21ème dimanche T.O. C

Dimanche 25 aout 2019

21ème dimanche T.O.

Introduction

« Louez le Seigneur, tous les peuples. Fêtez-le tous les pays !
Car son amour envers nous s’est mon­tré le plus fort.
Eternelle est la fidé­li­té du Seigneur ! » (Ps 117)

Bien chers frères et sœurs, bien­ve­nue à vous tous en ce dimanche enso­leillé ! Le psaume que je viens de réci­ter est le psaume le plus court de tous ! 2 ver­sets ! Et il invite à louer Dieu en « tous les pays », « tous les peuples » ! Quelle vision large ! Or c’est un petit peuple, ras­sem­blé sur un ter­ri­toire minus­cule de 40 km sur 40 km envi­ron, qui a crié ce poème ! Ouvrons-nous au plus large. Le grand car­ré n’a pas d’angles, dit un pro­verbe chi­nois. Ouvrons nos esprits, nos cœurs, nos mains, notre accueil des autres, à la lar­gesse de Notre Dieu qui veut la fête, une fête pour tous, une fête inclu­sive à l’absolu. Commençons par nous tour­ner, comme d’habitude, vers la croix, vers ce Christ aux bras lar­ge­ment écar­tés, por­té par les quatre ani­maux des quatre évan­gé­listes, et qui est des­cen­du au plus bas, aux enfers pour y reti­rer d’un coup Adam et Eve, nos proto-parents et qui est mon­té au plus haut, comme roi et sei­gneur de la gloire. Invoquons-le, supplions-le : Viens nous ouvrir à la lar­geur et à la pro­fon­deur et à la hau­teur de tout ton amour. Kyrie elei­son.

Homélie

Chers frères et soeurs,
Nous l’avons enten­du : une grande fête se pré­pare. Des pro­phètes, des vision­naires, nous l’on décrite : on vien­dra de par­tout, il y aura des vins exquis, des mets les plus raf­fi­nés, « un grand sacri­fice d’action de grâces sera célé­bré sur ma sainte mon­tagne », dit le Seigneur Dieu ! Des pèle­rins mon­te­ront des quatre coins du monde. Sophonie, cet autre pro­phète de ce pèle­ri­nage uni­ver­sel, déclare : « Plus d’arrogants qui se pavanent sur ma col­line, il ne res­te­ra qu’un peuple de pauvres, des pèle­rins humbles qui mar­che­ront épaule contre épaule, sous une seule épaule ! » Quelle image remar­quable : on se sou­tient, on « s’épaule » comme on dit, nul ne domine plus, nul n’écrase qui que ce soit ! Quelle vision ! Et cela date de plus de cinq cents ans avant notre ère ! Tout le psau­tier connaît ce rythme interne de la marche, quand on les relit dans l’ordre : on monte, on loue, on rend grâce et on se retrouve dans une com­mu­nau­té tou­jours plus large, où jeunes gens et jeunes filles dansent ensemble avec les vieillards, où les mon­tagnes et les col­lines, la mer et ce qu’elle contient, baleines et bêtes sau­vages, cèdres et pal­miers battent des mains et louent le nom de Dieu. Mêmes les anges entrent dans la fête : la terre crie : « Louez le Seigneur, vous aus­si, depuis les cieux ! », et eux d’en haut disent : « Et vous de la terre, louez le Seigneur ! » Les deux chœurs cherchent à s’harmoniser ici et main­te­nant, dans notre litur­gie actuelle !
Il y a dans nos Ecritures un remar­quable élan, une dyna­mique sou­vent oubliée et qu’on peut tra­duire, comme un dis­cer­ne­ment fait par les amis de Dieu : « Dieu veut la fête ! » Et celle-ci est pré­vue depuis la fon­da­tion du monde ! Jésus lui-même, avec sa conscience d’être le pro­phète de la fin, le pro­phète de l’ultime, avec qui s’ouvre le Règne de Dieu au cœur de l’histoire, venue à son terme, connaît cette fête. Il la rap­pelle aujourd’hui même : « On vien­dra du levant et du cou­chant, du nord et du midi, prendre place, avec Abraham et tous les pro­phètes, au fes­tin, dans le Royaume de Dieu ». Et il s’y réfère si sou­vent par ses gestes d’invitation à la table, avec Zachée, le publi­cain, avec le fils pro­digue, et son frère qui se bloque devant la porte et refuse d’entrer. Il témoigne à tous les coups de sa convic­tion intime : « Ne fallait-il pas faire la fête ? » Et il nous inter­pelle per­son­nel­le­ment : « Qui d’entre vous, s’il retrouve sa bre­bis per­due, ne va-t-il pas la por­ter sur ses épaules tout joyeux, et, arri­vé à la mai­son, invi­ter voi­sins et amis pour faire la fête ? Criant à tous : Réjouissez-vous avec moi ! Car ma bre­bis per­due est retrou­vée ! » « Qui d’entre vous d’ailleurs… » Il sup­pose que cha­cun d’entre nous a encore une telle logique de la fête au fond de ses entrailles et qu’il réagi­rait de la même façon !

