Toussaint 2019

Homélie TOUSSAINT 2019

En cette fête de la Toussaint, nous rap­pe­lons à notre mémoire, nous ren­dons hom­mage, nous célé­brons, nous fêtons tous les saints au sens très large. Un peu comme saint Paul dans une de ses épitres dési­gnait les dis­ciples de Jésus, par le terme « les saints », c’est-à-dire ceux qui sont sanc­ti­fiés par l’E.S. qu’ils ont reçu au bap­tême. Rappelons-nous aus­si que nous sommes tous appe­lés à la sain­te­té. Abandonnons les pro­pos défai­tistes qui sourdent en nous : « Je ne suis pas un saint, je ne veux d’ailleurs pas le deve­nir. Les saints sont des héros qui ne m’intéressent pas. Tout au plus ont-ils été des modèles pour leurs contem­po­rains, mais aujourd’hui je les vois plu­tôt comme des modèles inac­ces­sibles ». A ce tableau sombre, ajou­tons encore le fait que les béa­ti­tudes peuvent nous paraître comme une sorte de mur infran­chis­sable, qui nous décou­rage rien que de le regar­der : il y a tel­le­ment de choses dif­fi­ciles dans tout cela pensons-nous.

J’aime­rais vous aider à trou­ver une image posi­tive de la sain­te­té, une image qui vous don­ne­rait des ailes pour voler vers la sain­te­té. Ce n’est pas si dif­fi­cile que nous ne le pen­sons. Mettons d’abord les choses au clair : l’Eglise fête aujourd’hui tous les saints, ceux qu’elle a choi­si de mettre en hon­neur, de fêter comme des icônes que l’on contemple, que l’on prie comme des femmes ou des hommes qui ont accom­pli une cer­taine per­fec­tion de vie chré­tienne. Ce sont les Apôtres, les mar­tyrs (nom­breux aux tout débuts de l’Eglise), les Docteurs (nom­breux entre le 4e et le 12e siècle), les prêtres et évêques pas­teurs ou abbés fon­da­teurs), les reli­gieux (hommes et femmes qui sont aus­si très nom­breux), des simples laïcs mariés ou non qui se sont illus­trés par une vie chré­tienne exem­plaire. A ma connais­sance, ils sont peu nom­breux, ceux qui ont été « cano­ni­sés ».
Mais c’est tous ceux-là pré­ci­sé­ment, ceux qui ne sont pas cano­ni­sés, que nous fêtons aujourd’hui, et ils sont une mul­ti­tude, des myriades de myriades (Ap 5). Beaucoup sont morts et l’histoire uni­ver­selle a per­du la mémoire d’un grand nombre d’entre eux. Seuls des docu­ments excep­tion­nels per­mettent de retrou­ver l’aura qu’ils avaient en leur temps. Dans cette caté­go­rie, il y en a de deux sortes : les grandes figures humaines qui ne sont pas « chré­tiennes » tel Gandhi, Mandela ou bien cette jeune femme juive Etty Hillesum qui a aidé un grand nombre de ses core­li­gion­naires à vivre digne­ment leurs fins de vie au milieu de l’enfer de l’Holocauste. Et puis il y a ces innom­brables chré­tiens qui ont vécu toute leur vie dans l’humilité, la fidé­li­té conju­gale, la prière, la misé­ri­corde envers les petits et les pauvres, le com­bat pour la paix et la jus­tice, qui ont édu­qué leurs enfants dans l’amour de Dieu et du pro­chain.

Nous en venons ain­si aux béa­ti­tudes dont le pape François disait dans une de ses caté­chèses qu’elles étaient « une carte d’identité du chré­tien ». Oui certes, les béa­ti­tudes sont effec­ti­ve­ment le pro­gramme de tout chré­tien. Mais je serais plus réser­vé sur la ques­tion de savoir si les béa­ti­tudes sont la seule affaire des chré­tiens. Etre humble, être doux, paci­fique, être misé­ri­cor­dieux envers les pauvres, être mili­tant pour la paix ou la jus­tice, ce sont autant d’attitudes, de com­por­te­ments, des visées humaines qui ne dépendent nul­le­ment de la reli­gion ou d’une quel­conque appar­te­nance sociale, poli­tique ou raciale.

