Le sou­ve­nir de Dieu habite toute la vie du moine dans ses lec­tures, la réci­ta­tion des psaumes et son tra­vail. La réfé­rence au Maître doux et humble de cœur est constante.

[14] Aux quatre Béatitudes pri­mi­tives, ren­ver­se­ment des valeurs de ce monde, St Matthieu ajoute des ver­tus (la dou­ceur, la misé­ri­corde, la pure­té de cœur, l’esprit de paix) et pro­pose le Royaume en récom­pense.

[15] Zosime, Alloquia, PG 78, 1689 ; Evagre, lettre 36, citée par L. Regnault, Dorothée de Gaza, p. 110, note 2.

[16] Ibidem, Didascalie I, 8 et 9, p. 158–161.

[17] RB, pro­logue 106.

[18] L’adjectif doux appa­raît quatre fois dans le nou­veau tes­ta­ment, trois fois chez St Matthieu et une fois dans l’épître de St Pierre (1P 3,4). Quant au sub­stan­tif, il est uti­li­sé uni­que­ment dans les épîtres de St Paul (DUPONT Jacques, les Béatitudes, p. 510 note 1).

[19] Ibidem, lettre 2, 186, p.500–503.

[20] A noter que le mot esprit : pneu­ma, souffle, est pris ici dans un sens fort.

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