ÉLOGE DU PEU

Paroles au fil du temps
N° 77
Février 2019

Nous déplorons souvent le ‘peu’ : nous sommes peu nombreux dans l’Église en nos pays qui sont pourtant de vieille chrétienté, nous avons si peu de prêtres que nous devons faire appel à des prêtres étrangers, les jeunes sont bien peu nombreux parmi nous… Je voudrais cependant faire l’éloge du ‘peu’, parce que je crois que Dieu se plait à y loger sa grâce.
Mais il faut bien d’abord reconnaître que dans la Bible le peu est souvent associé à une menace : il reste peu de temps, beaucoup sont appelés mais peu sont élus, et Jésus fustige volontiers le peu de foi des disciples ou de ses auditeurs : « hommes de peu de foi », « gens de peu de foi ».

À l’inverse, il loue la fidélité en peu de choses : « tu as été fidèle en peu de choses, je t’en confierai beaucoup ». (Mt 25, 23)
Ce verset est un porche de l’espérance : nous sommes souvent honteux de notre médiocrité, du peu de bien que nous faisons, de notre peu de foi, mais Dieu recueille ce peu pour faire beaucoup, à la manière de Jésus qui prend les pauvres biens d’un jeune vendeur : cinq pains et deux poissons, pour nourrir cinq mille personnes.

« Tu as été fidèle en peu de choses » : il ne s’agit de rien moins que toute la vie, car la vie d’un homme est bien peu de chose, « c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit… c’est une herbe changeante, elle fleurit le matin, elle change ; le soir elle est fanée, desséchée ». (Ps 89) Quand une promesse engage toute la vie, comme la promesse des époux ou le vœu religieux, on est pris de vertige : le temps de la vie paraît si long, si incertain. Mais levons les yeux, considérons l’immensité des constellations : le verbe ‘con-sidérer’ connote déjà l’infini sidéral. Nous voici comme le ciron de Pascal, un être si minuscule. « Car enfin, qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, au milieu entre rien et tout… également incapable de voir le néant d’où il est tiré et l’infini où il est englouti. » (Pascal)

Nous pouvons paraphraser l’évangile de la sorte : « Tu as été fidèle en ce peu de choses que fut ta vie, tu es encore fidèle au long du peu de tes jours, regarde donc les étoiles : elles te diront l’immensité de ma promesse : j’ai beaucoup à te confier. »

Un peu-beaucoup : c’est le challenge de Dieu. Donne un peu, je te donnerai beaucoup. Donne le peu que tu as, le peu que tu es, j’en nourrirai une multitude. Car ta vie, jointe à celle des autres, et toutes vos vies jointes à la mienne sont la chair donnée pour la vie du monde. Que se passe-t-il d’autre à l’eucharistie ? La chair du Christ nourrit ma chair, le sang du Christ coule en mon sang. « Ceci est mon corps livré, livre ton corps avec le mien. Ceci est mon sang versé, livre ta vie, verse-là, elle se fondra dans la multitude, comme elle le fera toute entière au jour de ta mort. » Le peu de vie qui nous est donné, il faut l’offrir pleinement dans la foi, s’en défaire, comme la veuve de Sarepta à qui Elie demande la poignée de farine qui lui reste : « cuis-moi d’abord un petit pain et apporte-le moi, ensuite tu feras du pain pour toi et ton fils. » (I Rois, 17,14)

Cette femme a dû faire confiance à un prophète d’une religion qui n’était pas la sienne et donner sa maigre réserve pour un lendemain incertain. Dans l’évangile, Jésus voit une autre pauvre veuve qui dépose deux piécettes dans le tronc du Temple et il dit aux disciples : « Cette pauvre veuve a pris sur son indigence, elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. » (Mc, 12,44) L’indigence est encore moins que le peu : c’est le manque. Cette veuve a donc donné son manque, moins que rien. Le peu est encore quelque chose, l’indigence est encore moins. Il fallait à cette femme une confiance éperdue pour jeter son indigence dans le trésor du Temple. Mais quelle image : l’indigence dans le trésor !

