6è Dimanche Pascal

Dimanche 2 juin 19

6è Dimanche Pascal

Je vais vous par­ta­ger un fruit de ma contem­pla­tion des textes de ce jour. Pour les per­sonnes qui l’ignoreraient, je pour­suis actuel­le­ment un Master un Théologie. Ma médi­ta­tion sera donc nour­rie de ce que je suis en train d’étudier. Vous ver­rez, ne vous éton­nez pas, qu’elle sera ponc­tuée de quelques moments de brefs silences. Je suis heu­reuse de pou­voir, de façon très très modeste et fra­ter­nelle, vous le par­ta­ger.

Je relève un point com­mun aux dif­fé­rentes lec­tures de ce jour, que je résume en un mot : « extré­mi­té ». Dans la pre­mière lec­ture, nous est racon­tée la fin tra­gique de l’existence d’un homme : Etienne, pre­mier martyr/témoin chré­tien… Le psaume parle de la gloire de Dieu vue par tous les peuples, c’est-à-dire jusqu’aux extré­mi­tés de la terre… Nous avons lu la fin de l’Apocalypse, avec ces mots très forts : « Je suis l’Alpha et l’Omega, le com­men­ce­ment et la fin ». L’Évangile de ce dimanche nous conduit aux der­nières paroles de la prière de Jésus, prière d’adieu clô­tu­rant les dis­cours d’adieu des cha­pitres pré­cé­dents. Cette prière sera direc­te­ment sui­vie du récit de la pas­sion.

En cette prière, nous sommes conviés dans l’intimité même de Jésus avec son Père. C’est sa prière d’adieu. Or, quand quelqu’un est sur le point de par­tir — nous en avons sans doute tous déjà fait l’expérience — les der­niers moments par­ta­gés sont extrê­me­ment pré­cieux ; on essaye de ne perdre aucune de ses paroles et celles‐ci ont vrai­ment tout leur poids. C’est peut‐être pour cela que Jésus parle de gloire (ce qui signi­fie « lourd » en hébreu (kabowd))… C’est tout le poids de cet amour qu’il désire encore faire connaître jusqu’au bout : « Père, ceux que tu m’as don­nés, je veux qu’ils contemplent ma gloire… », le poids de notre amour… Ce moment lourd de signi­fi­ca­tion nous appelle sans doute à une atten­tion par­ti­cu­lière.

J’aimerais dès lors nous invi­ter à réécou­ter, dans ce sens, les 3 pre­miers ver­sets de l’Évangile de ce jour (pour que ce ne soit pas trop long) avec une atten­tion par­ti­cu­lière. Je nous invite à lais­ser réson­ner au fond de nous‐mêmes un mot, une phrase… Peut‐être aus­si que rien ne nous tou­che­ra… Alors, res­ter aus­si avec ce rien, avec ce vide qui creuse le désir. (voi­ci une tra­duc­tion lit­té­rale, très proche du texte grec)

Ce n’est pas seule­ment pour ceux‐ci que je prie,
mais aus­si pour ceux qui croi­ront en moi grâce à leur parole
afin que tous soient un
comme toi, Père, en moi et moi en toi
pour qu’eux aus­si soient en nous,
afin que le monde croie que toi, tu m’as envoyé.
Et moi, la gloire que tu m’as don­née, je leur ai don­née
pour qu’ils soient « un » comme nous « un »,
moi en eux et toi en moi
afin qu’ils soient (ayant été) ren­dus accom­plis dans l’un
pour que le monde connaisse que toi, tu m’as envoyé
et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.

(silence)

Je ne vais sou­li­gner que deux petits points, limi­tés aux deux pre­miers ver­sets :

Ce n’est pas seule­ment pour ceux‐ci que je prie,
mais aus­si pour les croyants en moi grâce à leur parole
afin que tous soient un
comme toi, Père, en moi et moi en toi

Voici les deux points : le pre­mier sera « les dis­ciples de seconde main » (bref) et, le second, l’unité.

