26è Dimanche T.O. ( C )

Dimanche 29 sep­tembre 2019

Lc 16, 19–31
Le riche et Lazare

26è Dimanche T.O. ( C )

Cet évan­gile est assez ter­rible pour nous, chré­tiens, catho­liques ou non, car à une très large majo­ri­té, nous sommes des riches à dif­fé­rents titres ; nous vivons à l’aise, nous avons reçu une bonne édu­ca­tion, nous sommes riches de nos idées, de nos convic­tions. Inversement, les pauvres n’entrent guère dans nos églises ; ils sont à nos portes pour tendre la main. Et si nous sommes bran­chés aux médias, nous les voyons sur nos écrans de télé­vi­sion par mil­liers, nous les voyons même débar­quer dans nos pays en flot presque conti­nu en quête d’un peu de digni­té. Et nous sommes inquiets ; cer­tains vou­draient leur dire : ren­trez chez vous, vous allez prendre notre pain. Je sais que la ques­tion des immi­grés est com­plexe, et qu’elle sus­cite des divi­sions à n’en plus finir. Elle ne se limite d’ailleurs pas à la seule ques­tion éco­no­mique, il s’y ajoute sou­vent une dimen­sion raciale. Nous par­le­rons donc de notre entou­rage plus immé­diat. Nous élè­ve­rons le débat à un niveau plus spi­ri­tuel qui laisse sans doute plus de liber­té, mais pas moins de ques­tion­ne­ment car si ce pauvre était Jésus lui-même qui attend au fond de notre cœur un peu d’affection, un peu de ten­dresse, que ferions-nous ? Le Christ men­diant d’amour tel était le titre d’un livre de Bernard Bro des années 70 du siècle pas­sé.

Que nous dit l’évangile ? Que, dans cette his­toire, il y avait deux per­son­nages très contras­tés dont le seul point com­mun est de vivre un enfer­me­ment : un riche qui fai­sait la fête tous les jours d’un côté : il n’était pas méchant, il s’amusait avec ses amis qu’il réjouis­sait par ses fes­tins quo­ti­diens, sa musique, sa grande culture. Un pauvre de l’autre côté qui espé­rait rece­voir des miettes de tous les fes­tins du riche : il ne deman­dait rien de plus que de rece­voir les miettes, ce que le riche va jeter comme on jette à la pou­belle ce que nous avons en trop. Mais rien n’y fait car le riche n’a même pas réa­li­sé la pré­sence du pauvre à sa porte. Tous les deux sont enfer­més dans leur condi­tion de vie. Il ne semble pas y avoir de com­mu­ni­ca­tion. L’auditeur de la para­bole est en droit de se deman­der com­ment il peut sor­tir de cet enfer­me­ment.

La suite de l’histoire se déroule dans les cieux, après la mort : le riche va en enfer et le pauvre Lazare va au ciel. L’histoire n’est pas tout à fait finie : un dia­logue, sur­réa­liste, se noue entre les deux pro­ta­go­nistes par Abraham le père des croyants inter­po­sé, celui aus­si qui a avait bon accueil aux anges de Dieu. Le riche vou­drait donc que Lazare – main­te­nant il réa­lise son exis­tence ! — vienne adou­cir ses souf­frances en enfer, et puis qu’il aille pré­ve­nir ses frères en richesse de ne pas com­mettre les mêmes erreurs que lui. Il en fait la demande à Abraham. Mais c’est un dia­logue de sourds. Abraham lui répond chaque fois que c’est impos­sible : la vie après la mort est la conti­nui­té de la vie ter­restre. Ce qui a été accom­pli sur terre, l’enfer ou le para­dis est irré­ver­sible : notre sort est scel­lé dès ici-bas.
Autrement dit : les souf­frances que toi le riche tu n’as pas épar­gnées aux autres, tu les subi­ras dans l’au-delà ; et inver­se­ment, lui Lazare, il rece­vra un bon accueil au ciel, lui qui n’as ces­sé d’espérer rece­voir ce que le riche n’a jamais vou­lu lui don­ner en guise de par­tage ou de com­mu­nion.