Aux heures de fatigue, de langueur, quand nous sommes consternés par notre misère, c’est le moment de jeter notre indigence dans le Trésor de la miséricorde divine. Que peut signifier d’autre : tout donner ? En s’engageant dans la vie monastique, les moines doivent se délester de tout bien matériel, mais ils savent qu’ils trouveront au monastère tout ce dont ils auront besoin. Ce qui coûte le plus, et que le monastère ne comblera pas, c’est le renoncement à une carrière et à la fondation d’une famille. Mais quand le moine est seul dans sa cellule, quand sa prière devient pe-sante, quand son cœur est en proie à la mélancolie, cette perte de goût de vivre, de la saveur de la vie, que la tradition appelle l’acédie, alors il n’a plus que son indigence à jeter dans le trésor. C’est là qu’il rejoint la veuve du Temple et qu’il peut entendre la parole de Jésus : « Donne encore ton indigence. Moi seul peux te suffire. »

Le tout de la vie fait deux piécettes à jeter dans le trésor. Ceux qui les jettent sont appelés des gens de peu. Et qui les nomme ainsi ? Ceux qui ont un rang, un statut, qui sont considérés. Marie a chanté que ceux-là sont renversés et que les humbles, les gens de peu, sont élevés. Le Magnificat est la balade des gens de peu. Et le comble est quand il est chanté avec ferveur par des gens trop bien mis. Un frère de trop bonne famille s’abstenait de chanter le verset : « Il renverse les puissants de leur trône », mais il voulait bien qu’il élève les humbles…

Dans l’Ancien Testament, le peu est désigné comme le reste, le petit reste qui aura subsisté après toutes les dé-faites et les dispersions. « Je ne laisserai subsister en ton sein qu’un peuple humble et modeste, et c’est dans le nom du Seigneur que cherchera refuge le reste d’Israël. » (Soph. 3,12) Pourrions-nous penser qu’une telle prophétie soit adressée à L’Église aujourd’hui ? C’est pourtant une belle parole pour les communautés qui souffrent de leur diminution et de leur vieillissement : elles sont le reste humble et pauvre sur lequel Dieu peut faire pousser des surgeons neufs.
Mais ça poussera peut-être ailleurs, autrement. Aucune communauté n’a reçu de promesse de vie éternelle, et nos contrées d’Europe sont parsemées des vestiges d’anciennes abbayes qui ont eu leurs heures de gloire et que l’Histoire a balayées. Qu’avons-nous de mieux à faire que de vivre ce que Jean-Pierre de Caussade appelait le « sacrement du moment présent » ? Des esprits chagrins peuvent bien nous plaindre d’avoir un avenir improbable et hocher la tête devant notre insouciance. Mais qu’est-ce que l’insouciance ? Jésus nous a mis en garde contre le souci du lendemain : « Regardez les fleurs des champs : elles ne peinent ni ne filent ; or Salomon lui-même, dans toute sa gloire n’a pas été vêtu comme l’une d’elles… Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit… Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : de-main s’occupera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6, 25-54)

Ailleurs, Jésus dit pourtant aussi qu’il faut prévoir : celui qui veut bâtir une tour doit commencer par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout, de peur de ne pouvoir achever. (Lc 14, 28-29)

Paul Ricoeur l’a écrit : c’est parce que l’avenir est imprévisible qu’il faut prévoir. Comment dès lors concilier l’insouciance, ou confiance, et prévoyance ? En prenant le temps de s’asseoir pour mesurer nos moyens et faire con-fiance à la providence divine, selon l’adage : « Crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets tout en œuvre en elles comme si rien ne devait être fait par toi et tout de Dieu seul. » Cet adage est pourtant ambigu : « faire comme si » n’a guère de sens quand on croit en Dieu. Mieux vaut faire avec notre foi, agir avec l’assurance que Dieu attend notre bon vouloir : sa volonté ne peut se faire sans la nôtre. Quand nous prions pour la paix, Dieu nous répond de la faire. Notre prière devient alors : que mon vouloir aille à la rencontre de ton vouloir, et qu’ainsi ta volonté soit faite. La volonté de Dieu ne peut être que d’amour, de paix, de joie.

Dans son dernier entretien avec ses disciples, dans l’évangile de Jean, Jésus dit : « C’est pour peu de temps que je suis encore parmi vous… Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus, mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi vous vivrez. » (Jn 14,19) « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, et puis un peu encore et vous me verrez. » Les disciples se demandent : « Qu’est-ce ‘un peu’ ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » (Jn 16, 16-17). Jésus parle alors d’un enfantement : « la femme enfante dans la peine, mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. Vous aussi maintenant vous voilà tristes, mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. » (Jn 16, 21-22)

