Le Baptême du Seigneur

Dimanche 13 janvier 2019

Le Baptême du Seigneur

(Lc. 3, 15–22)

Si Jésus est allé au Jourdain pour deman­der le bap­tême à Jean, ce n’était pas parce qu’il était pécheur. Mais s’il a tenu à quit­ter la Galilée pour des­cendre jusqu’au fond de la val­lée du Jourdain, — 480 mètres en des­sous du niveau de la mer, le point le plus bas de la terre ! — c’est parce qu’il vou­lait se joindre aux pèle­rins en quête d’une puri­fi­ca­tion de leurs péchés. La pre­mière démarche de sa vie publique a consis­té à deman­der de com­mu­nier avec ceux qui étaient le plus bas. Il a vou­lu être plon­gé, comme eux, jusqu’au cou et plus encore, dans ces eaux boueuses du Jourdain, avec tous ces fils per­dus de la mai­son d’Israël. C’était là une démarche éton­nante. Même le Baptiste, ‘Yohannan l’Immergeur’, comme André Chouraqui tra­duit son nom, ne com­pre­nait pas cette volon­té d’être immer­gé dans le Fleuve et dans la foule des pécheurs. Seulement plus tard, il a com­pris que Jésus était « l’Agneau de Dieu qui porte le péché du monde ». Il n’était pas pécheur, mais il était tout à fait soli­daire des pécheurs. Et non seule­ment soli­daire, mais ……, comme le pro­phète Isaïe l’avait entre­vu : « c’étaient nos souf­frances qu’il por­tait ; c’est par nos péchés qu’il a été broyé ».

Le bap­tême du Christ, vu par Giotto di Bodone (pan­neau entier).

Et c’est alors, après être des­cen­du au plus bas et au plus obs­cur de notre huma­ni­té, qu’il prend conscience de la volon­té de Dieu sur lui. Cette expé­rience concrète a été pour lui une révé­la­tion. Car il est ensuite sor­ti de l’eau ; Jean l’a aidé à sor­tir, et il a com­pris qu’il était vrai­ment le Fils de Celui qui ouvre ses bras au pro­digue, « qui donne son soleil aux bons et aux mau­vais et fait tom­ber la pluie sur les justes et les injustes ». Il est le Fils Bien‐aimé du Père, venu par­mi les humains désem­pa­rés pour inau­gu­rer la venue du Royaume. Il est l’envoyé de l’Esprit saint, « pour annon­cer la Bonne Nouvelle aux pauvres et aux cap­tifs la libé­ra­tion ».

Sa voca­tion ne lui est pas tom­bée des­sus par hasard, lors d’un séjour auprès de son cou­sin, mais c’était la confir­ma­tion de ce qu’il pres­sen­tait en sui­vant son désir d’immersion par­mi les pauvres de toutes sortes. Dès lors, après encore une retraite au désert de Judée, il a com­men­cé à annon­cer le ‘Royaume des Cieux’, l’amour de son Père.

Si la fête du Baptême du Christ est si impor­tante, c’est parce qu’elle est le rap­pel et la célé­bra­tion de sa voca­tion fon­da­men­tale d’Emmanuel, Dieu avec nous, « avec nous dans nos épreuves », comme dit le psaume, « pour nous déli­vrer et nous glo­ri­fier ».

Au terme des célé­bra­tions de Noël, cette fête nous invite à entrer dans le mou­ve­ment du Christ, le che­min de l’Évangile, qui com­mence tou­jours par un abais­se­ment, un ser­vice, en soli­da­ri­té avec tous ceux qui sont abais­sés, réduits à des ser­vices humi­liants.

