23è Dimanche TO ( C )

23è Dimanche TO ( C )

Dimanche 8 sep­tembre 2019
Luc 25 14–33

Introduction

Mes sœurs, mes frères, chaque moment de nos vies appelle au dis­cer­ne­ment. C’est vrai dans le quo­ti­dien autour de nous, mais aus­si dans les évè­ne­ments sociaux et poli­tiques plus graves. Les exemples foi­sonnent si nous ouvrons la T.V. un por­table, un jour­nal. Je n’évoquerai pas le Brexit, mais la misère au Venezuela et en Afrique, les mala­dies comme Ebola et les consé­quences des cyclones aux Bahamas et aux USA.
La ques­tion que l’Evangile nous pose ce dimanche c’est non seule­ment le dis­cer­ne­ment, mais l’engagement qui doit être le nôtre et en mesu­rer le prix. Le Christ nous a mon­tré l’exemple en nous aimant jusqu’au bout et en don­nant sa vie par amour.
Que ce dimanche soit pour nous un appel à lais­ser le Christ gran­dir en cha­cun de nous, dans nos familles et nos com­mu­nau­tés dans la prière et dans l’action. Au début de cette célé­bra­tion, recon­nais­sons notre fai­blesse et tournons-nous vers Celui qui est misé­ri­corde, dou­ceur et humi­li­té.

Homélie

Notre marche vers le Royaume de Dieu s’éclaire par un double fais­ceau de lumière. Le pre­mier s’inscrit dans les évè­ne­ments de chaque jour qui peuvent sur­ve­nir à l’improviste et qui nous appellent à des choix. L’autre fais­ceau est celui qui éclaire ces choix et oriente toute notre vie. Un œil sur le pas que nous avons à faire, l’autre regarde l’horizon et conduit notre marche vers l’avant. A cha­cun de ces pas, nous for­geons aus­si notre âme.
Cette ten­sion bipo­laire entre le moment pré­sent et son terme nous tourne, nous chré­tiens, vers le Royaume de Dieu, vers le visage du Christ qui illu­mine cette plé­ni­tude de la fin. Aussi, chaque ins­tant, habi­té par la répé­ti­tion ou la sur­prise, la joie ou l’adversité, est un moment de grâce et nous pou­vons le vivre comme si c’était le der­nier de notre vie où le Christ vient à notre ren­contre.

Dans la lec­ture de l’épître de St Paul, voi­ci l’inattendu qui sur­git dans la vie de Philémon. Quel choix va-t-il faire ? Paul lui demande de regar­der Onésime, esclave enfui et repris, non plus comme esclave mais comme un frère bien-aimé.
Cette lettre, la plus courte qu’ait écrite Paul, est plus qu’une demande de faveur per­son­nelle. Se consi­dé­rant comme un vieillard, pri­son­nier et non loin de sa mort, Paul s’adresse au chef d’une église domes­tique chré­tienne. A cette époque, la vision des esclaves n’est pas celle des esclaves afri­cains en Virginie, ni des ser­vi­teurs élé­gants dans une mai­son vic­to­rienne. A l’époque romaine, le nombre immense des esclaves était lié à la san­té éco­no­mique de l’empire. La révolte diri­gée par Spartacus en Italie dans les années 73–71 avant J‑Chr. eut des consé­quences finan­cières désas­treuses. A côté des formes dures comme les rameurs des galères ou des tra­vaux éprou­vants dans des mines, beau­coup tra­vaillaient à domi­cile chez des maîtres com­pré­hen­sifs. Philémon appa­raît comme un chré­tien aisé, avec Apphia son épouse et Archippe un proche ou son fils. Si l’évangélisation de la région fut faite par Paul, ce qui est pos­sible, la mai­son de Philémon devint le lieu de ras­sem­ble­ment de l’église locale et donc de l’eucharistie du dimanche.

Paul met donc au défi ce pro­prié­taire d’esclave chré­tien de bous­cu­ler les conven­tions : que son esclave Onésime échappe à la puni­tion légale, qu’il soit libé­ré, qu’il le reçoive comme si c’était Paul lui-même ! Les impli­ca­tions évan­gé­liques sont claires pour Paul : dans son épître aux Galates, il écri­vait : il n’y a ni esclave ni homme libre. (tous sont d’égale valeur). Tous ont été bap­ti­sés « en un seul corps » 1 Co 12. 13. Malgré la pres­sion sociale qui l’entoure, Paul invite à par­don­ner, à rece­voir à nou­veau son esclave enfui et plus encore ! à accueillir Onésime comme un frère bien-aimé, (révé­lant ain­si sa trans­for­ma­tion chré­tienne).

Paul ne veut pas chan­ger les lois sociales, mais que son cor­res­pon­dant entre dans les lois du Royaume.
Puis-je tra­duire qu’il soit illu­mi­né par le retour du Christ venu à sa ren­contre ? La réponse est variée et mul­tiple pour cha­cun de nous aujourd’hui. Comment le Christ peut-il gran­dir en nous dans notre uni­vers cultu­rel et social ? Regardons le moment pré­sent à la lumière du Ressuscité ?
Son Esprit nous inter­pelle, nous conduit et éclaire notre route. Dietrich Bonhoeffer a com­men­té l’engagement du chré­tien en fai­sant une dis­tinc­tion connue entre « la grâce bon mar­ché et la grâce qui coûte ». Ce sont pré­ci­sé­ment les paroles de l’Evangile de ce jour.

A cha­cune et cha­cun de cal­cu­ler avant de s’engager, comme nous cal­cu­lons avant de construire une mai­son ou avant d’engager la guerre, rap­por­tant les paroles du Christ. Ce sont des para­boles dignes d’un Maître de sagesse. Ce mes­sage d’allure pro­phé­tique est sans conces­sion : sans renon­cer à tout, impos­sible d’être son dis­ciple. Jésus parle d’abord de lui-même, puis de ses dis­ciples et de nous-mêmes. Le suivre jusqu’au bout implique de mon­ter sur la croix avec Lui, de le suivre sans tou­jours com­prendre. Comme les Juifs qui répon­daient à Moïse à pro­pos de la Loi qui leur était offerte : « nous le ferons et nous com­pren­drons ensuite ! » Que de déci­sions prises dans une vie sans trop savoir ce que nous accep­tons et que nous com­pren­drons plus tard.
Lors d’une confé­rence en Europe, racon­tait le P. Armand Veilleux durant la retraite, un Maître japo­nais prit son arc et visa au-dessus de l’assemblée pour atteindre dans le fond de la salle une cible en plein cœur.

St Luc, dans son Evangile trace droit le che­min de Jésus jusqu’à Pâques pour décrire ensuite dans les Actes des Apôtres la crois­sance de l’Eglise jusqu’à nous. Jésus sait que sa marche vers Jérusalem le conduit à la mort. Chacune de nos vies est par­se­mée d’épreuves. La meilleure issue pour nous est de lais­ser gran­dir le Christ en nous et de nous aban­don­ner à sa volon­té. C’est ce que nous célé­brons dans chaque eucha­ris­tie.

fr. Martin

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