« Encore un peu de temps… » Nous sommes dans ce peu de temps où le monde ne voit plus le Christ, où nous-mêmes nous ne le voyons pas non plus, et ce peu de temps a déjà duré vingt-et-un siècles. C’est notre tourment ; nous voudrions tellement connaître l’intonation de sa voix, l’allure de sa démarche, ses gestes familiers, ses mains po-sées sur les malheureux ou sur l’épaule des amis. Mais c’est une requête qui ne pourra jamais être satisfaite. Nous l’aimons sans le voir, et « sans le voir, dit Pierre, en croyant, vous tressaillez d’une joie indicible ». (I Pi. 1,8) Est-ce tout à fait sans le voir ? Quand nous lisons l’évangile, il devient visible au fil du récit et j’éprouve une joie profonde à le regarder. Je veux même dire ici que c’est ma joie quotidienne quand j’ouvre l’évangile chaque matin. Il est là, je le regarde, et je baisse les paupières sous son regard posé sur moi. Puis je les ouvre pour contempler le monde, et alors il devient le Christ toujours plus grand, le Christ cosmique à qui le Père a tout remis et qui remet tout au Père. Ils se donnent le monde l’un à l’autre. Lors-que j’y songe, je vois toute l’humanité enveloppée dans leur tendresse et je la caresse avec douceur.

L’évangile de Marc est ponctué par l’expression récurrente « et aussitôt ». Jésus va vite, toujours au-delà : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins car c’est pour cela que je suis sorti ». (Mc 1, 38) Mais il y a un moment où il dit aux disciples : « Venez à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu ». (Mc 6, 31) Ils n’auront pourtant pas droit à ce peu de repos car lorsqu’ils débarquent en ce lieu ‘désert’, la foule les a précédés. Jésus en a pitié et se remet à les instruire longuement. Nous pouvons garder les deux moments : aller à l’écart pour se reposer ‘un peu’, et nous laisser prendre par ceux qui arrivent toujours. Nos vies sont tissées de ces deux fils.

« Encore un peu de temps… » dit Jésus. Je reçois bien cette parole au déclin de ma vie : je sais qu’il me reste peu de temps. Je ne peux pas le ralentir, l’étirer pour qu’il en reste un peu plus. Mais je dois vivre avec toujours un heureux étonnement le temps qui m’est donné, jour après jour. « Ne voyez-vous donc pas, écrivait Rilke, que tout ce qui arrive est toujours un commencement ? Ne pourrait-ce pas être son commencement à Lui ? Il est tant de beauté dans tout ce qui commence. Soyez patient et de bonne volonté. Le moins que nous puissions faire, c’est de ne pas plus lui résister que la Terre au Printemps, quand il vient ». (Lettre à un jeune poète…)

En ce moment où j’écris ces lignes, c’est à l’hiver qui s’installe qu’il ne faut pas résister. Le début de l’hiver est le temps du consentement. Il y a tant de beautés à recueillir doucement dans les jours plus courts et les nuits plus longues : la chaleur du foyer, les bougies allumées, le recueillement des arbres dépouillés, la persistance tranquille des pins. Il faut laisser dormir la Terre.
Dans l’évangile, Jésus ne va pas dormir quand la nuit vient : il part dans la montagne pour prier. Mais quand les disciples sont pris de peur dans la tempête sur le lac, lui dort la tête sur un coussin. « Tu dors ? disent les disciples. Ne vas-tu pas voir que nous périssons ? » C’est là qu’il leur dit encore : « hommes de peu de foi ! »

A Gethsémani, ce sera tout le contraire : les disciples dorment quand Jésus est à l’agonie. « Simon, tu dors ? Tu n’as pas eu la force de veiller une heure ? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible (Mc, 14, 37). Comme il nous est précieux d’avoir ces deux moments : Jésus dormant dans la barque secouée par la tempête, et les disciples dormant quand il est entré dans la tragique tempête de son agonie ! Le Siracide aurait pu dire : il y a un temps pour chaque chose, un temps pour dormir et un temps pour veiller. « Dans la paix je me couche et je dors », dit le Psaume 4, « je m’éveille et je suis encore avec toi ».