Vous me direz cer­tai­ne­ment qu’aujourd’hui, on ne doit plus croire à l’enfer, qu’il n’existe plus. Mais non, il existe bien aujourd’hui ici et là sur notre terre : pour les Musulmans Rohinga de Birmanie par exemple chas­sés de leur terre, pour les Congolaises de l’est du Congo vio­lées par les sol­dats des armées rebelles, pour les Yéménites qui subissent une guerre par nations rivales inter­po­sées depuis plus de dix ans et plus près d chez nous dans des foyers où la femme vio­len­tée par son mari et dans bien d’autres situa­tions que nous connais­sons tous et cha­cun.

Reve­nons encore une fois à la para­bole de Jésus dans le but avoué de sai­sir ce que nous pour­rions faire pour ne pas subir le même sort funeste que le riche de la para­bole. Quel est le reproche fon­da­men­tal que Jésus lui adresse ? Quel est son défaut vis­cé­ral ? Il n’a rien fait de mal, il n’a pas vio­len­té le pauvre mais il l’a igno­ré. Il n’a pas vou­lu le secou­rir alors qu’il était à sa porte pour lui deman­der quelque chose de ce qu’il avait en trop. Il n’a rien fait, il a péché par omis­sion. C’est aus­si un péché d’aveuglement. Il lui est repro­ché de ne pas regar­der autour de lui pour voir si quelqu’un avait besoin de lui, il lui est repro­ché de vivre égoïs­te­ment, de vivre sans se sou­cier de la misère des autres qui l’entourent. C’est sans doute le péché le plus com­mun que nous puis­sions com­mettre : ne pas faire ce que notre huma­ni­té com­mune avec d’autres frères nous oblige.

Ce reproche nous est adres­sé à nous tous qui vivons dans l’aisance. Nous ne fai­sons pas de fes­tin chaque jour, mais nous avons de nom­breuses assu­rances pour ne pas tom­ber dans la misère. Notre socié­té est ain­si faite qu’elle nous pré­mu­nit contre la pau­vre­té. Elle est sou­vent loin de nous. Par-dessus le mar­ché, nous avons de la chance que cer­taines orga­ni­sa­tions de la socié­té civile prennent la défense des per­sonnes désa­van­ta­gées. Celle-ci a pris le relais des nom­breuses orga­ni­sa­tions cari­ta­tives qui venaient en aide aux pauvres en leur prê­tant assu­rance. Je suis tou­jours dans une pro­fonde admi­ra­tion des membres de ces asso­cia­tions qui offrent une par­tie de leur temps à défendre leurs droits, à leur offrir ne fût-ce que pro­vi­soi­re­ment nour­ri­ture et loge­ment.

Tous ces avan­tages que notre socié­té nous lègue devraient nous rendre plus atten­tifs à tous ceux qui n’ont pas les mêmes chances que nous. Nous pou­vons créer des enfers à cause de notre inac­tion, de notre indif­fé­rence à la souf­france des autres. Inversement créer des para­dis sur cette terre est à notre por­tée. C’est même ce que les chré­tiens doivent essayer de faire, en bri­sant les chaînes de soli­tude, les murs d’indifférence, voire de mépris pour nos frères et sœurs qui sont dans le besoin.

Termi­nons cette homé­lie par une note spi­ri­tuelle : si, comme je le disais au début, le pauvre qui est à notre porte pour tendre la main afin de rece­voir un peu de notre atten­tion, de notre affec­tion était le Christ, est-ce que nous allons l’ignorer, lui dire peut-être : tu me déranges, j’ai autre chose à faire ? Sinon, la pro­chaine fois que nous ver­rons un pauvre tendre la main, empressons-nous de bien le rece­voir, de l’accueillir comme le Christ ain­si que le recom­mandent l’évangile (Mt 25 : j’étais pauvre et vous m’avez nour­ri) et saint Benoit dans sa Règle : rece­voir l’hôte comme le Christ.

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Une réflexion sur « 26è Dimanche T.O. ( C ) »

  1. Grand Merci frère Yves pour l’ex­pli­ca­tion et votre lec­ture de l’Evangile adap­té au XXIème siècle. Je vous sou­haite bonne conti­nua­tion dans la lec­ture des Paraboles et de la Bible et de vos com­men­taires.

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