Restez éveillés

RESTEZ ÉVEILLÉS

Luc 21, 5–19

33ème dimanche année C 2019

Nous arri­vons au bout de la lec­ture de l’évangile selon saint Luc qui nous a accom­pa­gné tout au long de cette année litur­gique. Aujourd’hui nous avons à médi­ter sur le cha­pitre 21 qui pré­cède immé­dia­te­ment le récit de la pas­sion. Il y est ques­tion de trem­ble­ments de terre, de famines et d’épidémies, de phé­no­mènes effrayants, de nations qui se dressent les unes contre les autres. Les trois évan­giles synop­tiques placent en effet à cet endroit un cha­pitre assez étrange, une ‘apo­ca­lypse’. Nous n’en avons enten­du qu’une par­tie. La des­crip­tion des catas­trophes qui nous menacent est beau­coup plus longue.

Comment accueillir ce mes­sage, mes frères, mes sœurs ? Que pouvons-nous en rete­nir pour notre vie aujourd’­hui ?
Je vou­drais d’abord vous signa­ler que si le mot ‘apo­ca­lypse’ signi­fie lit­té­ra­le­ment ‘révé­la­tion’, cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’une révé­la­tion fon­da­men­tale pour notre foi, comme celle de l’amour uni­ver­sel du Père. Non ! cette ‘apo­ca­lypse’ n’est pas une vraie révé­la­tion, parce qu’en par­lant ain­si, Jésus ne fait que reprendre des images et des expres­sions cou­rantes dans cer­tains milieux, à cette époque. C’est un genre lit­té­raire typique. Il y a beau­coup d’apocalypses, attri­buées à Baruch, Daniel, Hénoch, et il y en aura encore d’autres, comme par exemple l’apocalypse de Pierre, — pour ne pas par­ler de celle attri­buée à Jean. Mais en repre­nant ce lan­gage cou­rant, Jésus n’a pas l’intention de nous révé­ler des catas­trophes pré­cises pour l’avenir. Ce n’est pas pour cela qu’il est venu ! Comme vous savez, on a essayé de voir dans ces textes mys­té­rieux l’annonce de faits his­to­riques suc­ces­sifs, comme les inva­sions des Barbares, la Guerre de Cent ans, la Guerre 14, la Guerre 40, voire même Tchernobyl.

Mais, pour reprendre un adage bien connu, quand quelqu’un vous montre la lune, il ne faut pas regar­der son doigt ; il ne montre pas son doigt, mais la lune. La révé­la­tion que Jésus est venu nous appor­ter, la Bonne Nouvelle, ce n’est pas que toutes sortes de catas­trophes nous sont pro­mises, mais bien que le Père est tou­jours avec nous, par son Esprit, sur­tout quand nous devons affron­ter des dif­fi­cul­tés. Les catas­trophes, il y a en a tou­jours, hélas. Il ne faut pas être un grand pro­phète pour les annon­cer. Aujourd’hui la catas­trophe éco­lo­gique nous menace tous, c’est évident.

Mais, contrai­re­ment aux autres apo­ca­lypses de ce temps qui annoncent ou pos­tulent la ven­geance de Dieu, le Dieu qui sau­ve­ra ses fidèles, ses élus, Jésus nous invite à la confiance et au cou­rage, au milieu des adver­si­tés « Vous serez ame­nés à rendre témoi­gnage » et : « Mettez-vous dans le cœur que vous n’avez pas à vous pré­oc­cu­per de votre défense. C’est moi qui vous don­ne­rai un lan­gage auquel tous vos adver­saires ne pour­ront vous résis­ter. » En saint Marc, dans un pas­sage paral­lèle, pré­cise : « Ce n’est pas vous qui par­le­rez, mais l’Esprit Saint ».