« Encore un peu » : c’est une parole que Dieu et l’homme se redisent l’un à l’autre, une parole de pa-tience. « Encore un peu, très peu de temps, et le Liban se changera en verger ; les sourds entendront les paroles du Livre, les aveugles sortiront de l’obscurité et des ténèbres. » (Is 29,17)

L’homme qui vient depuis trois ans chercher du fruit sur son figuier finit par dire au vigneron : « Coupe-le ! Pourquoi donc use-t-il la terre pour rien ? » Mais le vigne-ron répond : « Laisse-le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que je mette du fumier. Peut-être donnera-t-il des fruits à l’avenir. Sinon, tu le couperas ». Saint Pierre a repris la même exhortation à la patience : « Devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers vous ». (II Pi. 3, 9) Le temps de la patience de Dieu n’est rien moins que le temps de notre vie. Dieu attend, et il attendra jusqu’au bout. Il ne perdra jamais patience. Dans quelle confiance nous établit la patience de Dieu ! La patience est le fruit de la confiance. Elle ne nous autorise pourtant pas à une légèreté irresponsable. Il y a bien une limite : « Peut-être – Sinon ». Le possible finit par s’épuiser. Mais Dieu attend jusqu’à son épuisement. A nous de ne pas l’épuiser avant l’heure. Nous vivons avec la promesse du possible, et elle brille à l’horizon de chaque matin. « Rien n’est impossible à Dieu » dit l’Ange à Marie. Marie s’était étonnée de la promesse de l’Ange : « Comment cela sera-t-il puisque je ne connais pas d’homme ? » L’Ange lui répond que sa cou-sine Elisabeth est enceinte de six mois alors qu’on l’appelait la stérile. Virginité et stérilité : deux manques. Ce n’est pas le peu, mais le rien, ce rien qui justement n’est pas impossible à Dieu. Mais la stérilité est une infirmité, une incapacité, tandis que la virginité est une attente. « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. » Nous n’avons pas en français de verbe équivalent au latin obumbrabit. Les Hébreux, dans le désert, marchaient à l’ombre de la nuée. Étrange expression en vérité : la nuée est-elle un nuage qui fait de l’ombre ou un foyer de lumière qui ouvre le chemin ? Quand la nuée s’élève, le peuple doit se mettre en marche, quand elle se pose sur le peuple, il doit s’arrêter. A la Transfiguration, une nuée couve les trois disciples que Jésus a emmenés sur la montagne et ils sont saisis de frayeur : c’est une nuée lumineuse qui irradie les vêtements de Jésus. La nuée nous couvre quand nous sommes offerts avec la part stérile de nos existences et la virginité de notre espérance.

Il y a cependant dans le peu une menace funeste : celle de la médiocrité. C’est la menace du trop peu. La médiocrité distille la tiédeur. Tout devient fade : plus de saveur, plus de senteur. Dans l’Apocalypse de Jean, Jésus vomit la tiédeur de l’Église de Laodicée : « Puisque tu n’es ni froid ni chaud, je vais te vomir de ma bouche » (Ap. 3, 16). La fadeur peut être une épreuve subie avec peine ; la fadeur des journées des malades à l’hôpital ou de la solitude des personnes âgées. Le sourire d’une infirmière les réchauffe un moment. Mais il est une fadeur qui sanctionne la perte de l’ardeur, que Saint Benoit appelle le zèle. Il y a un bon zèle et un mauvais zèle. Le mauvais est celui de la jalousie, c’est un zèle amer. Le bon zèle est cet entrainement au bien qui fait accomplir aisément ce dont on n’était capable qu’avec un effort soutenu.

On demandait au vieux Père Albi ce qu’il retenait de ses visites à de nombreux monastères : « J’ai vu, dit-il, beaucoup de générosité, de fidélité ; mais j’ai vu aussi trop de médiocrité. Fuyez la médiocrité. » Gardons-nous donc de trop peu, mais recueillons avec piété le peu de chaque jour. Tous les jours ne sont pas des jours de fête, sans quoi il n’y aurait plus de fête. La fête survient dans l’ordinaire des jours qu’elle transfigure. Il faut longuement consentir à l’ordinaire pour se laisser surprendre par la fête.

Le peu indique encore la modération, la modestie. Ceux qui se contentent de peu sont tranquillement heureux. Il leur en faut peu. Les modérés fuient les extrêmes. Ce sont les gens du centre que les politiciens cherchent toujours à séduire. Le centre n’a pas toujours bonne presse : on parle de centre mou. Mais il n’empêche : la ma-jorité de l’opinion choisit le plus souvent le centre, parce qu’il comporte le moins de risque. Il arrive cependant, heureusement, que le paysage politique s’ouvre à un espoir nouveau suscité par un leader charismatique. L’Histoire est ponctuée par les grands noms de ceux qui en ont, ainsi, in-fléchi le cours. C’est alors une ère qui s’impose. Mais tout le temps qu’elle dure est encore un temps de modération. Le peuple est jaloux de ses révolutions, mais il s’en tire aussi vite qu’il les a entreprises. La Révolution française a produit l’empire napoléonien.