Les béa­ti­tudes expriment de façon uni­ver­selle com­ment il faut se com­por­ter pour être un homme selon la volon­té de Dieu. Nous avons tous, ou presque tous, fait l’expérience au moins une fois dans notre vie que l’accueil est sou­vent meilleur dans un milieu musul­man que dans une paroisse catho­lique. Les béa­ti­tudes sont par excel­lence l’exemple d’une morale ouverte : le désir de paix ou de jus­tice dont parlent les béa­ti­tudes ne sont nul­le­ment l’affaire d’une com­mu­nau­té, il doit s’étendre à toutes les nations sans aucune exclu­sive sans quoi la paix et la jus­tice res­te­ront de vains mots. Les chré­tiens ont par­fois le devoir de tran­si­ger à des règles ou des morales par­ti­cu­lières qui ne res­pectent pas la liber­té ou le bien-être, celui des femmes ou des enfants en par­ti­cu­lier.

Les béa­ti­tudes et aus­si la sain­te­té ne sont pas des voies dif­fi­ciles, inac­ces­sibles. La touche chré­tienne des béa­ti­tudes tient pro­ba­ble­ment en ceci, qu’elles n’ont pas de limite. La cha­ri­té doit s’appliquer à tout homme. Rappelons-nous la para­bole du Samaritain. La sain­te­té consiste tou­jours à accom­plir le plus plei­ne­ment pos­sible l’humanité qui est com­mune à tout homme. Est-ce dif­fi­cile d’être humain ? Et de l’être en dehors de son groupe social, reli­gieux. Pour cela, Gandhi est une belle figure, lui qui a lut­té toute sa vie pour que hin­dous, musul­mans et chré­tiens puissent vivre paci­fi­que­ment.

Ce carac­tère radi­ca­le­ment uni­ver­sel des béa­ti­tudes a sa source en Dieu. Dieu aime cha­cun sans excep­tion, car il est l’Amour de manière abso­lue et incon­di­tion­nelle. La pre­mière béa­ti­tude sur la pau­vre­té de cœur donne de vivre dès à pré­sent de cette réa­li­té du Royaume. Être pauvre de cœur, c’est en effet rece­voir sa vie de Dieu comme un don immé­ri­té. Cette pau­vre­té spi­ri­tuelle cor­res­pond à la nature filiale de notre exis­tence : être fils, c’est rece­voir sa vie d’un autre. Ils sont très nom­breux sur terre à vivre ain­si humbles et pauvres accom­plis­sant tous leurs devoirs de parents, de tra­vailleurs au ser­vice de la com­mu­nau­té locale. Nous en connais­sons cer­tai­ne­ment plu­sieurs. C’est eux qu’ils soient morts ou vivants que nous fêtons aujourd’hui parce que nous leur devons quelque chose ou beau­coup, parce qu’ils nous ont ins­pi­ré parce qu’ils ont été des modèles vivants d’humanité ou de sain­te­té, c’est presque équi­valent.

Je ter­mine sur une note qq peu humo­ris­tique qui peut vous aider à rela­ti­vi­ser votre juge­ment sur vous-même : ne vous croyez jamais être un saint car, comme le dit saint Benoit dans sa règle il faut « le deve­nir d’abord, alors on le sera avec plus de véri­té » (RB 4,62). Et encore, comme l’a écrit Fénelon dans une lec­ture qui illus­trait dimanche der­nier l’évangile du « Pharisien et du publi­cain : « L’âme se salit tou­jours un peu par la vue de sa ver­tu. … Cette manière de s’approprier les grâces est très sub­tile et très imper­cep­tible dans cer­taines âmes qui paraissent droites et simples : elles n’aperçoivent pas le lar­cin qu’elles font. … Ces âmes ne cessent de s’approprier leurs ver­tus que quand elles cessent de les voir et que tout semble leur échap­per. ». Pour mettre en appli­ca­tion tous ces conseils : soyons doux, pur d’esprit, humble, misé­ri­cor­dieux, sans presque le savoir, uni­que­ment pour l’amour de Dieu afin que son nom soit sanc­ti­fié et que son règne vienne.

Fr. Yves de Patoul

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