FUNÉRAILLES DE JEAN-MARIE HANOULLE

FUNÉRAILLES DE JEAN-MARIE HANOULLE

mer­cre­di 2 octobre à 11 h

(Luc 12, 35–38)

L’évan­gile et les autres lec­tures que notre Père Jean-Marie a soi­gneu­se­ment choi­sis pour cette eucha­ris­tie nous révèlent sa vraie per­son­na­li­té, l’idéal qui l’a tou­jours habi­té. Plus encore : ils nous pré­cisent l’appel que Dieu nous adresse à nous aus­si par son inter­mé­diaire. En effet, il ne nous suf­fit pas d’entendre des textes bruts ; nous ne les enten­dons bien que vécus, incar­nés par des per­sonnes que nous aimons. C’est à tra­vers elles que le Seigneur nous appelle. Et quand ces per­sonnes nous quittent, leurs rai­sons de vivre appa­raissent avec une plus grande force encore et nous inter­pellent.

Un pre­mier mes­sage que le Père Jean-Marie nous laisse est l’importance d’écouter les frères, les sœurs, la Parole de Dieu, les signes des temps. Il a témoi­gné de la néces­si­té et la joie de l’écoute. Dans la mai­son des Hanoulle, la musique était tou­jours pré­sente. Rien de tel, pour apprendre à écou­ter, que la musique. Qu’on la joue ou qu’on l’entende, il faut tendre l’oreille, don­ner toute sa place à la mélo­die, au mou­ve­ment, sans inter­ve­nir. C’est donc tout natu­rel­le­ment que le jeune Jean-Marie pu dire un jour : « Parle, Seigneur, ton ser­vi­teur écoute ! »

Il a enten­du l’appel de l’évangile, il a enten­du l’invitation de saint Benoît, au début de sa ‘Règle des moines’ : « Écoute, mon fils… » et il est entré à l’abbaye de Zevenkerken. Puis, dans une grande humi­li­té monas­tique, et comme le pro­phète Isaïe, il a enten­du l’appel à la mis­sion, et y a répon­du : « Envoie-moi ! », et il est par­ti pour le Katanga et puis pour Kinshasa.

Et là, il a réso­lu­ment « pris la tenue de tra­vail ». Dans les dif­fé­rents postes où il a été orien­té, il s’est char­gé du ser­vice de ses frères. Je crois, per­son­nel­le­ment, que la pre­mière expé­rience forte et même trau­ma­ti­sante que Jean-Marie a connue a été déci­sive. Il avait17 ans quand, le 26 mars 1944, au soir, alors qu’il jouait au pia­no, un ter­rible bom­bar­de­ment aérien a com­men­cé sur Courtrai. Après une heure d’angoisse, toute sa famille en est sor­tie indemne, mais la belle mai­son que son père avait acquise, à la chaus­sée d’Aalbeke, a été com­plè­te­ment détruite. C’est pour­quoi, je crois, par­tout où il a été envoyé depuis, il a tenu à (re)construire de bonnes mai­sons. Que ce soit à Kansénia, à Lubumbashi (Saint-Placide et Notre-Dame-des-Sources à la Kiswishi), ou à Kinshasa (Mambré II et III), par­tout il a veillé à construire de belles mai­sons, pour don­ner des lieux accueillants pour ses frères et le Seigneur.

Mais toute cette vie de tra­vail et de ser­vice a été por­tée par un esprit de sim­pli­ci­té et de joie : oui, « Heureux ces ser­vi­teurs que le Maître à son retour trou­ve­ra en train de veiller ». Comme il l’exprimait, après 50 ans de vie monas­tique, le 2 février 1997, au Monastère de Mambré : « Seigneur, tu m’appelles, tu me rap­pelles : je suis comme un enfant qui court devant, qui court der­rière, mais ne veut pas perdre ta com­pa­gnie, ta pro­tec­tion, ta sécu­ri­té. Je joue le jeu de ma vie, le jeu de l’espérance. »

Serviteur fidèle et vigi­lant, nous l’avons sur­tout connu ici, dans la com­mu­nau­té de Clerlande, quand il a pu déve­lop­per ses talents de des­si­na­teur, encou­ra­gé par quelques amis qui le com­pre­naient mieux. Il nous a ain­si appor­té beau­coup de joie grâce à son talent, son humour. Certains par­mi nous ont alors pu l’accompagner géné­reu­se­ment et ami­ca­le­ment dans sa mala­die et sa fai­blesse et recon­naitre qu’il est tou­jours res­té plein de gra­ti­tude, comme éton­né par l’attention fra­ter­nelle et ami­cale qu’on lui por­tait.

Et tout à la fin de sa longue vie, il pou­vait dire : « Je ne te cherche même plus, Seigneur, mais je sais que tu es là, tout près ; tu me vois et tu me connais : c’est toi qui m’as façon­né comme ça. Je m’abandonne à toi… »

Et il ajou­tait : « Tu m’attends, tu attends que je cesse ma faran­dole de rêves et de pro­jets dans ma sem­pi­ter­nelle enfance : tu m’appelles, tu me rap­pelles… » Alors, nous le savons, comme nous le dit l’évangile, « c’est le Seigneur Jésus lui-même qui pren­dra la tenue de tra­vail et fera mettre à table son ser­vi­teur, pour le ser­vir ».

Oui, mes frères, mes sœurs, notre frère Jean-Marie nous montre aujourd’­hui ce che­min d’écoute et de ser­vice, de sim­pli­ci­té, de beau­té et de col­la­bo­ra­tion fra­ter­nelle, por­té par l’esprit de Jésus. Recueillons ce témoi­gnage, ce cadeau qu’il nous donne aujourd’­hui. Parce que ce qui nous habite, main­te­nant, par-delà la tris­tesse de la sépa­ra­tion, c’est l’action de grâce pour le don que Dieu nous a fait par la vie par­mi nous de notre frère Jean-Marie.

2 octobre 2019

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