Modération et modestie. Qui sont les gens modestes. Ils ne sont pas forcément effacés : de grands personnages peuvent être modestes, c’est même un surplus de leur grandeur. Mais les ‘gens de peu’ sont naturellement modestes. Ils ne font pas de bruit, n’attirent pas l’attention sur eux. Au contraire, ceux qui cherchent toujours à se faire valoir eux-mêmes guettent les occasions de paraître sur la scène. On les reconnaît vite à leur regard qui cherche l’intérêt qu’on peut leur porter. Les modestes baissent souvent les yeux, et quand ils regardent, ils savant contempler.

Dans sa Règle, Saint Benoit est un maitre de modéra-tion, appelée la discrétion. Ce mot ne doit pas s’entendre au sens courant de retenue, de respect. La discrétion bénédictine est l’art de la mesure : ni trop, ni trop peu, mais ce qui suffit. Pour la nourriture, la boisson, le vêtement, Benoit cherche ce qui suffit selon les lieux, les saisons, la diversité des tempéraments. L’art de l’Abbé consiste en ce discernement qui est la sagesse bénédictine.

Une autre approche du « peu » pourrait concerner le toucher. Dans les évangiles, Jésus touche et est touché. Il touche les malades, les lépreux qui sont précisément intouchables. Une femme qui souffre d’hémorragies qui la rendent intouchable s’approche de Jésus par derrière et touche la frange de son vêtement. « Qui m’a touché ? » demande Jésus. Les disciples lui répondent : « la foule t’écrase et tu demandes qui t’a touché ! Mais Jésus répond : « j’ai senti qu’une force était sortie de moi. » (Lc 8, 45-46) Le peu est ici la frange du vêtement. Une force est sortie de peu.

Le contraire de ce qui peut être touché est l’intouchable qui concerne toujours un mal. Il faut le distinguer de l’intangible : non pas ce qui ne doit pas être touché, mais ce qui ne peut l’être. Nos communications par internet nous privent de la rencontre : nous ne tou-chons pas et nous ne sommes pas touchés. Il y a là quelque chose d’étranger à l’évangile. « Le christianisme, écrit Patrick Goujon, nourrit un sens tactile de l’existence ». Nous avançons souvent ‘à tâtons’ : en tâtant le possible. Nous pouvons aussi évoluer avec tact, ce qui est une prudence et un respect. L’insouciant voudrait réaliser ses désirs sans rencontrer les plus élémentaires résistances, à la manière de Perrette dans la fable de la Fontaine : « Légère et court-vêtue, elle allait à grands pas, ayant mis ce jour-là pour être plus agile cotillon simple et souliers plats » ; elle voulait « arriver sans encombre à la ville ». Elle imagine tout le produit de son lait mais elle bute et tombe, et son lait avec elle. La Fontaine tire sa morale : « Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même : je suis gros Jean comme devant. »

« A tâtons » implique l’obscurité : on se repère en cherchant à toucher ce qui est autour, mais au sens figuré on procède par essais et erreurs. Une pensée tâtonnante est hésitante, mal assurée, c’est une pensée sinueuse, qui explore des voies inconnues et donc incertaines. Le tact est bien différent : c’est une discrétion, un effleurement. Inter-venir avec tact dans un débat exprime un respect, une manière de proposer une réflexion sans heurter les autres, au bon moment et avec humilité. Le tact a un beau syno-nyme : le doigté. C’est encore du domaine du toucher. Toucher du doigt, c’est commencer à comprendre.

Où l’on retrouve le peu. Car le doigté se porte vers ce qui pouvait paraître sans importance : une pensée encore inchoative que l’on va quand même honorer. Peu de mots pour dire le peu qui a été compris, ou le peu qui a été expérimenté. « Ce que l’on conçoit bien, disait Malesherbes, s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisé-ment. » L’inverse, une pensée brouillonne, confuse, s’empêtre dans un galimatias. Un vieux maitre disait à de jeunes prêtres qui devaient s’exercer à l’art de l’homélie : « Vous devez avoir une seule chose à dire ; quand vous l’avez trouvée, dites-la ; et ensuite taisez-vous. » Foin de l’homélie où le prédicateur tourne en rond indéfiniment au risque de perdre ses auditeurs. La seule manière légitime de tourner en rond consiste à dessiner des cercles de plus en plus petits qui se rapprochent du centre. On évite alors de « tourner autour du pot », de ne pas pouvoir parvenir à ex-primer une pensée trop obscure, ou parfois ne pas le vouloir. Toute autre est la pensée négative, ou apophatique, qui écarte ce qui ne peut être dit parce que le sens excède la raison. Ce n’est plus le peu, mais le débordement de sens.