Les « dis­ciples de seconde main », l’expression vient de Kierkegaard : nous ne sommes pas des dis­ciples de pre­mière main dans le sens où nous n’avons pas connu le Jésus his­to­rique, comme les pre­miers dis­ciples. Mais nous connais­sons le Christ par leur entre­mise, par ce qu’ils nous ont rap­por­té de lui, par témoins inter­po­sés. Cette longue et inin­ter­rom­pue chaîne de témoins se noue depuis le pre­mier siècle (exemple Etienne) jusqu’en notre XXIe siècle et ce mal­gré toutes les fai­blesses de l’Église au long de l’Histoire… Ce que nous tra­ver­sons comme crise, ce n’est pas du tout nou­veau ! Et pour­tant… L’Évangile nous est par­ve­nu comme Bonne Nouvelle par des témoins res­tés fidèles à toute époque. Nous ne nous sommes pas don­né la foi à nous‐mêmes. Elle est un don, une trans­mis­sion. Et nous fai­sons par­tie de cette chaîne… Par qui, par quoi ai‐je reçu la foi ? Par mes parents ? par mes grands‐parents ? par Clerlande ? par une lec­ture ? par la nature ?… Pendant un bref ins­tant, nous pou­vons faire mémoire et remer­cier inté­rieu­re­ment le Seigneur… (silence)
Le second point. J’aime beau­coup l’image de Dorothée de Gaza (VIe siècle) :

« Imaginez que le monde soit un cercle, que le centre soit Dieu, et que les rayons soient les dif­fé­rentes manières de vivre des hommes. Quand ceux qui, dési­rant appro­cher Dieu, marchent vers le milieu du cercle, ils se rap­prochent les uns des autres en même temps que de Dieu. Plus ils s’approchent de Dieu, plus ils s’approchent les uns des autres. Et plus ils s’approchent les uns des autres, plus ils s’approchent de Dieu. » (Instructions VI)

Souvent, quand on pense à « uni­té », on pense aux efforts que l’on doit faire en vue de cela… Mais en réa­li­té, plus on s’approche de Dieu, plus on devient proche, unis les uns aux autres. Et on n’aime pas alors à par­tir de notre propre amour, mais à par­tir de l’amour-même de Dieu qui est au centre. C’est ce que répètent tous les spi­ri­tuels, dont st Bernard (dans Traité de l’Amour de Dieu) : pour que cet amour de l’autre soit sans retour sur moi‐même, « il faut néces­sai­re­ment que Dieu en soit la cause. Sinon, com­ment puis‐je aimer de façon dés­in­té­res­sée, si je n’aime pas en Dieu ? »

Tout l’Évangile de Jean montre aus­si le désir de Dieu de faire connaître cet amour qui l’habite, cette rela­tion intime des trois Personnes divines des­ti­née à débor­der sur le monde. C’est d’ailleurs ce qu’exprime l’Évangile de ce jour ; il insiste sur la « connais­sance » qui, dans la Bible, n’est pas pure­ment intel­lec­tuelle, mais exis­ten­tielle : « Je leur ai fait connaître ton nom (c’est-à-dire ta Personne, qui Tu es) afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux ». « Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux »… St Bernard (dans le Traité de la Grâce et du Libre Arbitre) déclare aus­si que pour être capable d’aimer, il faut connaître et avoir goû­té cet amour de Dieu (sapor/sapere -goû­ter : savoir, com­prendre). Récemment, com­ment ai‐je pu goû­ter l’amour de Dieu pour moi ? Cela peut être à tra­vers la nature, la rela­tion avec d’autres, la prière… Je prends un petit temps pour m’en rap­pe­ler…

(Silence)

Etienne, dans la pre­mière lec­ture, a été témoin, repro­dui­sant le Christ jusqu’à mou­rir comme lui en par­don­nant… Dans le psaume, les cieux pro­clament la jus­tice, c’est-à-dire ce qui est ajus­té à Dieu… Dans l’Apocalypse, il est éga­le­ment ques­tion de témoi­gnage… Pendant cette eucha­ris­tie, nous pou­vons peut‐être conti­nuer à être atten­tifs à ce que Dieu désire nous don­ner en ce jour, quelque chose d’unique, pour­quoi pas, d’inattendu… à tra­vers sa Parole, le geste eucha­ris­tique, toute la litur­gie… Nous pour­rons le remer­cier et en vivre ensuite « afin que le monde - c’est-à-dire cha­cune des per­sonnes que nous ren­con­tre­rons — connaisse que Toi Dieu, tu les as aimées comme tu nous as aimés ».

Florence Draguet

Billets apparentés

6e dimanche de Pâques, 1e mai 2016 Homélie du 6e dimanche de Pâques, 1e mai 2016. A la Cathédrale S.S. Michel et Gudule, lors de la « Messe des artistes » de 12h30. « …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.