24è dimanche T.0. ( C )

15 sep­tembre 2019

24è dimanche T.0. ( C )

« Jai per­du quelque chose ! » Je sup­pose que vous connais­sez bien le sen­ti­ment désa­gréable lié à la perte de quelque chose à quoi nous tenons ou dont nous avons un urgent besoin. Je ne suis pas à l’aise tant que je n’ai pas retrou­vé cet objet et, en plus, mille hypo­thèse me tra­versent l’esprit : oubli, dis­trac­tion, perte de mémoire, mal­veillance, vol etc.… Et puis quand il réap­pa­rait, quel sou­la­ge­ment, quelle joie d’avoir de nou­veau sous la main ce qui était per­du.

Aujourd’hui, dans l’évangile, il s’agit d’un objet, d’un ani­mal et enfin d’un être humain, un fils. Dans les deux pre­mières para­boles on cherche, on cherche jusqu’à ce qu’on trouve ; dans la troi­sième, on attend, on attend, jusqu’à ce que l’être aimé revienne. Laissons le ber­ger et la femme à la joie des retrou­vailles et venons-en au fils per­du. Ce jeune homme, avide d’indépendance, prend le large, mène la grande vie, dis­sipe son patri­moine en vivant « aso­toos » : ce mot grec évoque une vie misé­rable, qui ne peut être sau­vée : et le voi­là dans la gêne contraint à la déchéance.

On connaît la suite : il rentre en lui-même et en vient à sou­hai­ter un chan­ge­ment : et il ose. Vous ose­riez, vous, aller trou­ver celui qui a beau­coup à vous repro­cher ? Lui, il ose : met­tant toute honte de côté, lui qui était per­du, va vers de pos­sibles retrou­vailles ; lui qui était qua­si mort, se met en marche vers la vie ! En d’autres mots, il inves­tit dans la confiance en celui dont il peut rece­voir une nou­velle vie : « Oui, je me lève­rai – le mot « anas­ta­sis » évoque une résur­rec­tion – et j’irai vers mon père. » Qui va-t-il trou­ver au bout du che­min ?

Nous connais­sons la réponse pour l’avoir enten­du racon­ter des dizaines de fois ou pour l’avoir vu illus­trée par des peintres de toutes époques : celui qu’il trouve, c’est non seule­ment un père mais un « abba », un papa qui « pris aux entrailles, se jette au cou de son fils » sans attendre qu’il ait fini sa confes­sion. Incroyable, ce pauvre type qui méri­tait qu’on lui tombe des­sus à bras rac­cour­cis, qu’on lui fasse d’amers reproches, le voi­là accueilli à bras ouverts par ce Père qui évoque Celui que chan­tait l’Ancien Testament : « Dieu de ten­dresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour » ; ce Dieu qui trai­tait son peuple comme une maman appre­nant à son petit enfant com­ment faire ses pre­miers pas….

Cette para­bole concerne cha­cun de nous et notre monde dans son ensemble : der­rière le fils pro­digue se pro­file une huma­ni­té souf­frante, vio­lente, péche­resse, désem­pa­rée mais aus­si un monde avide de géné­ro­si­té, de par­don, de par­tage, de relè­ve­ment : « Oui, je me lève­rai… » Une huma­ni­té – et j’en fais partie- qui a besoin de savoir, de ne pas res­ter dans l’ignorance des trois para­boles de la misé­ri­corde. Ne pas res­ter dans l’ignorance : le drame de notre monde n’est peut-être pas tant la méchan­ce­té ou l’incroyance mais l’ignorance : Paul y fait allu­sion dans l’épitre de ce jour : « Moi, blas­phé­ma­teur, per­sé­cu­teur, violent, il m’a été fait misé­ri­corde car j’avais agi par « igno­rance » ; et dans la même lettre il parle de l’espérance reçue par l’annonce de l ’Evangile. C’est l’annonce de l’espérance qu’il s’agit de rece­voir : nous sommes ici pour ne pas igno­rer le vrai visage de Dieu ou encore pour nous remettre en mémoire que nous avons le droit, le droit de croire — j’allais dire qu’au bout de la vie, mais non, au cœur de la vie, il y a une espé­rance et que cette espé­rance porte un nom : Dieu Père, Abba : qui nous per­met d’être joyeux entre les bras de Celui que Paul appelle « le Père des misé­ri­cordes et le Dieu de toute conso­la­tion ». (2Cor. 1, 3)
Le fis aîné, dont nous n’avons pas par­lé, n’a pas accès à cette espé­rance : il demeure igno­rant : il ne peut croire qu’il puisse exis­ter un tel amour tel qu’il le voit se déployer devant lui. Il ne peut l’accepter, ni pour son cadet, ni pour lui-même. Quel Dieu rencontrons-nous en venant à l’Eucharistie… et dans la vie quo­ti­dienne ?

L’autre jour, au jour­nal télé­vi­sé – le Saint-Esprit soufflait-Il ?- je pense avoir sai­si un peu mieux le mys­tère de ce Dieu de ten­dresse qui s’adresse à chaque conscience humaine. Il s’agissait d’une inter­view de l’épouse et du fils du pilote du Canadair qui, le 4 août der­nier, s’est tué en lut­tant contre un incen­die de forêt en Provence. En quelques mots, l’épouse s’exprime, témoi­gnant de sa dou­leur. Ensuite son fils ajoute : « Avant de par­tir, mon père m’a dit : « Je t’aime, mon fils. J’ai répon­du : « Je t’aime, papa ! »

Frères et sœurs, en cette Eucharistie, pour que la joie de Dieu nous habite, entraî­nés par Jesus-Christ, allons vers notre Père ! AMEN

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