Le tact, le doigté se réfèrent au doigt. Le doigt indique, il s’appelle justement l’index. C’est l’index du Baptiste, le doigt pointé désignant le Christ. L’index détourne de soi, il montre l’autre. L’Esprit Saint est lui-même appelé le doigt de Dieu : dextrae Dei digitus.

Cela signifie que l’Esprit indique. Tout l’objet du discernement spirituel est de chercher ce que l’Esprit indique. Les pensées qui montent au cœur peuvent avoir trois ori-gines : ou elles viennent simplement de moi, ou elles viennent du Mauvais, ou elles viennent de Dieu. Le Mauvais sait se cacher dans ce que je croyais venir de moi ; il sait aussi se faire prendre pour Dieu. Il faut donc le débusquer. On le reconnaît au trouble, à l’inquiétude, au malaise qu’il distille. La paix intérieure est la signature de l’action de l’Esprit. Nous reconnaissons qu’une décision prise était la bonne à la paix qu’elle procure. C’est le moyen de vérifier la justesse du discernement. Ignace de Loyola, grand maitre de ce discernement, insiste sur la mise à l’épreuve de cette paix intérieure : il faut qu’elle dure, qu’elle résiste aux aléas de l’existence. C’est le signe que mon orientation est con-forme à la volonté de Dieu. Elle aura alors sa propre fécondité.

Le peu contient donc à la fois une menace et une promesse : « Laisse-le encore un peu, sinon… » Donne lui sa chance. Qu’est-ce que justement que la chance ? L’étymologie de ce mot semble déroutante : la chance vient de cadere, tomber. Nous avons conservé ce sens premier quand nous disons : ça tombe bien ! « Tomber » ne signifie pas alors : chuter, mais : survenir, arriver. Ça tombe du ciel, ça arrive au bon moment. Mais ‘ça’ peut tomber mal, au mauvais moment. C’est la malchance. Le peu a sa chance et sa malchance ; « encore un peu, sinon… »

En vérité, le peu contient donc beaucoup, et c’est bien pourquoi le peu est une grâce. N’est-ce pas le sens de la pauvreté que Jésus a béatifiée : « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. » (Lc 6, 20) Luc précise que Jésus a dit cela en regardant ses disciples : ils n’étaient pas pauvres avant que Jésus les appelle ; Jacques et Jean avaient leur entreprise de pêche avec leur père, mais ils ont dû la quitter à l’appel de Jésus : « Laissant leur père Zébédée dans la barque avec les employés, ils partirent à sa suite. » On oublie toujours ces employés : c’était une petite société. Ils ont dû la quitter, ils en ont été appauvris, et Jésus leur a dit alors : « Heureux vous les pauvres », les appauvris. Ils n’avaient pas peu : ils n’avaient plus rien. Jésus leur a donné le tout : le Royaume des cieux.

