Épiphanie 2019

Dimanche 6 janvier 2019

Épiphanie 2019

 

« Ton cœur frémira et se dilatera ».

Isaïe annonçait à Jérusalem que les nations marcheraient vers elle. C’est donc un bon vieux rêve de penser que ce sont les autres qui viendront vers nous. Il y a quelques années, les portes des églises arboraient cette belle affiche : « Venez voir ! ». On aurait bien pu mettre une autre affiche à l’intérieur : « Allez voir ! ». Jésus a bien répondu aux deux disciples de Jean qui lui demandaient où il demeurait : « Venez voir ! ». Ils y sont allés, et ils sont demeurés près de lui ce jour-là. Mais pas toujours. Ils sont vite allés dire aux autres qu’ils l’avaient trouvé. « Venez voir » non pas nous, mais celui que nous avons trouvé.

Pourquoi voudrions-nous qu’on vienne nous voir ? Qu’avons-nous donc à montrer ?
Nous ne sommes qu’une brave vieille assemblée fidèle à sa démarche dominicale. Circulez, il n’y a rien à voir !
Mais si, venez voir non pas nous, mais pourquoi, pour qui nous sommes là !
Pour qui cette fidélité tranquille et tenace ? Et qui va venir voir ? Où sont les beaux mages aujourd’hui ?

Ils venaient d’Orient et ils suivaient une étoile. Ils viennent maintenant de partout et ils scrutent le ciel. Ils cherchent à comprendre où va le monde, quels chemins ils doivent prendre. Ils voudraient bien voir une étoile qui les guide. Mais le ciel est noir. Pas de signe. Le monde est inquiet, désemparé.

Les mages sont arrivés à Jérusalem et ils ont demandé : « Où est le roi des Juifs qui vient de naitre ? Nous avons vu son étoile. ». Le lecteur de Matthieu reconnaît vite cette formule : « Le roi des Juifs ». Elle sera placardée sur la croix. Les beaux mages ingénus ne savent pas que leurs paroles annoncent le drame qu’ils vont pourtant déclencher sans le savoir. Le fourbe Hérode réunit le même conseil qui condamnera Jésus. Joseph doit fuir en Egypte avec sa famille. Les enfants de Bethléem sont massacrés.

Le pouvoir et la religion sont imbriqués et ces alliages engendrent la violence. L’histoire de Jésus commence et finit dans le sang. Et ça continue : même si les religions ne sont pas les causes profondes des guerres et des répressions, elles sont constamment invoquées pour les entreprendre et elles sont suspectées de les nourrir.

Le récit des mages contient encore un autre avertissement : le grand conseil de Jérusalem sait où doit naitre le Messie, il connaît l’endroit du Livre qui le dit, mais il n’y va pas. Il n’est capable que de le dire.

Quelle leçon pour nous : nous avons le livre où tout est écrit. Allons-nous le fermer après l’avoir lu sans bouger ?

L’Épiphanie est pourtant bien la fête des peuples en marche. Serions-nous les seuls à rester immobiles ?

Nous, les moines, nous avons fait vœu de stabilité, mais pas d’immobilité, et encore moins d’immobilisme. Nous sommes tous en marche les uns et les autres. Saint Benoit nous demande même de courir. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Nous sommes entrés dans une nouvelle année, les « Ateliers de Clerlande » ont peaufiné un beau programme de conférences, de rencontres, de concerts pour le Carême et le Temps Pascal. Tout est bien prévu. Mais il reste l’imprévu, ce qui va survenir, advenir, et ce sera peut-être le plus important.

Nous pouvons considérer l’avenir avec une curiosité gourmande. Voyez comme ce mot « considérer » connote justement les astres, l’espace sidéral. C’est un beau mot pour le jour de l’Épiphanie. Il peut bien nous arriver d’être « sidérés » par les évènements.

« Ton cœur frémira et se dilatera ».

N’est-ce pas notre désir le plus profond : ce frémissement et cette dilatation du cœur ? Lorsque nous échangeons nos vœux pour la nouvelle année, nous pensons surtout à exorciser nos peurs, particulièrement en ce qui concerne notre santé. Pourquoi ne pas nous souhaiter surtout le frémissement et la dilatation du cœur ? Que nous avancions cette année avec un cœur large, disposé à la surprise !

Dans la prière qui suit le Notre Père, nous demandons à Dieu de nous libérer du péché, de nous rassurer devant les épreuves, et nous ajoutons : « en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets ». Sans doute s’agit-il du bonheur éternel de l’au-delà. Mais pourquoi pas le bonheur maintenant, dans notre vie ?

Les premiers mots de Jésus dans le discours sur la montagne sont justement ceux-là : « Heureux ! ». Bonheur pour les pauvres, les humbles, les doux, les miséricordieux.

Jésus nous a appris à dire au Père après lui, avec lui : « Que ta volonté soit faite ! ». Nous pensons alors spontanément à toutes les épreuves qui pourront survenir, et Jésus lui-même a dit au Père dans le grand tourment de son agonie : « Non pas ma volonté, mais la tienne ! ». Cela ne nous empêche pas de dire aussi : que ton vouloir de bonheur se réalise pour nous. Que mon vouloir aille à la rencontre de ton vouloir d’amour. Et qu’advienne le bonheur que tu promets !

Je vous souhaite un cœur dilaté de bonheur !

Frère Bernard.

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