Homélie du 5è dimanche du T.O. 2019, année C

Lc 5,1–11

Homélie du 5è dimanche du T.O. 2019

Les 4 pre­miers dimanches de l’année litur­gique étaient consa­crés à la pré­sen­ta­tion de la per­sonne de Jésus : son bap­tême, l’annonce d’un flot de vin nou­veau ; la pré­di­ca­tion inau­gu­rale à Nazareth qui se ter­mine mal : la Bonne Nouvelle n’est pas bien accueillie par tous. D’où la néces­si­té de for­mer des dis­ciples qui vont per­pé­tuer la mis­sion du Fils.
Pour évo­quer cela, l’évangéliste Luc a choi­si un récit de pêche mira­cu­leuse que saint Jean, lui, a pla­cé dans son évan­gile après la résur­rec­tion : rappelez-vous les 153 gros pois­sons tirés sur le rivage dans un filet qui ne se déchi­ra pas. Dans les deux récits, c’est l’apôtre Pierre (Simon) qui est au cœur de l’action, en ce sens que c’est lui qui est sol­li­ci­té par Jésus, c’est lui aus­si qui est mis à l’honneur après avoir confes­sé sa foi. On pour­rait dire qu’il est mis au centre par Jésus lui-même.

Rappelons-nous les faits. Jésus est au bord du lac de Génésareth, il est en train d’enseigner une foule qui l’entoure. Pour se faire bien entendre, il vou­drait s’éloigner de la rive et il réqui­si­tionne une barque qu’il aper­çoit près de lui. Comme par hasard, cette barque appar­tient à Simon-Pierre, lequel est en train de laver ses filets avec les­quels il a péché toute la nuit sans avoir rien pris. Deux évé­ne­ments vont se suc­cé­der : d’abord Jésus, assis dans la barque de Pierre conti­nue d’enseigner la foule. Et, quand il a fini, il demande à Simon-Pierre de s’éloigner en eau pro­fonde. Et c’est là qu’il va opé­rer le miracle de la pêche mira­cu­leuse. Jésus donne l’ordre à Pierre (Il avait donc pris place à ses côtés) de « jeter les filets pour prendre des pois­sons ». Pierre et ses com­pa­gnons com­mencent par objec­ter : ça ne sert à rien ! le pois­son ne mord pas ou bien il ne veut pas entrer dans nos filets ! Mais, par obéis­sance aveugle à Jésus, leur Maître, ils le font ; ils jettent donc leurs filets en eau pro­fonde et ils ramassent une telle quan­ti­té de pois­sons, petits et gros, que leurs filets se déchirent. Il faut l’aide de ceux qui étaient mon­tés dans la deuxième barque.
La suite du récit ne concerne plus que Simon-Pierre, mais nous appren­drons en finale du récit que tous vont suivre le Christ : en tout cas Pierre, Jacques et Jean, les trois Apôtres qui seront avec Jésus sur la mon­tagne de la Transfiguration. Terminons le par­cours : à la vue de l’énorme quan­ti­té de pois­sons qu’ils avaient prise, Simon-Pierre est pris d’un coup de foudre pour Jésus : « Seigneur, éloigne-toi de moi car je suis un homme pécheur. L’effroi l’avait sai­si, lui et ses com­pa­gnons, devant la quan­ti­té de pois­sons qu’ils avaient prise » Qu’à cela ne tienne, lui répond Jésus : « Sois sans crainte, désor­mais ce sont des hommes que tu pren­dras ».

Dans un récit de pêche mira­cu­leuse, l’évangéliste com­bine plu­sieurs thé­ma­tiques : Jésus enseigne, il appelle ses pre­miers dis­ciples, il leur montre en même temps la mis­sion prin­ci­pale qu’ils devront tou­jours avoir en tête : prendre des hommes, le plus pos­sible, en les ensei­gnant inlas­sa­ble­ment. La pêche mira­cu­leuse contient d’ailleurs en elle-même un ensei­gne­ment : pour Dieu tout est pos­sible, à la condi­tion que les hommes veuillent col­la­bo­rer, et qu’ils tra­vaillent ensemble.

Et c’est cet ensei­gne­ment qu’il nous reste à déve­lop­per. Tout l’intérêt du récit est dans ce constat d’échec : « nous avons pei­né toute la nuit sans rien prendre ». Oui, tant d’échecs jalonnent notre exis­tence : dans notre couple, dans notre famille où tel enfant a mal tour­né, dans notre vie pro­fes­sion­nelle qui a connu des flops inat­ten­dus, dans notre vie sen­ti­men­tale ou affec­tive où nous avons l’impression de ne pas être aimé ou tout sim­ple­ment recon­nu. Nous avons dû encore subir des épreuves lourdes : le décès de notre conjoint, de nos meilleurs amis ; le bête acci­dent, la mala­die, le han­di­cap nous ont ébran­lés. Tous ces évé­ne­ments nous ont décou­ra­gé à coup sûr. C’est sur ce fond embru­mé que nous enten­dons Jésus nous dire « Jetez les filets pour prendre des pois­sons ». J’ai obser­vé que le texte passe du sin­gu­lier au plu­riel quand il s’agit des filets qu’il faut jeter. Vv. 5–6 : « Maître, nous avons pei­né toute la nuit ; mais sur ton ordre, je vais jeter les filets » « Ils le firent et ils prirent une telle quan­ti­té de pois­sons que leurs filets se déchi­raient ». Dans ma pré­pa­ra­tion j’ai lu cette interprétation-ci que je trouve très per­ti­nente : le véri­table miracle n’est pas tant que les filets soient rem­plis à cra­quer, mais que sur la parole du Christ, Pierre ait accep­té de faire confiance, d’avancer en eau pro­fonde et de recom­men­cer à pêcher. Si nous avons com­pris cette sub­ti­li­té, nous avons tout com­pris et nous pou­vons oublier tout le reste.

Cette petite prière monte à nos esprits : ‘ Seigneur, sur ta parole je vais reprendre cou­rage, je met­trai toutes mes éner­gies et tous mes talents à ta dis­po­si­tion sur le plan fami­lial, édu­ca­tif, cultu­rel, poli­tique, éco­no­mique, afin d’apporter ma petite contri­bu­tion à notre monde contem­po­rain’ Tant de contra­rié­tés menacent notre paix inté­rieure ; nous sommes si vite décou­ra­gés par des affaires qui nous scient les côtes, qui nous empêchent de conti­nuer notre route, pensons-nous. Seule la foi en Jésus Christ peut nous sau­ver de ces mau­vaises passes.
Croyons que Jésus peut opé­rer un miracle en nous et sur sa parole ‘jetons les filets’ non pas pour notre inté­rêt per­son­nel, notre mieux-être, mais pour le royaume de Dieu. Cette dif­fé­rence me paraît impor­tante pour que nous ne leur­rions pas. La fina­li­té du miracle que Jésus opère c’est bien de mon­trer à Pierre que sa pêche sera désor­mais des âmes pour le royaume de Dieu. « Désormais ce sont des hommes que tu pren­dras » Il en est de même pour tous les miracles : ils montrent la puis­sance de Dieu, non pas celle de l’homme.

Les exemples d’Isaïe le pro­phète et de Paul le grand ora­teur nous confortent dans cette voie : Dieu a besoin de nous pour étendre son royaume à tous les hommes. Pierre, Paul et Jacques doivent avan­cer en eau pro­fonde, ils doivent jeter les filets pour prendre un grand nombre de pois­sons et les rame­ner sur le rivage, que les filets se déchirent ou pas, que les pois­sons soient petits ou gros.

fr. Yves de Patoul

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