4è dimanche du T.O. Année C

4è dimanche du T.O. Année C

Luc 4, 21–30

Mes sœurs, mes frères,
Je vous rap­pelle l’Évangile enten­du la semaine der­nière. Jésus entre plei­ne­ment dans sa mis­sion. Au bap­tême, le Père le confir­mait comme le Fils bien‐aimé, le Messie atten­du par le peuple. Quarante jours plus tard, au désert, tra­ver­sant les épreuves du Malin, l’Esprit saint le conforte dans sa mis­sion vers les plus pauvres, les malades, les pri­son­niers de toute sorte et même les païens. Dans la syna­gogue de Nazareth, le texte du pro­phète Isaïe le brûle inté­rieu­re­ment. Oui, c’est à lui d’annoncer le Père sous le souffle de l’Esprit.

Tous ont les yeux fixés sur lui et nous aus­si en ce jour. Comment cette Parole s’accomplit-elle, aujourd’hui, à Clerlande pour cha­cun de nous et à tra­vers nous ? L’Esprit de Dieu avait pour­sui­vi son dyna­misme à la Pentecôte, dans les débuts de l’Eglise, à chaque moment de l’histoire. Cet « aujourd’hui » de Jésus tra­verse l’histoire et rejoint la part éter­nelle de cha­cune de nos vies. Par notre bap­tême et notre confir­ma­tion, nous aus­si, nous avons reçu cette onc­tion de l’Esprit et nous sommes envoyés dans le monde en pleine évo­lu­tion.

Les réac­tions des audi­teurs de Jésus sont variées. Elles le sont aus­si pour nous. Faut‐il s’en éton­ner ? D’un côté, la foule est dans l’admiration devant Jésus ; de l’autre, plu­sieurs sont scep­tiques, sur­tout dans son vil­lage, et Jésus de leur répondre ce dic­ton : « Aucun pro­phète n’est bien accueilli dans son pays ». Lc 4. 24. Peut‐être pouvons‐nous dire avec Jésus : « Allons ailleurs, autre­ment dit, quel che­min devons‐nous prendre dans ce monde nou­veau qui sur­git si vite ? ». Les jeunes, la géné­ra­tion cli­mat, comme on l’a appe­lée, se mobi­lise ces semaines pour notre terre et sont déci­dés à chan­ger nos com­por­te­ments.

Dans les années 1990, après la guerre froide, nous pen­sions aller vers la paix uni­ver­selle et la démo­cra­tie. Actu‐ellement, c’est l’hiver de la mon­dia­li­sa­tion. Toutes les iden‐tités, reli­gieuses, poli­tiques, eth­niques, sociales, cherchent à se recom­po­ser car l’information nous désta­bi­lise. Ce sont les réseaux sociaux, les réfu­giés et sur­tout une éco­no­mie qui échappe à nos gou­ver­nants. Le scep­ti­cisme nous entoure comme il entou­rait Jésus. N’est-il pas le fils du char­pen­tier ?

Beau­coup de chan­ge­ments dans l’histoire de l’humanité ont paru dra­ma­tiques. Bien des situa­tions actuelles sont inex­tri­cables et la ten­ta­tion de bais­ser les bras est là, mais faire quelque chose est tou­jours pos­sible. Le jeu finan­cier dans le monde peut conduire à la pau­vre­té des uns et à une richesse exces­sive des autres, les crises et les guerres sont de l’ordre du pos­sible. Nous avons peur, nous ne vou­lons pas être enva­his, nous redou­tons même la mon­dia­li­sa­tion. La laï­ci­té est vue de nos jours, chré­tiens inclus, comme un bien com­mun et comme une réponse à l’islamisation. L’Eglise elle‐même est appa­rue bien fra­gile dans sa morale, dans sa défense des faibles, par­fois même lâche, cou­vrant de son silence l’inacceptable. Comment vivre la mis­sion du Christ de nos jours ?

Nous entrons dans une culture vrai­ment nou­velle comme celle du pro­phète Elisée qui fut envoyé non pas vers les lépreux en Israël mais vers Naaman, un Syrien.

C’est un chan­ge­ment de monde et pour les chré­tiens le risque n’est pas seule­ment d’être pes­si­miste, c’est de res­ter, comme l’écrit Andrea Riccardi, des mino­ri­taires éli­tistes, ou encore tra­di­tion­na­listes, ou encore de se situer comme d’anciens com­bat­tants. Ces atti­tudes sont dra­ma­tiques.

Il nous est deman­dé de recréer un tis­su com­mu­nau­taire et de par­ler d’espérance. Nous avons à construire une Eglise où l’on se parle, une Eglise qui fait vrai­ment com­mu­nau­té du peuple, lié à ceux qui souffrent et peinent. C’est une Eglise en Exode, qui marche dans le désert. Elle porte en elle une semence dans ce monde qui est pré­ci­sé­ment celle du Serviteur d’Isaïe que Jésus incarne quand il nous dit : « Aujourd’hui, cette Parole que vous venez d’entendre, s’accomplit ». Notre être inté­rieur, notre cœur, écrit St Pierre, demeure dans l’intégrité d’un esprit doux et serein, si pré­cieuse devant la face de Dieu. Nous sommes habi­tés par l’amour de Dieu, dans le souffle de l’Esprit. C’est pré­ci­sé­ment cette capa­ci­té d’aimer ceux qui sont dans le monde qui fait de nous des chré­tiens au lieu d’en avoir peur. Oui, il nous faut retour­ner à la racine de notre foi pour retrou­ver cette com­pas­sion qui unit le genre humain. La prière pos­sède une force qui relie les reli­gions, qui pos­sède une force his­to­rique pour chan­ger les cœurs et le monde.

Un exemple que nous avons vécu. Chrysal Kenoukon, un de nos hôtes venant du Bénin, fut long­temps accueilli à Clerlande par le P. Jean‐Yves et fut bap­ti­sé par lui. La semaine der­nière, il nous demande de prier pour nos défunts, spé­cia­le­ment le P. Frédéric, Barnabé, Dieudonné et Jean‐Yves. Des Soufis étaient par­mi nous, ils ont sou­hai­tés se joindre à notre prière et ils ont chan­té le Dieu Lumière et Amour.

Oui, le monde change aujourd’hui. A nous de res­ter éveillés.

Fr. Martin

Présentation du Christ au temple, de Giovanni Bellini, vers 1470–1475. / Fondation Querini Stampalia Onlus, Venise

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