Notez : Jésus dit : « Mettez-vous dans le cœur », et pas « dans l’esprit », comme le tra­duit curieu­se­ment le texte offi­ciel. Car c’est bien du cœur que vient le cou­rage, la patience, et c’est aus­si du cœur que viennent les paroles que l’Esprit ins­pire. Parce que nous devons aus­si être atten­tifs à notre cœur, comme Jésus nous le dit, un peu plus loin, dans la suite du texte que la litur­gie n’a pas repris, : « Faites atten­tion à ce que vos cœurs ne s’alourdissent pas dans les plai­sirs insou­ciants ; res­tez éveillés dans la prière de tous les ins­tants ». Voilà le mes­sage que Jésus nous laisse à la fin de son minis­tère : vous aurez à affron­ter des épreuves, des per­sé­cu­tions. Oui, « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups », mais « sois sans crainte, petit trou­peau, car votre Père a trou­vé bon de vous don­ner le Royaume ».

Cependant Jésus ajoute : cette confiance dans l’amour du Père doit res­ter vive. Elle ne peut pas nous endor­mir. Cela appa­rait davan­tage dans la suite du texte, et d’ailleurs dans tout l’évangile : il est tout entier une invi­ta­tion à veiller. Le temps de l’Avent qui com­mence dans quinze jours nous per­met­tra de mieux entendre cet appel.
Rappelons-nous donc, mes sœurs, mes frères, que Jésus n’envisage pas que les cas où nous sommes per­son­nel­le­ment tou­chés par un mal­heur ; ailleurs, et le plus sou­vent dans les évan­giles, il nous demande d’affronter le mal­heur des autres, dans une démarche toute aus­si essen­tielle pour accueillir le Royaume. L’éveil qu’il nous demande est une ouver­ture en toutes les direc­tions. De fait, aujourd’­hui, les mal­heurs et les catas­trophes ne manquent pas autour de nous. Catastrophes éco­lo­giques, sur­tout catas­trophes humaines en tant de pays, et même près de nous. Inutile d’énumérer les pays et les situa­tions : les moyens de com­mu­ni­ca­tions nous les rap­pellent chaque jour. Nous pour­rions pas­ser en revue les infor­ma­tions de ces der­nières semaines. Nous sommes d’ailleurs si bien infor­més que fina­le­ment cela ne nous touche plus beau­coup. On s’habitue même aux images apo­ca­lyp­tiques. Et nous sommes alors ten­tés de nous dire : « Oui, c’est vrai­ment dom­mage, mais ici au moins ça va bien. Grâce à Dieu, la foudre est tom­bée sur la mai­son de nos voi­sins : ils sont morts, mais, chez nous, tout va très bien, grâce à Dieu. »

Dieu attend de nous plus que ce genre d’action de grâce ! Il nous demande de veiller, et non seule­ment sur nous-mêmes, mais aus­si sur nos frères et sœurs. Il nous demande de res­ter éveillés à ces situa­tions, sou­vent apo­ca­lyp­tiques, de notre monde, et de ne pas limi­ter notre atten­tion à nos propres pro­blèmes. En cette période de l’année où l’on a ten­dance à res­ter chez soi, au chaud, il est d’autant plus néces­saire d’ouvrir notre prière aux dimen­sions du monde et de voir, dans la prière, quelle conver­sion, quels renon­ce­ments, quelles décou­vertes nous sont deman­dés, pour mieux ‘vivre ensemble’. ‘Vivre ensemble’, tel est pré­ci­sé­ment le thème de la cam­pagne d’Avent que lance l’église de Belgique chaque année.

Nous allons main­te­nant par­ta­ger le pain au nom de Jésus Christ. Nous le recon­nais­sons en ce par­tage. Puissent ceux que nous ren­con­trons éga­le­ment nous recon­naitre comme dis­ciples du Christ à la façon dont nous pou­vons, nous aus­si, par­ta­ger, par­ta­ger notre atten­tion, notre temps, nos com­pé­tences et notre ami­tié. Et nous savons que nous décou­vrons ain­si une joie impre­nable.

Fr. Pierre

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