Chers frères et sœurs, chers amis, interrogeons-nous : vit-elle encore au fond de notre cœur cette attente et espé­rance de la fête ? Dieu veut la fête, mais nous, voulons-nous encore la fête de Dieu ? Demain soir je me retrou­ve­rai au cœur de l’Italie, en plein désar­roi poli­tique… Quelle vision nous habite, dans toute notre Europe, inter­pel­lés que nous sommes par ceux qui viennent de l’Orient et du midi ?
« Venez man­ger de mon pain, boire à ma coupe, la table est dres­sée, tout est prêt ». Ce sont des mots de la Bible, des pro­phètes, des sages, et de Jésus lui-même. A son der­nier repas par­mi nous, repas grave, tra­gique à bien des égards, il signi­fie sa mort dans le pain rom­pu, et par la coupe qu’il fait cir­cu­ler, puis il ajoute : « Je ne boi­rai plus du fruit de la vigne – il annonce un jeûne, il annonce sa mort – jusqu’à ce que je le boive nou­veau avec vous dans le Royaume de Dieu ! » Il garde imman­qua­ble­ment le cap sur la fête, le Royaume, boire et man­ger avec vous !

Et la ques­tion se pose tout de même : Avec qui ? avec tous ? Qui en sera exclu ? Notre vie bien concrète se joue avec des sym­pa­thies et des anti­pa­thies, des inclus et des exclus, des pré­fé­rences et des refus, on le voit depuis le plus jeune âge, entre enfants déjà. La vision biblique de la fête s’éloigne alors de notre réa­li­té vécue, à moins de tra­vailler à notre com­mu­nion entre frères et sœurs, entre amis com­muns du même ami Jésus. Interrogeons-nous : si dans le fond de mon cœur j’exclue qui que ce soit, ne suis-je pas en train de m’exclure moi-même de la fête finale, me ren­dant indigne de cette fête ? [Sophrony : Si quelqu’un estime qu’un frère ou une sœur n’est pas à sa place ici, qu’il ait la déli­ca­tesse de s’en aller le pre­mier »] Ne dra­ma­ti­sons jamais nos rixes, nos conflits de ten­dances et d’opinions, car la consé­quence pour­rait bien être que nous-mêmes serions exclus du ban­quet mes­sia­nique final ! J’aime le réflexe du saint Sir Thomas More, avant qu’on lui retranche la tête à l’échafaud. Il demande au bour­reau de res­pec­ter sa barbe. Et il prie pour tous, éga­le­ment pour le roi qui a déci­dé de sa mort, qu’ils puissent se retrou­ver un jour ensemble à la même table, au ban­quet dans le Royaume. Et il rap­pelle ce qui est actuel­le­ment le cas, dit-il : Etienne lapi­dé et Saul qui don­nait sa pleine adhé­sion à ce meurtre, sont aujourd’hui ensemble com­mu­niant à la même table !

Il s’agira de pas­ser par la porte étroite, dit encore l’évangile, avec un étrange sagesse. Certains Pères de l’Eglise ont lu ce mot en y voyant la croix, la porte très étroite que le Christ lui-même a tra­ver­sée pour entrer dans le royaume. L’icône de la croix dans sa ver­ti­ca­li­té montre jusqu’où Jésus est allée par cette voie, jusqu’aux enfers et jusque dans la gloire divine. Julienne de Norwich, voyant le Christ en croix, est invi­tée par celui-ci à por­ter son regard sur la plaie, à entrer, à péné­trer l’ouverture étroite que la lance du sol­dat a por­té dans son côté. « Viens voir, lui dit le Christ, je te mon­tre­rai ». Et que voit-elle dans cet espace étroit, res­treint ? Une immense salle de fête illu­mi­née, dans laquelle se trouve réunis des hommes et des femmes de toutes géné­ra­tions, depuis le début de l’humanité. Elle a vu – comme une grâce unique – ce que Dieu veut et ce vers qui nous mar­chons. Et, dit-elle, cela m’a été mon­tré pour vous tous, comme récon­fort, comme pers­pec­tive de joie, comme pro­messe d’un bon­heur éter­nel pour nous tous.

Marchons ensemble vers cette fête de lumière, pauvres et humbles, sous une seul épaule, en com­mu­nion avec toute l’humanité en souf­frances, en ges­ta­tion pour qu’advienne le Royaume annon­cé par Jésus. L’eucharistie est chaque fois une anti­ci­pa­tion de cette fête, en attente de la grande Fête, « jusqu’à ce qu’il vienne ». Amen.

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