8ème dimanche du T.O. année C

Homélie pour l’Eucharistie du 8ème dimanche ordinaire

3 mars 2019

Lc 6, 39-45

« Enlève d’abord la poutre de ton œil »

Dimanche dernier, le fr. Pierre posait la question : cet évangile, à propos de l’amour des ennemis, est-il une Bonne Nouvelle ou une exigence impossible ? Ne serait-il pas plus vrai de dire : je vous annonce une mauvaise nouvelle : tout le contenu de ce soi-disant Evangile – euaggelion en grec – amour des ennemis, auquel s’ajoute aujourd’hui l’appel au non-jugement, est tout simplement inatteignable, impossible… à moins que… Essayons de voir maintenant.

« Enlève d’abord la poutre de ton œil ». Tandis que je méditais sur cette parole, j’avais devant les yeux plein de poutres : des bûcherons professionnels abattaient sous mes fenêtres d’énormes hêtres séculaires qui bientôt, sans doute, deviendraient des poutres.

Familier des réalités de la vie quotidienne, Jésus a vu des poutres : peut-être dans l’atelier de son père ? Ou dans le Temple de Jérusalem construit par Hérode à grand renfort de bois de cèdres du Liban. Comme souvent quand il s’adresse aux foules, Jésus s’empare des images de la vie pour traquer le péché là où il se trouve, soucieux de guérir non seulement les corps mais encore les cœurs de ses auditeurs : « Hypocrite ! Enlève la poutre de ton œil avant de t’occuper de la paille qui est dans l’œil de ton frère ! » Frotte-toi les yeux, débarrasse toi des jugements hâtifs, détourne ton regard de tout ce qui ternit l’image de ton frère. Et en plus : regarde-toi toi-même connais-toi toi-même.

C’est donc à un gros travail auquel sont conviés les chrétiens par l’évangile de ce jour : un travail de bûcheronnage, de débardage spirituel, mais en même temps, un travail qui débouche sur l’essentiel. Un travail qu’on pourrait qualifier de «pénitence » si ce mot n’avait pas mauvaise presse aujourd’hui : mauvaise presse, oui, si on oublie que ce travail conduit au merveilleux sacrement de la pénitence et de la réconciliation qu’on peut résumer ainsi : « Oui, Père, nos yeux sont encombrés de poutres, nous ratons le but, nous manquons la cible,- c’est la définition biblique du péché – mais en même temps nous croyons que tu nous aimes personnellement et passionnément et que Toi, tu n’as pas de poutre dans les yeux ! » Peut –on mieux résumer cela que par cette antienne souvent chantée pendant le Carême : « Changez vos cœurs, croyez à la Bonne Nouvelle, changez de vie, croyez que Dieu vous aime. »

Comment ne pas penser ici à ces lignes d’Isaac le Syrien un des plus grands spirituels de l’Orient chrétien (au VIIème siècle) : « N’essaye pas de distinguer celui qui est digne de celui qui ne l’est pas. Que tous les hommes soient égaux à tes yeux, pour les aimer et les servir. Le Seigneur n’a-t-il pas partagé la table des publicains et des pécheurs sans éloigner de lui les indignes ? Voici, mon enfant, un commandement que je te donne : que la miséricorde l’emporte toujours dans ta balance, jusqu’au moment où tu sentiras en toi la miséricorde que Dieu éprouve envers le monde. »

Nous voici au cœur de la Bonne nouvelle : c’est comme si nous entendions Jésus nous dire « N’avez-vous pas encore compris ? ce que je vous demande n’est que la conséquence de la miséricorde du Père ou plutôt de la prise de conscience de ce qu’est la miséricorde du Père». Nous entendons parler de méditation de pleine conscience : pleine conscience, oui : mais de qui, de quoi ? Les paroles de Paul aux Corinthiens vont dans le même sens : « Rendons grâce à Dieu le Père qui nous donne la victoire par Notre Seigneur Jésus-Christ. » Quant aux Romains, il leur écrit : « Il n’est pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde ». (Rm 9, 16)

Et voici l’Eucharistie : c’est impressionnant d’être ici ensemble, si différents par l’âge, la formation, les talents, les convictions : nous sommes venus « à la Messe » comme on dit, à l’invitation de Celui qu’on ne voit pas mais dont nous recueillons l’écho des Paroles et le témoignage d’un amour sans retour « pour la multitude ».

Ensuite viendra le retour à la maison, où, dans le secret de notre chambre, nous puiserons auprès du ressuscité la joyeuse capacité de regarder notre prochain avec des yeux neufs, nous rappelant cette page impressionnante de Blaise Pascal rapportant ce moment poignant où il entend Jésus s’adresser à lui : « Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé. Je pensais à toi dans mon agonie, j’ai versé telle goutte de sang pour toi. »

Alors : l’Evangile : Bonne Nouvelle ou invitation dérangeante à changer de vie ? La réponse ne peut être trouvée qu’en présence de Celui qui nous a aimés le premier et qui nous fera reprendre avec plus de vérité le psaume chanté tout à l’heure :
« Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur, …d’annoncer dès le matin ton amour. » ps. 91

AMEN !

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