Ce n’est plus un peu/beaucoup, c’est tout ou rien. C’est même rien pour tout : n’avoir plus rien pour recevoir le tout. Jésus demande de renoncer à tout pour le suivre. Ce renoncement est-il plus difficile pour ceux qui ont beaucoup ? Ce fut le cas du jeune homme riche qui de-mandait à Jésus ce qui lui manquait alors qu’il avait observé tous les commandements. C’est du moins ce que Matthieu lui fait dire : « Tout cela, je l’ai observé, que me manque-t-il encore ? » (Mt 19, 20) Marc note que Jésus fixe sur lui son regard et l’aime. Et il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens, suis-moi. » Le texte grec ne dit pas : suis-moi, mais : accompagne-moi, non pas derrière (ce qui est la place du diable : « passe derrière moi, Satan ») mais avec. Le manque n’est donc pas affecté de la même manière chez Matthieu et chez Marc : chez Matthieu, c’est le jeune homme qui demande ce qui lui manque. Il n’en sait rien car il ne manque de rien ; « Que ma manque-t-il ? » est une question de quelqu’un qui a beaucoup, sinon tout. Chez Marc, c’est Jésus qui lui dit : « une seule chose te manque… » Parce qu’il l’aime, il voit son manque. Le manque change dont le sens : pour le jeune homme, le manque est une question : il ne voit pas ce qui pourrait lui manquer, mais il veut bien qu’on le lui montre : « que me manque-t-il encore ? » Pour Jésus, ce jeune homme a un manque béant : une seule chose lui manque. Or pour combler ce manque, il lui faut manquer de tout : « Vends ce que tu as. » Et il ajoute : « Puis viens, accompagne-moi. » Jésus cherche des disciples en manque parce qu’ils seront débarrassés de leurs biens. Mais ce n’est pas encore assez : allégés de leurs biens, ils doivent encore se débarrasser d’eux-mêmes : « Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même. » (Mt 16, 24) Ce renoncement à soi est notre tourment, car si nous consentons à lâcher beaucoup de choses, nous tenons à nous-mêmes, nous nous défendons, nous voulons être honorés dans ce que nous sommes. C’est ce que Satan dit à Dieu qui vante la fidélité et la droiture de Job : « Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? Tu as béni toutes ses entreprises. Mais touche à ses os et à sa chair, et je gage qu’il te maudira ! » (Job 1, 1-9) Couvert d’ulcères sur son fumier, Job n’a pas maudit Dieu. Ceux qui sont frappés par le malheur demandent souvent : « Qu’ai-je fait à Dieu pour qu’il me traite ainsi ? » Un jeune homme est venu me dire, un jour, qu’il en voulait à Dieu parce que sa mère alcoolique était devenue laide. Je lui ai dit : « Je te demande pardon » – « Mais vous n’y êtes pour rien »- « Dieu non plus. » Si Dieu veut notre honneur, pourquoi Jésus demande-t-il de renoncer à soi-même ? Tous les parents ont la réponse : ils consentent à beaucoup de renoncement à eux-mêmes pour leurs enfants. Renoncer à soi-même n’a donc de sens que pour un amour. Et c’est bien ce que Jésus demande : se détourner de soi pour aimer.

L’amour est ennemi du peu. Personne ne songerait à dire : « je t’aime un peu ». Et pourtant… dans la vie communautaire quotidienne, on n’aime pas toujours beaucoup le voisin. Il est tellement différent par son origine, son histoire, son tempérament. La différence nous heurte et nous provoque. Ne parlons pas trop vite ici d’amour mais d’amitié. Or l’amitié se prête mal à une résolution. Elle éclot comme une fleur. La plupart du temps, quand nous essayons d’être amicaux, il s’agit d’éviter l’inimitié. C’est ce qui est à notre portée, tandis que l’amitié ne peut que nous être donnée. Or l’amitié cultive le peu : elle est attentive aux détails dans lesquels elle se joue. Elle fait du peu l’occasion d’un raffinement. On peut bien comprendre ainsi la parole de Jésus : « Tu as été fidèle en peu de choses… ». Tu as excellé à inscrire ta fidélité dans le peu quotidien. Tu as mis beaucoup dans le peu. C’est bien ce qui fait la noblesse d’une vie de moine appliquée aux me-nues tâches qui lui sont confiées avec la même ardeur que s’il bâtissait une cathédrale. Le moine est grand dans l’accomplissement du peu que requiert la monotone suc-cession des jours. Il répond à l’appel de la cloche qui le tire de son occupation pour aller à l’opus Dei, l’œuvre de Dieu à laquelle il ne faut rien préférer. Il apprend ainsi que ce qui l’occupait est en fait bien peu de choses : il ne devrait pas être difficile de renoncer à ce qui est si peu. Mais voilà : j’étais absorbé par ce peu au point qu’il était beaucoup. L’appel de Dieu libère du peu qui emprisonne.

Pourquoi dès lors faire l’éloge du peu ? Parce que là gît la possibilité d’un raffinement. L’action de ciseler le montre bien : on découpe avec un ciseau pour mettre en valeur les menus détails. C’est un art. Les arabes y excellent parce que l’écriture arabe se prête merveilleusement à ces entrelacs, et d’autant plus que toute figuration est proscrite par l’Islam. Le peu est ami de la finesse. Cela peut s’entendre d’une œuvre, mais aussi bien d’un style de vie : c’est dans les détails qu’un art de vivre se révèle. Ce devrait être le cas de la vie monastique qui est moins régie par des règles que soumise à un art. Il s’agit d’une allure, d’une certaine manière, ou d’une manière certaine d’honorer le temps et les lieux. Vivre devient un art.