C’est ain­si que nous pou­vons dépas­ser une cer­taine fixa­tion sur le péché qui carac­té­ri­sait jadis la spi­ri­tua­li­té. A ceux qui venaient rece­voir le bap­tême de Jean pour être quitte de leur péché, il indique le che­min para­doxal : pour vous déchar­ger de votre propre péché, pre­nez sur vous le péché des autres. Oui, « por­tez les far­deaux les uns des autres ». Comme l’Agneau de Dieu, il s’agit pour nous aus­si de « por­ter, pour les enle­ver, les péchés du monde ». Au lieu de res­ter humi­liés, bles­sés, et de deman­der à Dieu de vous puri­fier par le bain dans le Fleuve, com­men­cez par par­don­ner, par­don­nez à ceux qui vous ont fait du tort, en pre­nant sur vous leurs torts, et vous serez libé­rés de votre culpa­bi­li­té. Aussi, dans la prière que Jésus nous ensei­gne­ra, il redi­ra que notre Père par­donne effec­ti­ve­ment à ceux qui qui ont eux‐mêmes par­don­né : « comme nous avons par­don­né à ceux qui nous avaient offen­sé ».

La pre­mière étape sur le che­min à la suite du Christ qui a tra­ver­sé les eaux du bap­tême consiste donc à savoir se bais­ser. C’est ain­si que nous pou­vons au mieux entrer dans le mys­tère de l’incarnation, du Dieu venu ici‐bas, le mou­ve­ment de l’Évangile. Bien sûr, pour bien com­prendre l’Évangile, il faut le lire, l’étudier, le prier, mais pour le com­prendre tout à fait, il nous faut nous enga­ger concrè­te­ment dans un geste, comme a fait Jésus. En par­ti­cu­lier le geste de s’abaisser. Quand il a vou­lu nous faire com­prendre l’essentiel de la volon­té de son Père, il s’est en effet abais­sé au plus bas, au niveau des pieds de ses dis­ciples, pour les laver, et il a ajou­té : « Comprenez‐vous ce que j’ai fait pour vous ? (…) vous devez vous aus­si vous laver les pieds les uns aux autres ; car c’est un exemple que je vous ai don­né… » Ensuite seule­ment, Jésus a révé­lé à ses dis­ciples le cœur de son mes­sage. Et c’est aus­si alors qu’il leur a confié le soin de conti­nuer le geste du par­tage du pain en son mémo­rial.

Récemment, en par­lant à des per­sonnes enga­gées au ser­vice des enfants malades, le pape François a dit : « Pour com­prendre la réa­li­té de la vie, il faut s’abaisser, comme nous nous abais­sons pour embras­ser un enfant. Ils nous enseignent cela. Les orgueilleux, les superbes ne peuvent pas com­prendre la vie, car ils ne sont pas capables de s’abaisser. »

Mais pour conti­nuer le mou­ve­ment de l’Évangile, il faut ensuite, aus­si savoir se rele­ver. L’Évangile ne nous demande pas de res­ter conti­nuel­le­ment cour­bés ! « Redressez‐vous, levez la tête, car votre déli­vrance est proche. » Le mou­ve­ment qui carac­té­rise toute la vie de Jésus abou­tit en effet à la résur­rec­tion. Chaque fois que nous nous redres­sons, après avoir ser­vi, comme au sor­tir des eaux, nous pou­vons, nous aus­si, aider nos frère et sœurs à se redres­ser, quand ils en ont besoin. Je crois que pour effec­ti­ve­ment aider nos frères et sœurs à se redres­ser, à par­ti­ci­per à la résur­rec­tion de Jésus, — ce qui est évi­dem­ment le plus impor­tant, — il faut s’être d’abord abais­sé à leur ser­vice. Nous oublions par­fois cet ordre des choses, parce que le rôle de sau­ver nous convient mieux, mais ce serait igno­rer le che­min que Jésus le pre­mier a vou­lu prendre. C’est en tout cas ce que cette fête du Baptême du Seigneur nous rap­pelle oppor­tu­né­ment.

Car alors nous pour­rons aus­si recon­naitre que Dieu est notre Père, le Père de tous les humains. Et par toute notre vie nous pour­rons annon­cer hum­ble­ment qu’Il veut faire de cha­cun, cha­cune de nous, sa fille, son fils bien‐aimé.

Fr. Pierre

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