18è Dimanche T.O

Dimanche 4 aout 2019

18è Dimanche T.O

Introduction

Quelle est la vrais mesure de nos jours ? Nous sommes ensemble ce matin pour raf­fer­mir notre foi, notre espé­rance et apprendre à conju­guer notre vie avec celle des autres.
Au début de cette eucha­ris­tie, tournons-nous vers le Père de tout amour et de toute misé­ri­corde et recon­nais­sons notre manque de soli­da­ri­té et de par­tage.

Un temps de repos m’a conduit au bord de la mer où je regar­dais des enfants creu­ser un trou dans le sable et, de leur petit seau se hâter de le rem­plir avec l’eau de la mer. Relation du tout petit et de l’infini de l’océan. Sagesse incons­ciente de la rela­tion entre la créa­tion et nous-même…

Homélie

Tout homme, au long de sa vie, est res­pon­sable de « ses choix de vent » comme l’exprime à sa manière Qohèleth. Mais qui est ce Qohèleth sou­li­gnant la folie de l’existence, la vani­té du par­cours de la créa­tion et celui de nos vies. Tout est-il vani­té ? Tout est-il folie ? Trois ouvrages de la Bible, for­mant un trip­tyque, sont attri­bués au roi Salomon, fils de David : le pre­mier, le livre des Proverbes lié à l’éthique, le second, dont nous avons enten­du un extrait, se nomme l’Ecclésiaste appe­lé aus­si Qohèleth est la connais­sance de la nature sou­li­gnant les rythmes cycliques de la vie se dérou­lant « sous le soleil ». Il laisse devi­ner la néces­si­té de la conver­sion et ce désir divin qui trouve sa pleine dimen­sion dans le troi­sième livre, le Cantique des Cantiques, plé­ni­tude d’une pré­sence et en même temps attente infi­nie du Bien-aimé. Ces trois écrits nous invitent pro­gres­si­ve­ment à un dépas­se­ment. Dans l’extrait que nous avons enten­du de Qohèleth, il s’agit d’un constat phy­sique de notre exis­tence et de son imper­ma­nence.
• Moi, Salomon, j’ai vu toutes les œuvres de Dieu qui se font sous le soleil (elles sont décrites dans 12 petits cha­pitres), le retour cyclique des choses, l’inutilité des efforts de l’homme, fût-il le plus com­blé, se suc­cèdent se répètent, invi­tant à la conver­sion.
• Ainsi, tous les tor­rents vont à la mer et la mer n’est pas rem­plie ; ce qui a été, c’est ce qui sera. Rien de nou­veau sous le soleil… Sagesse et sot­tise s’inscrivent dans de l’humour et un cer­tain cynisme. Nous sommes bien sous le soleil, ce qui marque une sépa­ra­tion nette entre Dieu dans le ciel et notre exis­tence.

Après avoir sai­si tout ce qui est cor­po­rel, fra­gile et péris­sable, celui qui s’applique à la sagesse, renonce au siècle tout entier, tend vers l’éternel et découvre l’invisible à tra­vers les figures de la ber­gère et du Bien-aimé du Cantique des can­tiques. Leur ren­contre à la fois cor­po­relle et mys­tique ouvre l’infini du cœur de Dieu. « Mon cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi ». Après tous les efforts de cette vie, tout s’envole, rien ne res­te­ra. Seul l’amour assu­re­ra la per­ma­nence de notre exis­tence. Amour, par­tage, par­don.

Deux petites para­boles de St Luc illus­trent la mis­sion de Jésus dans l’Evangile où tout se conjugue en termes de « nous », de soli­da­ri­té, et non pas en termes de je. La pre­mière his­toire s’inscrit dans le contexte de la Palestine au 1er siècle. Le père mort, deux fils s’affrontent. Le cadet veut recou­rir à un arbitre. Jésus refuse une jus­tice humaine qui n’est pas reliée à la venue du royaume de Dieu. Il rejette la cupi­di­té du cadet et son avi­di­té négli­geant le pro­chain.
L’évangile se réfère à la mis­sion de Jésus : aimer Dieu qu’il appelle mon Père et votre Père, à sanc­ti­fier son Nom, à faire adve­nir son Règne, à aimer ceux et celles qui deviennent ain­si nos frères et nos sœurs.

La deuxième para­bole décrit la pen­sée inté­rieure d’un grand pro­prié­taire ter­rien qui doit choi­sir entre la Sagesse de Dieu et le manque de réflexion des hommes. Les affaires de ce pro­prié­taire sont en effet flo­ris­santes ; elles sont le fruit de la géné­ro­si­té de la créa­tion. Que vais-je faire, se dit-il, devant une telle abon­dance ? Le dis­tri­buer aux pauvres ? L’idée ne l’effleure même pas ! Je vais recons­truire plus grand ma grange, mon gre­nier.

Son sou­ci est de capi­ta­li­ser. Son pro­gramme est simple, cen­tré sur lui-même : repose-toi, mange, bois, réjouis-toi… Dans les écrits du pro­phète Isaïe, on retrouve ce leit-motiv : « man­geons, car demain nous mour­rons ». Is. 22. 13. Cette expres­sion pro­ver­biale se retrouve dans Qohèleth : « Il n’y a rien de bon sous le soleil, sinon man­ger, boire et se réjouir » 8. 15. Le Dieu de la para­bole n’y va pas par quatre che­mins. Insensé, tu es fou : c’est la dérai­son qui te mène, le terme hébreu évoque la buée qui s’évapore.

C’est l’oubli de Dieu et des autres ! Cette nuit même, on va te rede­man­der ta vie. Qui va béné­fi­cier de ce que tu auras accu­mu­lé ? C’est le carac­tère insen­sé d’une vie sans Dieu ; le côté pas­sa­ger des richesses…Jésus méta­mor­phose notre réa­li­té ter­restre par cet Amour qui nous relie les uns aux autres. Et saint Paul dans l’épître aux Colossiens va encore plus loin : Frères et sœurs, si vous êtes res­sus­ci­tés avec le Christ, recher­chez les réa­li­tés d’en haut.

Notre vie est appe­lée à faire adve­nir le Royaume de Dieu au sein de notre com­mu­nau­té chré­tienne et la nour­ri­ture qui nous trans­forme est celle de l’Eucharistie. Frères et sœurs, mar­chons ensemble dans la sagesse divine qui passe par le mys­tère de la Croix du Christ et lut­tons contre cette part de nous-mêmes qui nous attire vers ces choix de vent que sont l’égocentrisme et les richesses du monde.

Mes sœurs, mes frères, en ce 18e dimanche, les textes nous rap­pellent le cycle répé­ti­tif de la vie où tout peut paraître vani­té des vani­tés, buée sur buée. Jésus nous enseigne à tra­vers deux petites para­boles que la vie ne se conjugue pas à la pre­mière per­sonne, mais au plu­riel et que nous avons aus­si à par­ta­ger les richesses de la créa­tion.

Maurice Carême décri­vait le jeu contras­té de la vie dans ces ver­sets :

Qu’a‑t-on per­du, qu’a‑t-on gagné à l’étrange jeu de la vie ? Ne perd-on pas, avec les années, Jusqu’à l’envie de gagner ?
La foi, l’amour, l’argent, la gloire, cha­cun joue le jeu comme il peut. Mais on devient si vite vieux au cœur de cette immense foire.
Qu’a‑t-on gagné, qu’-a-t-on per­du au jeu tra­gique des secondes ? Les dieux sont morts, le ciel s’est tu. Et l’homme est seul, si seul au monde !

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