Il convient cependant de se méfier de ce prétendu art de vivre. L’art requiert un artiste, et si le moine devait être considéré comme un artiste de sa vie, et les moines en-semble comme des artistes de leur communauté, ce serait des artistes besogneux, et le résultat de leur labeur relèverait davantage de l’artisanat que de l’art. La vie monastique quotidienne est plus souvent peineuse qu’enjouée. Ce n’est pas pour rien que Saint Benoit souligne que si la vie d’un moine devrait être en tout temps régie par la même observance que pendant le carême, « peu ont ce courage ». Cette observation de Benoit est remarquable : le courage fait dé-faut aux moines. Peu de courage. Peu de courageux. Or le courage est quotidiennement requis dans la vie monastique. Au postulant qui se présente, il faut exposer clairement « toutes les choses dures et âpres par lesquelles on va à Dieu ». En aura-t-il justement le courage ? C’est important de le lui dire à l’avance, mais le moment venu sera toujours plus rude que ce qui était annoncé.

« Combien de pains avez-vous ? Allez voir ! » (Mc 6,38) Jésus adresse cette demande aux disciples qui viennent de lui suggérer plutôt de renvoyer la foule qui l’a suivi : « L’endroit est désert, ont-ils dit, et l’heure est déjà très avancée ; renvoie-les afin qu’ils aillent dans les fermes et les villages d’alentour s’acheter de quoi manger ». « Donnez-leur vous-mêmes à manger » répond Jésus. Cette injonction est aussi aberrante que provocante car il y a là cinq mille hommes ! Les disciples auraient pu simplement hausser les épaules avec stupeur. Mais ils vont quand même voir leurs provisions : cinq pains et deux poissons ! Dans l’évangile de Jean, c’est André qui a repéré un jeune vendeur avec ses cinq pains et ses deux poissons, et il com-mente : « Qu’est-ce que cela pour tant de monde ? ». (Jn 6,9) Le peu est confronté à l’immense. Le dérisoire va de-venir le germe d’une immense ressource : cinq pains pour cinq mille hommes ! Mais il fallait ce peu indispensable pour produire la surabondance. Le peu est donc nécessaire, mais il faut en prendre la mesure : « Allez voir combien ! ». Nous pouvons savoir assez, et même trop, de quel peu nous disposons. Aller voir quoi ? Il s’agit justement de faire la démarche d’aller voir, c’est-à-dire d’envisager le peu non plus comme un manque mais comme une ressource. Dieu a besoin de ce peu pour faire beaucoup. Il faut repérer le petit vendeur qui pensait se faire un peu d’argent et qui va nourrir la foule gratuitement, car le texte ne dit pas que Jésus lui ait acheté ses pains. Le peu est devenu merveilleux, il fallait simplement y aller voir.

Voilà donc pourquoi il convenait de faire l’éloge du peu, au lieu de toujours le déplorer. Nous étions pourtant bien prévenus : le Royaume est une petite graine, ou une pincée de levure. Ou plus exactement : il est la germination et la croissance de la graine, ou la pâte qui lève. Si donc nous sommes conviés à aller voir de quel peu nous dispo-sons, c’est pour percevoir la promesse de déploiement dont il est porteur. Mais il ne faut pas se tromper : le Seigneur a besoin du peu pour faire beaucoup, mais il n’y faut pas seulement un peu de foi. Le peu de foi est toujours l’objet d’un reproche. Il faut au contraire croire que l’on a déjà obtenu ce que l’on demande, si du moins notre demande est conforme à la volonté de Dieu. Dieu sait de quoi nous avons besoin avant que nous ne le demandions. Il connaît le peu dont nous disposons, mais il y voit notre ressource, et il se plait à l’honorer. Considérons donc le peu comme le terreau de sa grâce.

Comment Dieu s’y est-il pris pour parfaire son alliance avec les hommes ? Il a envoyé son Fils dans un canton perdu de l’empire romain. Jésus n’est pas sorti des li-mites de la Palestine. Il a prêché deux ou trois ans. Il a groupé une poignée de disciples de modeste extraction. Et il est mort dans l’ignominie de la croix. Cela suffisait à Dieu pour lancer l’évangile dans la suite des siècles. Il ne s’y prend pas autrement aujourd’hui. L’évangile n’est pas mieux annoncé un jour de fête place Saint-Pierre à Rome que dans les petites communautés au bout du monde. Il l’est encore chez nous dans l’indifférence générale alors même que nos contemporains sont avides de sens. Et il poursuivra sa course avec les générations à venir. Les chrétiens sont parfois inquiets des pannes de transmission qu’ils constatent et de l’affaiblissement des communautés croyantes. Ils ont bien tort, car rien n’arrêtera la course de l’évangile dans la suite des temps. L’Esprit continuera à faire beaucoup avec notre peu. C’est la loi du Royaume. Gardons au cœur la parole de Jésus : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ».

Fr. Bernard Poupard

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