Assomption 2019

Jeudi 15 aout 2019

Assomption 2019

Magnificat

Si l’on deman­dait à un qui­dam culti­vé qui est l’auteur du mag­ni­fi­cat, il répon­drait sans doute qu’il y en a plu­sieurs, et des plus grands : Bach, Vivaldi, Monteverdi.
Et si l’on insis­tait : d’où viennent les paroles ? Les réponses seraient ouvertes et vagues : de la Bible, de l’évangile. Les plus éru­dits diraient : de saint Luc, et ils auraient rai­son car il est pro­bable que Luc les a assem­blées dans un pot-pourri de cita­tions bibliques pour les mettre sur les lèvres de Marie. Mais alors il vou­lait aus­si par­ler d’elle. Et que dit-il ?

Je réponds ici ce que j’ai écrit dans une médi­ta­tion de Noël : Luc dit que Marie est une fille d’Israël, une femme juive, et son chant célèbre l’accomplissement de la pro­messe à Abraham et au peuple d’Israël. Elle bénit Dieu avec les paroles de son livre. Nos peintres l’ont bien com­pris qui aiment à la repré­sen­ter le Livre à la main. Et c’est bien parce que Marie prie avec l’Écriture que son chant est aus­si vigou­reux et décoif­fant. C’est le chant des psaumes, la bal­lade des gens de peu, l’hymne de la grande revanche, non pas pour l’au-delà, mais pour main­te­nant : les grands et les riches sont ren­ver­sés et les pauvres sont com­blés. Tous les pro­phètes ont dit cela, et Jésus lui-même dans leur sillage : « Heureux, vous les pauvres ! Malheureux, vous les riches ! »

Comment pouvons-nous reprendre ces paroles sans nous leur­rer ? Car les riches sont tou­jours les plus puis­sants et toute la face de la terre fré­mit du gémis­se­ment des pauvres. Nous tra­ver­sons le monde avec l’évangile en mains et aux lèvres. Mais le monde bafoue l’évangile et méprise notre naï­ve­té. N’avons-nous pas d’autre des­tin que le mar­tyre ? Pourtant, ce monde si bavard s’est tu quand sont appa­rues les figures de Mère Teresa ou de l’abbé Pierre. Il s’est recueilli quand on a pro­je­té le film « Des hommes et des dieux », parce qu’il a bien sen­ti que là était la gran­deur de l’humain. Car l’homme a soif de gran­deur, il y aspire, et sa décep­tion est amère quand s’affaissent les gran­deurs illu­soires. Le cœur de l’humain est fait de noblesse. Il dis­cerne avec un tact très sûr ce qui le gran­dit, et il peut deve­nir féroce envers ceux qui le méprisent. Le peuple a pu se lais­ser entrai­ner par des impos­teurs, mais il s’est tou­jours ven­gé impi-toyablement quand il a com­pris son éga­re­ment. Malheureusement, le peuple ne retient pas les leçons de son his­toire et il retombe lamen­ta­ble­ment dans les mêmes pièges funestes.
Mais là peut encore venir le mes­sage de Marie : « respexit humi­li­ta­tem ancil­lae suae , il s’est retour­né vers l’humilité de sa ser­vante ».

À la soif humaine de gran­deur, Marie pro­pose son humi­li­té qui a le pou­voir de faire se retour­ner Dieu même.
Magnificat. Magnifier, gran­dir, jusqu’à exal­ter. Dieu seul est grand. Marie est une humble ser­vante. Et ce Dieu si grand a jus­te­ment fait pour elle de grandes choses : « fecit mihi magna qui potens est ». Il fait un échange : il lui donne sa gran­deur et il prend sa bas­sesse. C’est de Dieu que lui vient cet enfant qui sera au milieu de son peuple l’humble ser­vi­teur, à l’image de sa mère.
O Mère ! Mère très douce ! Mère de misé­ri­corde ! Nous t’offrons le bou­quet des beaux noms que nos pères t’ont don­nés : Rose magni­fique, Tour de David, Tour d’Ivoire, Maison d’Or, Arche de la nou­velle Alliance, Porte du ciel, Etoile du matin, Splendeur du monde.
Tourne vers nous, pose sur nous ton regard de misé­ri­corde. Vois tous ceux qui, par­tout dans le monde, pro­mènent ton image dans les rues qui deviennent sou­riantes. Vois les beaux ori­flammes qui claquent au vent. Vois la fer­veur du peuple qui t’honore. Vois tous ceux qui viennent allu­mer un cierge pour te deman­der de les sou­te­nir dans l’épreuve, de conso­ler leur peine.

Dans le Salve Regina que nous chan­tons le soir, nous par­lons de nos pleurs dans la val­lée de larmes. Si nous ten­dions l’oreille fine­ment, nous l’entendrions sûre­ment nous cor­ri­ger avec dou­ceur : tu nous dirais que c’est aus­si une val­lée sou­riante, la belle val­lée que tu as aimée en bas de Nazareth.
Les pleurs, tu les connais, toi qui t’es tenue debout au pied de la croix, Mater dolo­ro­sa. Mais nous te fêtons aujourd’hui dans la lumière riante de ta mon­tée au ciel.

Nos frères d’Orient parlent de ta Dormition. Nous avons plu­tôt pri­vi­lé­gié ton éveil, ta résur­rec­tion avec ton Fils. Le Christ s’est éle­vé lui-même, nous disons qu’il est mon­té au Ciel, mais toi, tu as été empor­tée par lui, assump­ta, et tu nous entraines dans ton sillage. Tu nous appelles à nous éle­ver tou­jours au-delà de nous-mêmes, à croire qu’il y a tou­jours un au-delà, qu’il faut encore aller plus loin.
Tu nous arraches à nos pié­ti­ne­ments, à la triste mono­to­nie de nos ater­moie­ments. Tu nous dis qu’il y a tou­jours plus haut, plus grand, plus beau.

Ô femme bénie entre toutes les femmes, avec toi nous fêtons nos filles, nos épouses, nos mères.
Et nous pou­vons bien te le deman­der : ne laisse pas L’Église aux mains des seuls hommes.
Au Cénacle, à la chambre haute, les apôtres étaient avec quelques femmes dit le texte, dont Marie, la mère de Jésus. Ces quelques femmes sont sou­vent oubliées, au pro­fit de toi seule, Marie. Garde-nous de les oublier encore.
Nous te fêtons tou­jours entre toutes les femmes.

fr Bernard

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